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Actualités - Opinion

La diversité culturelle à travers les conventions de l’Unesco Bahjat RIZK

Les retombées de la mondialisation et le développement des moyens de communication ont fait de l’identité culturelle un point incontournable à l’ordre du jour de nombre d’instances politiques tant locales, nationales qu’internationales. Ainsi au XXIe siècle le culturel est largement politique puisque les nouvelles idéologies politiques sont identitaires. Les revendications culturelles se transforment de fait en revendications politiques. L’Unesco elle-même définit aujourd’hui la culture comme étant l’identité. Bien sûr l’enjeu est de taille car à la base la culture est l’ouverture à autrui, un rapport au savoir, à la connaissance, la politique est la compétition avec autrui, un rapport au pouvoir. Cette ambiguïté est à la base de la structure humaine individuelle et surtout sociale. À un niveau local ou surtout national, chaque entité essaie de gérer cette transformation à sa manière, tentant de reconnaître la diversité mais également de préserver l’unité. Nous sommes toujours dans le cadre des nations même si les frontières sont virtuellement abolies et que les flux migratoires rendent de plus en plus difficile de tracer des frontières définitives. La proposition du président Sarkozy de mettre dans la Constitution le principe de la diversité est une manière de reconnaître un fait établi, mais cette reconnaissance pourrait être suivie de revendications politiques mettant en question l’unité de la nation (montée du communautarisme). Le Liban, qui n’a jamais été une nation, essaie de parvenir à une unité à travers les communautés (compromis). La démarche est inversée même si l’enjeu est le même, concilier diversité et unité sans remettre en danger l’unité nationale. Ainsi toutes les sociétés sont aujourd’hui confrontées à cette problématique (pratiquement les 193 États reconnus des Nations unies). La seule différence c’est que certains États découvrent la diversité (religieuse, linguistique, raciale, de mœurs) et d’autres se sont construits autour de cette diversité (avec les difficultés qu’on connaît). La mondialisation a ainsi opéré, d’une part, un flux de biens qui a aboli les idéologies sociales (économie de marché ou économie mondiale de services) ce qui fait que les pays communistes se sont reconvertis au capitalisme parfois sauvage (Chine, Russie) et que les partis de gauche en Occident sont contraints d’être libéraux et, d’autre part, un flux de personnes qui a introduit les idéologies identitaires. Il y a deux grands débats aujourd’hui dans le monde?: le pouvoir d’achat et l’identité. Deux débats planétaires imposés par la mondialisation. Ainsi, comme nous l’avons souligné, chaque entité nationale va tenter à sa manière de gérer ces deux nouvelles données. Reste à savoir comment elles sont traitées au niveau international (faut-il dire mondial??). Les données économiques sont traitées entre la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et les multiples autres réunions internationales et agences spécialisées des Nations unies. Quant aux données culturelles, leur espace est l’Unesco en tant qu’agence spécialisée pour la culture des Nations unies. L’Unesco possède dans le domaine de la culture un dispositif normatif constitué de sept conventions qui sont venues répondre au fur et à mesure aux nouvelles données culturelles au niveau international. Tout d’abord la convention universelle des droits d’auteur (1952, 1971), puis la protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé (1954), puis interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriétés illicites des biens culturels (1970), puis la protection du patrimoine mondial culturel et naturel (1972), puis la protection du patrimoine naturel subaquatique (2001), puis la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2003) et enfin la protection de la diversité des expressions culturelles (2005). Les trois dernières conventions sont postérieures à la mondialisation. Certes les deux dernières conventions visaient la première à introduire une reconnaissance du patrimoine immatériel pouvant fournir une reconnaissance de certains communautés et peuples indigènes menacés et la seconde à préserver la diversité essentiellement linguistique pour les pays ayant des productions culturelles exportables. Cette deuxième convention avait été refusée uniquement par les États-Unis et Israël (par solidarité avec les États-Unis), car elle visait à soustraire les produits culturels à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et à confier leur réglementation à l’Unesco. Ainsi, les deux conventions visent à protéger des communautés, peuples ou groupes de pays menacés culturellement par la mondialisation. Toutefois cette action normative reste limitée car elle demeure conventionnelle au sein des Nations unies et elle révèle plus que jamais un système néanmoins incontournable et indispensable mais qui essaie plus de limiter les dégâts plutôt que de trouver des solutions structurelles au bouleversement occasionné par la mondialisation. Entre des solutions infranationales (précises et inoffensives, même anecdotiques) et d’autres transnationales (orientées et un brin opportunistes), l’Unesco tente certaines mesures à défaut de produire une réflexion structurelle. À cet égard, pour le centenaire de Claude Lévi-?Strauss, l’homme qui a révolutionné l’ethnologie, l’Unesco a publié un dossier sur l’évolution de sa pensée entre sa participation à la première déclaration de l’Unesco sur la race (1950) et sa rédaction à la demande de l’Unesco de race et histoire (1952) et plus tard sa conférence race et culture (1971) qui avait été également demandée par l’Unesco mais où il pose un regard critique sur la doctrine de l’Unesco. Il avoue douter que «?la diffusion du savoir et le développement de la communication entre les hommes réussiront un jour à les faire vivre en bonne harmonie, dans l’acceptation et le respect de leur diversité?», les conflits découlent de la «?saturation démographique de notre planète?». (consulter à ce propos le dossier établi par le Courrier de l’Unesco sur le site www.unesco.org) Le soixantième anniversaire de l’Unesco (2006) a permis de ramener Claude Lévi-Strauss à l’Unesco après la coupure de 1971 et la protection du patrimoine immatériel (dont l’assemblée générale vient de tenir sa deuxième session du 16 au 19 juin 2008 à l’Unesco), lui a fait reconnaître un cadre adéquat en tant qu’anthropologue de la diversité culturelle, mais est-ce que cela suffira pour conceptualiser le débat et tenter une solution sinon une réflexion impossible, voire désespérée?? Le cadre de l’Unesco demeure un cadre consensuel qui se propose de résoudre pacifiquement les conflits, mais quand ces conflits sont structurels et non conjoncturels, il s’agit au départ plutôt que de les nier ou de les contourner, de redéfinir un cadre de réflexion préalable à toute action qui évalue sa marge de manœuvre, la planifie et projette son efficacité et ses effets. Article paru le jeudi 26 juin 2008
Les retombées de la mondialisation et le développement des moyens de communication ont fait de l’identité culturelle un point incontournable à l’ordre du jour de nombre d’instances politiques tant locales, nationales qu’internationales. Ainsi au XXIe siècle le culturel est largement politique puisque les nouvelles idéologies politiques sont identitaires. Les revendications culturelles se transforment de fait en revendications politiques. L’Unesco elle-même définit aujourd’hui la culture comme étant l’identité. Bien sûr l’enjeu est de taille car à la base la culture est l’ouverture à autrui, un rapport au savoir, à la connaissance, la politique est la compétition avec autrui, un rapport au pouvoir. Cette ambiguïté est à la base de la structure humaine individuelle et surtout sociale.
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