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Actualités - Opinion

LE POINT Atomes crochus Christian MERVILLE

Neuf mois, il faut croire que c’est la période de gestation pour passer du procès d’intention, doublé d’une sanction militaire, à l’acte. Ce ne sont ni les Israéliens – qui avaient bombardé le 6 septembre dernier un « site nucléaire » syrien – ni les Américains – qui avaient bien vite pris le relais politico-diplomatique de l’offensive – qui s’embarrasseraient de prétendre le contraire. Depuis, tous les analystes semblaient s’être donné le mot pour rappeler, il est loisible de constater avec quelle ironique délectation, le triste précédent du brave Colin Powell s’acharnant, en février 2003, à prouver, photographies satellitaire à l’appui, la présence en Irak d’armes de destruction massive, une accusation qui avait débouché droit sur une équipée dont l’actuelle administration US n’a pas fini de payer le prix, et avec elle, bien entendu, ce pays que l’on prétendait libérer et dont, en fait, on n’a fait que libérer les démons. Mais qu’importe le passé, surtout quand on n’en retient pas les leçons et puisque, de toute façon, lorsque l’histoire se répète, « c’est, la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce », ainsi que se plaisait à le répéter un certain Karl Marx. Passé la première réaction qui avait vu son directeur général, Mohammad el-Baradei, jouer la grande scène du responsable qui n’a pas été consulté, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) va donc se pencher sur le cas du dernier en date des trublions de ce cercle qui a tendance à enfler démesurément : celui des États disposant de l’arme absolue. Ses inspecteurs s’en viendront en Syrie, du 22 au 24 juin, pour visiter al-Kibar et deux autres régions dans le désert du nord-ouest, à la recherche d’un réacteur dont nul, hormis ces Israéliens à qui rien n’échappe, n’a jamais vu la moindre trace. Mais aussi, comment douter que si Damas a attendu tout ce temps avant de donner son agrément, c’est qu’il devait y avoir anguille sous roche, ou plutôt plutonium sous sable. Où l’on voit bien qu’il importait de se méfier et de vérifier. CQFD. On croirait entendre George W. Bush nous asséner, en son temps, ce qu’il cherchait à présenter comme une évidence : « Nous n’avons pas encore trouvé, mais cela ne signifie nullement qu’elles (les ADM) n’existent pas. » Fausse candeur ou vraie naïveté ? Les conseillers de la Maison-Blanche ne perdent pas leur temps à tenter de trouver un nouvel angle d’attaque, jugeant que c’est à l’accusé de prouver son innocence et non au procureur général de démontrer sa culpabilité. Depuis le déclenchement du pressing yankee, au lendemain du raid israélien, les experts occidentaux n’ont cessé de se poser des questions, demeurées sans réponses. Et pour commencer celle-ci : comment acquérir la certitude que le film de dix minutes montré par les services de renseignements américains pour dénoncer la collusion syro-nord-coréenne a été tourné à l’intérieur de ce que l’on cherche à présenter comme étant des installations atomiques ? Ou bien : il n’existe aucun document relatif à ce qui est supposé compléter pareil site, qu’il s’agisse d’installations pour le traitement du plutonium ou pour l’assemblage de ce qui doit théoriquement devenir une arme. Et encore : quelle serait la provenance de l’uranium, sachant que dès le 23 septembre des « fuites » faisaient état de la saisie, avant le raid du commando israélien, de tout un matériel hautement sophistiqué dont on a perdu la trace depuis… Plutôt que d’échafauder de fumeuses théories sur l’issue de la nouvelle épreuve de force qui vient de s’engager, peut-être conviendrait-il d’en chercher l’explication dans la délicate partie depuis des mois engagée à un triple niveau : d’une part entre l’Amérique, la République islamique et la Corée du Nord, d’autre part entre le régime de Bachar el-Assad et l’État hébreu. Dans le cas de Téhéran, il s’agirait de passer à la vitesse supérieure après deux années d’un stérile bras de fer, mais au bout duquel Mahmoud Ahmadinejad apparaît aujourd’hui comme affaibli, à quelques mois d’une élection à l’issue incertaine. Avec Pyongyang, les USA ont la désagréable impression d’avoir été floués par leurs interlocuteurs qu’ils veulent maintenant amener à résipiscence. Le cas damascène est différent. Après un long travail de préparation, négociateurs syriens et israéliens vont se retrouver non plus à des étages séparés comme tout récemment en Turquie, mais autour d’une même table pour parler, entre autres, du plateau du Golan, du lac de Tibériade, des rapports avec les mollahs et à travers ces derniers avec le Hezbollah libanais. Il est significatif aussi que l’affaire d’al-Kibar se retrouve sous le feu des projecteurs au moment où Ehud Olmert s’apprête à passer sur le gril pour une série d’affaires louches. Dans la capitale fédérale où ils effectuent leur retour avec grand fracas, les néocons sont d’autant plus dangereux aujourd’hui qu’ils interprètent leur ultime partition. Ou plutôt qu’ils l’exécutent.
Neuf mois, il faut croire que c’est la période de gestation pour passer du procès d’intention, doublé d’une sanction militaire, à l’acte. Ce ne sont ni les Israéliens – qui avaient bombardé le 6 septembre dernier un « site nucléaire » syrien – ni les Américains – qui avaient bien vite pris le relais politico-diplomatique de l’offensive – qui s’embarrasseraient de prétendre le contraire. Depuis, tous les analystes semblaient s’être donné le mot pour rappeler, il est loisible de constater avec quelle ironique délectation, le triste précédent du brave Colin Powell s’acharnant, en février 2003, à prouver, photographies satellitaire à l’appui, la présence en Irak d’armes de destruction massive, une accusation qui avait débouché droit sur une équipée dont l’actuelle administration US n’a...