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Stratégie La centralisation nous envahit Par Dr Jan SCHAAPER*

Nos sociétés du XXIe siècle adoptent massivement le modèle d’organisation fondé sur la gestion centralisée. On peut observer la centralisation aussi bien dans des administrations publiques que dans des entreprises. Ce phénomène ne se limite pas à certains pays, la centralisation se globalise. Partout, on invente de nouvelles procédures standardisées, on oblige des employés à faire des rapports intermédiaires, etc., dans le seul but de centraliser la gestion. Les nouvelles technologies de l’information favorisent ces comportements. Quel est le but recherché par les centralisateurs ? Officiellement, la centralisation des informations contribue à la cohérence des actions et évite des gaspillages. Plus fondamentalement, la centralisation de la décision donne le contrôle à l’unité centrale, et, par conséquent, lui procure le pouvoir sur autrui et sur le système. Dans toute organisation qui grandit, les centralisateurs rajoutent des couches intermédiaires de coordination et de contrôle. Les organisations en croissance évoluent naturellement vers des structures où l’unité opérationnelle rapporte à sa hiérarchie intermédiaire qui, à son tour, rapporte à sa hiérarchie, etc. Des structures dites de râteau se transforment en structures pyramidales avec une forte coordination verticale. Le centralisateur contrôle sa pyramide d’en haut. La centralisation a pour effet négatif, et on le constate au quotidien, que la prise de décision est ralentie, voire arrêtée. Vous pouvez attendre plusieurs mois ou années avant d’avoir une décision d’un tribunal, d’une administration, d’une université. On accuse alors « la bureaucratie » qui, en effet, est le résultat organisationnel de la centralisation. Puis le sommet de la hiérarchie perd le contact avec les réalités du terrain, ce qui lui fait prendre de mauvaises décisions. Rares sont les cas où face à une organisation qui devient complexe le pouvoir en place décide de décentraliser la structure et de donner de l’autonomie de décision à des unités au bas de la structure pyramidale. On avance comme argument contre une telle décentralisation que des personnes ayant une délégation de pouvoir sans contrôle central seraient incitées à des abus. Pourtant, certaines organisations pratiquent la décentralisation. Il est intéressant d’étudier les trois principes qui accompagnent l’autonomie de décision. Premièrement, les unités autonomes qui sont en réseau définissent ensemble le but collectif auquel chacun adhère pleinement. Deuxièmement, les unités se voient assigner des objectifs individuels sans toutefois en définir les moyens qu’il faudrait mettre en œuvre pour les atteindre. Troisièmement, les unités définissent ensemble des règles de comportement à respecter. À l’intérieur de ces règles, chacun est libre de prendre des décisions. Il se pose toutefois la question de savoir comment s’assurer que les personnes titulaires du pouvoir décentralisé se conforment aux règles globales. On touche ici à la question du savoir-être, qui est composé d’un ensemble de valeurs morales et éthiques, de qualités professionnelles et personnelles qui permettent à chacun de se comporter dans différentes situations de manière à respecter le mandat qui lui est conféré. On peut tout simplement parler de culture. Des managers ayant adopté la culture de leur entreprise respectent automatiquement des règles, par exemple dans une négociation, alors que celles-ci sont souvent implicites. Les managers ont tout simplement intégré dans leurs comportements les valeurs de leur entreprise. Ou de la société dans laquelle ils vivent. Qu’est-ce qu’on gagne en décentralisant davantage ? De la rapidité dans les prises de décision, de la créativité face à des situations imprévisibles et de la proactivité pour saisir des opportunités sur le terrain que la hiérarchie au sommet ne voit plus. C’est pas mal. *Maître de conférences HDR. Coordinateur académique à l’École supérieure des affaires, Beyrouth. En coopération avec : ESA
Nos sociétés du XXIe siècle adoptent massivement le modèle d’organisation fondé sur la gestion centralisée. On peut observer la centralisation aussi bien dans des administrations publiques que dans des entreprises. Ce phénomène ne se limite pas à certains pays, la centralisation se globalise. Partout, on invente de nouvelles procédures standardisées, on oblige des employés à faire des rapports intermédiaires, etc., dans le seul but de centraliser la gestion. Les nouvelles technologies de l’information favorisent ces comportements. Quel est le but recherché par les centralisateurs ? Officiellement, la centralisation des informations contribue à la cohérence des actions et évite des gaspillages. Plus fondamentalement, la centralisation de la décision donne le contrôle à l’unité centrale, et, par conséquent, lui...