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Actualités - Opinion

Lettre ouverte au président Michel Sleiman Vous avez le droit

Monsieur le Président, Avec chaque nouveau président, les Libanais retiennent leur souffle. Mais ils n’ont jamais tremblé autant ni douté autant que le jour de votre élection. Car ils ont peur, ils sont angoissés à l’idée de voir s’évaporer à jamais cette timide lueur d’espoir qui va enfin concrétiser leurs aspirations. Et peut-on les blâmer? Leur pays est littéralement au bord du gouffre. Le désespoir règne et la méfiance plane comme un épais nuage. Les premiers jours de mai 2008 annonçaient un «?réel et imminent?» danger. Le pays semblait glisser inexorablement d’entre nos mains vers les abîmes ou le néant. Pourtant, s’il est un peuple en droit d’espérer en un lendemain meilleur, c’est bien le peuple libanais. Capable du meilleur comme du pire, il est souvent victime de luttes régionales et internationales qui le dépassent. Sans trop se soucier, le monde entier considère les malheurs du Liban comme dommages collatéraux des jeux de guerre incessants des Grands. Devant ce tableau sombre, deux choses pouvaient encore nous sauver, et comme notre union sacrée n’est pas à l’ordre du jour, c’est la Providence qui s’en mêle, et vous voilà président. Nous lâchons un grand ouf de soulagement et bénissons ce jour où l’unanimité converge vers un personnage qui a su, par sa sagesse, son dévouement et ses sacrifices, maintenir et préserver l’unité nationale. De toutes vos qualités, Monsieur le Président, il en est une qui, plus que les autres, fait de vous le président rêvé des Libanais?: votre intégrité. Nous comptons beaucoup là-dessus. Elle vous donnera ce que la Constitution vous a ôté et sera votre cape et épée. Parce que vous êtes qui vous êtes, un homme intègre, vous aurez des droits uniques et des prérogatives inespérées, et même insoupçonnées. Vous avez le droit de reprendre en main les affaires soumises et aliénées de l’État en exigeant transparence et probité. Fort du soutien de ce peuple qui a tant enduré, vous avez le droit d’être l’arbitre suprême, de rassembler enfin les forces politiques non plus autour du traditionnel gâteau à partager, mais bien d’un projet national aussi ambitieux qu’attendu. Vous avez le droit de leur imposer un dialogue serein, transparent et constructif en insufflant vos idées simples mais fortes telles qu’exprimées dans votre discours d’investiture. Il est temps de jeter les bases nécessaires à l’édification d’un État fort, moderne et juste. Vous avez le droit d’être intransigeant quand vous défendez les intérêts de la nation et de vous monter intraitable quand il s’agit de combattre corruption et clientélisme. Montrez du doigt les profiteurs et autres corrompus, désignez les conspirateurs et mettez- les hors d’état de nuire. C’est votre droit. Montrez vos dents si, par malheur, on touche à l’intégrité du territoire, à nos libertés fondamentales, à notre indépendance, à notre résistance ou à notre entente nationale. Vous en avez le droit. Notre jeunesse, notre nature, notre environnement et nos ressources longtemps dilapidées constituent la plus grande partie de notre trésor national?; protégez-les, protégez nos rêves. C’est là aussi votre droit, il faut en user. Vous avez le droit de défendre la dignité de nos vieillards, de nos malades, de nos enfants handicapés et de nos proches injustement emprisonnés. Vous avez le droit de préserver et de valoriser leurs droits, leurs pensions et leur bien-être. Exigez de tous, de vos collaborateurs et subordonnés, surtout ceux appelés à remplir des fonctions publiques et des responsabilités de premier plan, exigez qu’ils soient à la hauteur, éduquez-les au respect des institutions, du citoyen et de la République. Vous avez certainement ce droit. «?La meilleure manière de se trouver soi-même est de se perdre dans le service aux autres.?» Ces belles paroles du Mahatma Gandhi vous ressemblent puisque, en tant que chef de l’armée, vous les vivez au moins depuis 2005, jour après jour et à chaque instant. Cela vous a permis de préserver l’État et de protéger la République. Ces belles paroles devenues une seconde peau, personne ne peut vous empêcher de continuer à les appliquer pour les six années à venir. Non seulement c’est votre premier devoir, mais c’est aussi votre droit le plus fondamental, et vous pouvez franchement en abuser au nom des Libanais. Je prie le Seigneur et tous les saints du Liban pour qu’ils vous protègent, et vous donnent inspiration et sagesse pour mener à bien cette noble mission et mener à bon port ce magnifique bateau qu’est le Liban. La tâche est rude, j’en conviens, mais qui dit que reconstruire et défendre la République sont une sinécure?? Personne ne prétend que les grands destins se réalisent autrement que dans la peine et les larmes. Heureusement, parfois des larmes de joie qui perlent sur nos joues à cause de cette même petite lueur qui nous redonne l’espoir de jours meilleurs. L’espoir que le Liban réalise enfin son grand destin. Rêver?: vous et nous, Monsieur le Président, en avons le besoin, mais aussi le droit! Docteur Fouad S. HAGE Bruxelles
Monsieur le Président,
Avec chaque nouveau président, les Libanais retiennent leur souffle. Mais ils n’ont jamais tremblé autant ni douté autant que le jour de votre élection. Car ils ont peur, ils sont angoissés à l’idée de voir s’évaporer à jamais cette timide lueur d’espoir qui va enfin concrétiser leurs aspirations.
Et peut-on les blâmer? Leur pays est littéralement au bord du gouffre. Le désespoir règne et la méfiance plane comme un épais nuage. Les premiers jours de mai 2008 annonçaient un «?réel et imminent?» danger. Le pays semblait glisser inexorablement d’entre nos mains vers les abîmes ou le néant.
Pourtant, s’il est un peuple en droit d’espérer en un lendemain meilleur, c’est bien le peuple libanais. Capable du meilleur comme du pire, il est souvent victime de luttes régionales et...