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Actualités - Opinion

Finance Quelles tendances dans les AG d’actionnaires ? Par le Dr Sophie NIVOIX*

Dans une période où les largesses financières dont bénéficient certains PDG de grands groupes font réagir les salariés, et où les petits investisseurs se sentent parfois impuissants face aux actionnaires majoritaires, il est intéressant d’observer la teneur des assemblées générales d’actionnaires des grandes firmes. Une étude récente, menée conjointement par le bureau d’audit Deloitte et l’agence de communication financière Capitalcom, apporte quelques éclaircissements intéressants sur les sociétés du CAC 40 en 2008. Tout d’abord une bonne nouvelle, avec la hausse de la participation des actionnaires aux assemblées générales. Cela peut s’expliquer par la possibilité, depuis décembre 2006, d’exercer son droit de vote sans avoir à immobiliser ses actions, ce dont ont pu profiter les investisseurs institutionnels étrangers, qui détiennent près de 50 % du capital des firmes du CAC 40. Une autre explication possible est l’activisme accru de certains fonds d’investissement. Cette participation plus marquée ne s’est pas cependant accompagnée d’un comportement de contestation ou de rejet des dirigeants en place. Ainsi, seules 7 résolutions ont été rejetées et 18 votées avec une majorité inférieure à 75 %. Une éventuelle crise de légitimité ou un manque de soutien aux équipes en place n’est donc pas à l’ordre du jour. En témoigne aussi le fait que les 37 résolutions relatives aux parachutes dorés et retraites chapeau des dirigeants ont recueilli des votes largement approbateurs. Citons, pour l’exemple, quelques sociétés n’accordant actuellement aucun parachute doré en cas de révocation des mandataires sociaux : Axa, BNP Paribas, CapGemini, Bouygues, Lafarge, L’Oréal, LVMH, ou Suez. Quant aux attributions gratuites d’actions (AGA) ou de stocks options, elles ont obtenu une adhésion marquée des actionnaires. Ceux-ci ne se sont cependant pas oubliés dans les distributions, avec une hausse du dividende pour les trois quarts des sociétés. L’allégeance des actionnaires n’est cependant pas absolue, car ils confirment leur hostilité aux pilules anti-OPA. Avec 6 résolutions rejetées sur 15 présentées, la méfiance est nette vis-à-vis de mesures trop dissuasives pour le potentiel acquéreur d’une entreprise. Sept firmes ont approuvé la création possible de bons de souscription d’actions auprès des actionnaires pour contraindre l’acquéreur à augmenter son prix (BSA Breton). Quatre rejets ont concerné des plafonnements de droits de vote ou renforcements de franchissement de seuils. Pour ce qui est des questions soulevées par les actionnaires, elles ont concerné essentiellement l’état de santé des sociétés, la performance des produits, ou les incidences de la chute du dollar ou de la contrefaçon sur l’activité. Le ralentissement économique semble donc être une préoccupation plus forte pour les actionnaires que la crise qui touche les marchés financiers. En tête du nombre de questions on trouve BNP Paribas (43 questions), Société générale (35), Suez (34) et Alcatel-Lucent (32). Enfin, reflet des préoccupations actuelles de nombre de citoyens et de gouvernements à travers le monde, le thème du développement durable, abordé par une entreprise sur deux lors de sa présentation, a fait l’objet d’un rapport pour 25 des 40 sociétés, et a suscité 7 % des questions. Les actionnaires sont aussi des citoyens, avec leur conscience de l’intérêt général à long terme, mais aussi de leur intérêt particulier à plus court terme. Effet de mode ou prise de conscience pérenne, gageons que la seconde l’emporte. * Spécialiste de finance à l’Université de Poitiers, professeur à l’ESA.
Dans une période où les largesses financières dont bénéficient certains PDG de grands groupes font réagir les salariés, et où les petits investisseurs se sentent parfois impuissants face aux actionnaires majoritaires, il est intéressant d’observer la teneur des assemblées générales d’actionnaires des grandes firmes. Une étude récente, menée conjointement par le bureau d’audit Deloitte et l’agence de communication financière Capitalcom, apporte quelques éclaircissements intéressants sur les sociétés du CAC 40 en 2008.
Tout d’abord une bonne nouvelle, avec la hausse de la participation des actionnaires aux assemblées générales. Cela peut s’expliquer par la possibilité, depuis décembre 2006, d’exercer son droit de vote sans avoir à immobiliser ses actions, ce dont ont pu profiter les investisseurs...