Alors que mercredi la situation sécuritaire sur le terrain semblait avoir atteint son paroxysme, notamment à Tripoli, le climat a soudain changé hier et tous les acteurs se sont subitement mis à distiller – quoique à doses homéopathiques – des indices d’espoir. Le gouvernement serait ainsi sur le point d’être formé, il naîtra « très probablement » sous 48 heures. « Tout le monde est désormais disposé à faciliter la naissance du nouveau cabinet et à faire en sorte qu’il voie le jour rapidement », indique à cet égard une source proche de Baabda. Bien sûr, cette soudaine prise de conscience, même tardive – et qui demeure non justifiée par un quelconque argument, tant du côté de la majorité que de l’opposition –, est louable. « L’opposition, surtout le Hezbollah, est désormais disposée à faciliter la mission du président de la République », ajoute la source précitée, même si en principe « la majorité reste attachée au portefeuille des Télécoms » et refuse donc de le céder à son rival politique. Selon une source autorisée, la « nouvelle » formule gouvernementale consisterait à charger Élias Murr de la Défense, Yassine Jaber des Finances, l’Intérieur serait octroyé à Tammam Salam et les Affaires étrangères seraient prises en charge par un ministre choisi par le chef du Courant patriotique libre (CPL), Michel Aoun. Mais celle-ci a rapidement été balayée d’un revers de la main, notamment par le président de la Chambre, qui insiste pour que son frère Mahmoud succède à Faouzi Salloukh à la tête des AE. Cette formule ne serait pas du goût du Hezbollah, qui risquerait donc d’être tenté de faire capoter une nouvelle fois cette mouture ministérielle. Pour résumer, une source informée a confirmé tard en soirée que, finalement, les AE demeureraient dans l’orbite de l’opposition, et plus précisément du mouvement Amal, et les Finances resteraient l’apanage du 14 Mars.
Toujours en soirée, une source aouniste a affirmé que la proposition faite par le Premier ministre Fouad Siniora à Michel Aoun par l’intermédiaire de Mohammad Chatah, le conseiller du Premier ministre, octroierait les Travaux publics à Élias Skaff, l’Industrie à Alain Tabourian, les Affaires sociales à Gebran Bassil et la Justice à une personnalité CPL choisie par M. Aoun. Pour ce dernier portefeuille, le Premier ministre aurait un droit de veto, il a donc le droit de rejeter le ministre désigné par M. Aoun, souligne une source proche de Baabda. Issam Abou Jamra, général à la retraite, serait d’autre part pressenti pour le poste de vice-Premier ministre. De plus, les maroquins des Télécoms et de la Défense resteraient également dans le giron de la majorité.
Insécurité
Un député du Bloc du futur a toutefois voulu tempérer ce climat positif « qui est surtout distillé par l’opposition » et notamment « par le Hezbollah ». Il précise que le député Hussein Hajj Hassan est à l’origine de cet optimisme de façade, mais aussi Mohammad Raad, qui a appelé sur le perron du palais présidentiel à l’accélération du processus de formation du nouveau gouvernement. « En principe, cela va mieux, souligne toutefois le député en question. Je pense que ça va finir par aller, M. Siniora est moins pessimiste qu’avant. C’est d’ailleurs lui qui a su le mieux exprimer la situation : ça va moins mal qu’avant. »
Cependant, et malgré cette très légère avancée, plusieurs sources d’inquiétude demeurent. D’abord, les incidents de Tripoli sont loin d’être clos, même si la journée d’hier a été relativement calme. Les « faits divers » de Saadnayel et de Tyr ne sont pas sans rappeler la fragilité de la situation sécuritaire interne, une situation qui sera appelée à se détériorer encore plus, si la formation du gouvernement est renvoyée aux calendes grecques.
D’autre part, comment interpréter les déclarations du président de la CGTL, Ghassan Ghosn, qui a indiqué que si « la hausse du prix du pain n’est pas annulée », la CGTL prendra des mesures « similaires à celles du 7 mai dernier ». Ces « mesures » prises en mai, si elles avaient été efficaces sur le plan socio-économique, auraient sûrement empêché une hausse graduelle mais constante du prix de l’essence à la pompe, qui se poursuit depuis un mois. Or, les Libanais savent pertinemment bien que toute revendication sociale sera indubitablement détournée vers d’étroites mesquineries politiques. Est-ce parce qu’ils ont pris conscience de cela que les responsables au sein du gouvernement démissionnaire ont pris des mesures hier pour ramener le prix du pain à son tarif initial ?
En dépit de cela, les déclarations de M. Ghosn restent particulièrement inquiétantes, surtout lorsqu’elles sont recoupées avec des informations publiées hier par un quotidien saoudien qui a indiqué que des incidents similaires à ceux de mai dernier pourraient se produire une nouvelle fois dans la capitale libanaise.
Le nouveau cabinet devra donc se charger d’une très difficile tâche : de restaurer la paix civile, la tranquillité dans les rues de Tripoli et dans la Békaa, mais aussi, dans certains quartiers de Beyrouth où les tensions demeurent très vives. Car tant qu’une « décision politique » ne sera pas prise, les armes continueront de circuler entre les mains de différentes factions rivales, sans que celles-ci soient inquiétées par les forces de sécurité. C’est d’ailleurs ce qu’a très franchement et en toute honnêteté affirmé le directeur général des FSI, Achraf Rifi.
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