«Regardez les soldats : ils trônent sur les chars, gonflent leurs biceps mais ne lèvent pas le petit doigt », s’écrie Abou Mohammad, furieux de voir l’armée libanaise passive face aux combats meurtriers entre groupes rivaux qui ont secoué Tripoli.
Abou Mohammad n’est pas le seul en colère, puisque les deux camps rivaux, sunnites et alaouites, pressent également l’armée d’intervenir fermement contre toute personne armée, afin de mettre un terme aux violences qui ont fait quatre morts et 58 blessés depuis mardi soir, raconte Lamia Radi dans un reportage de l’AFP.
Une dizaine de chars et de véhicules blindés pénètrent dans la rue de Syrie, dans le quartier populaire de Bab el-Tebbaneh, et passent devant les maisons et magasins criblés de balles et d’impacts de roquettes. Certains, attaqués juste avant l’arrivée des militaires, sont encore en flammes.
La rue porte les stigmates des combats qui ont opposé ces deux derniers jours le quartier à forte majorité sunnite de Bab el-Tebbaneh à celui de Jabal Mohsen, fief des alaouites, fidèle au Hezbollah. Sur le sol, jonché de douilles et de mégots de cigarettes, les éclats de vitres craquent sous les pieds, au milieu d’une fuite d’eau depuis une maison dévastée.
Abou Mohammad, un septuagénaire à la barbiche blanche, habite à Bab el-Tebbaneh depuis 52 ans. Il accuse l’armée d’être une « institution politique et non militaire ». « Le problème de l’armée est que ses actes sont dictés par les intérêts des politiciens et en l’absence d’un gouvernement fort et uni, cette armée est tiraillée entre les différents courants et ne peut donc intervenir », explique-t-il. « L’État doit s’imposer et avoir de la poigne. Mais, à État faible armée faible. Les soldats sont incapables de s’interposer entre les deux camps », ajoute Fadi Sayyour, alias Abou Moussaab. Ce militant sunnite habillé de noir accuse les militaires « de plier devant les pressions de l’opposition qui empêche l’armée d’intervenir contre les alaouites ».
« La présence de l’armée ne nous rassure pas. Par expérience, nous savons qu’elle regarde les combats sans broncher », clame Fawziya Mohammed Khodr, 51 ans. « Nous sommes habitués à ce que l’armée se retire dès que les combats s’intensifient. Nous ne nous sentirons en paix que lorsqu’elle interviendra pour arrêter une bataille », ajoute-t-elle. Pour cette mère de huit enfants, « le déploiement n’est qu’une anesthésie locale ».
À une minute de marche, même son de cloche dans la rue el-Mouhajirine, la ligne de front du quartier de Jabal Mohsen qui a une vue plongeante sur Bab el-Tebbaneh. « Lorsque nous demandons aux militaires de répondre aux tirs qui nous visent, ils affirment ne pas avoir reçu l’ordre d’intervenir », affirme Milad Bechlaoui, 30 ans, propriétaire d’une petite cafétéria. Debout au milieu de son petit appartement dévasté par une roquette tirée à partir du quartier sunnite, il inspecte les dégâts. « Chaque jour, même pendant les précédents déploiements militaires, les roquettes sifflent et les balles fusent comme s’ils n’étaient pas là », dit-il.
« Il faut que l’armée s’interpose une fois pour toute et frappe d’une main de fer toute partie, même la nôtre, qui violerait la paix. Sinon, la situation explosera à nouveau », réclame Abdel Latif Saleh, le maire de Jabal Mohsen.
« Au milieu des dissensions politiques entre majorité et opposition, nous devons préserver notre neutralité. Autrement, le pays éclatera à nouveau », tente de justifier un militaire, en référence à la guerre civile qui a ravagé le Liban entre 1975 et 1990.
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Abou Mohammad n’est pas le seul en colère, puisque les deux camps rivaux, sunnites et alaouites, pressent également l’armée d’intervenir fermement contre toute personne armée, afin de mettre un terme aux violences qui ont fait quatre morts et 58 blessés depuis mardi soir, raconte Lamia Radi dans un reportage de l’AFP.
Une dizaine de chars et de véhicules blindés pénètrent dans la rue de Syrie, dans le quartier populaire de Bab el-Tebbaneh, et passent devant les maisons et magasins criblés de balles et d’impacts de roquettes. Certains, attaqués juste avant...