Dans les faits, la CGTL avait décidé une journée de grève et de manifestations pour protester contre la cherté de vie et des salaires trop bas. Deux jours avant la date fixée pour cette grève, le gouvernement a décidé la mutation du responsable de la sécurité de l’aéroport, Wafiq Choucair, et de ne plus rester les bras croisés face au réseau de télécommunications parallèle, mis en place par le Hezbollah. Durant la même séance ministérielle, une augmentation du salaire de base a été entérinée.
Hier matin, la CGTL a annulé la manifestation prévue et qui devait, entre autres, passer par les secteurs de Mazraa et Mar Élias, laissant ainsi la voie libre aux partisans et sympathisants du mouvement Amal et du Hezbollah. Au fur et à mesure que s’est écoulée la journée, il est devenu clair que les mouvements des deux partis chiites n’avaient en fait pas grand-chose à voir avec des revendications sociales, pourtant en théorie tout à fait légitimes.
Ainsi, la logistique du Hezbollah s’est chargée, dès le milieu de la matinée, de bloquer les accès à l’aéroport, pendant que les sympathisants du mouvement Amal n’hésitaient pas à circuler dans les rues de la capitale armés jusqu’aux dents, tirant de leurs kalachnikovs et usant même – contre un bureau du Courant du futur – de roquettes de type B7.
Il ne serait pas superflu de noter le silence radio des divers leaders de l’opposition, tout au long de la journée d’hier, un silence inquiétant et qui détonne particulièrement avec les appels au calme diffusés en catastrophe l’année dernière lors des tragiques incidents de l’Université arabe. À l’époque, le président de la Chambre et chef du mouvement Amal, Nabih Berry, de même que le secrétaire général du Hezbollah et Nazek, la veuve de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, s’étaient tous précipités pour calmer les esprits, par médias interposés. Or, cette fois, l’équation semble avoir changé puisque déjà dans la nuit de jeudi, une réunion a eu lieu, comprenant les pôles chiites du pays – Amal, Hezbollah mais aussi le mufti Abdel-Amir Kabalan et l’uléma sayyed Mohammad Hussein Fadlallah – pour décider des mesures à prendre. Cette information a été relayée par l’agence de presse iranienne, Farès, qui a ensuite indiqué qu’un responsable du Hezbollah avait déclaré que « les portes de l’enfer se sont ouvertes devant eux (le gouvernement) et que ce qui est à venir est encore pire ».
« Les sunnites en ont
marre… »
Les réactions de la majorité au pouvoir ont commencé à fuser en soirée, et le chef des Forces libanaises (FL) Samir Geagea, qui s’est rendu au Sérail, a affirmé, après une heure et demie d’entretiens avec le Premier ministre Fouad Siniora, que le Hezbollah était en train d’opérer « une tentative de putsch » et que le gouvernement ne restera pas les bras croisés, rejoignant en cela la position affichée par le 14 Mars. Interrogé sur la manière dont il expliquait la passivité de l’armée libanaise face aux agissements du Hezbollah et d’Amal, M. Geagea a d’abord hésité à répondre puis a dit : « Je ne veux pas qualifier ce comportement. » M. Siniora a pour sa part affirmé à l’adresse du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, que le gouvernement et le peuple libanais étaient « unis dans la défense de l’État, du pays et des institutions, mais aussi de la paix civile et de son système démocratique ». En soirée, le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, a déclaré lors d’une apparition en direct à la télévision que « les sunnites au Liban et tous les Libanais en ont marre des agissements du Hezbollah. Tous les Libanais sont incapables de supporter plus que ça ». Et de conclure son intervention par : « Dieu m’est témoin, j’ai averti… Dieu m’est témoin, j’ai averti. » Le ton est donné, l’heure est donc à la confrontation. Sinon, comment expliquer que le gouvernement ait finalement rechigné à décréter un couvre-feu ? Pourquoi avoir offert à la violence l’occasion d’un autre round, à en croire l’ancien ministre Sleimane Frangié ? Ce dernier a en effet indiqué que « demain (aujourd’hui) sera une journée d’escalade si le gouvernement ne fait pas marche arrière ». Déjà, dans la nuit, des éléments du Hezbollah installaient des tentes sur la route menant à l’aéroport qu’ils avaient pris soin de bloquer dans la journée, pendant que le député Mohammad Kabbani affirmait, dès l’après-midi, que l’aéroport de Halate n’avait besoin que de 24 h pour devenir opérationnel, peut-être dans le but de rassurer les Libanais. Ou peut-être afin de laisser entendre que la crise ne fait que commencer, sachant que certaines sources de l’opposition ont laissé entendre que le Hezbollah avait donné un délai de 48 h au gouvernement pour revenir sur sa décision concernant Wafiq Choucair.
En plus de digérer l’éruption soudaine de violence qui a pris en otage leur capitale, les Libanais ont dû se convaincre qu’il était normal de voir défiler, sur leur téléviseur, des images montrant l’armée libanaise se tenant, sans broncher, à quelques pas d’un camion de Jihad el-Bina déchargeant une cargaison de sable visant à bloquer la route.
Se plaindre d’un statu quo durant des mois et se lever un matin en regrettant soudain que cet immobilisme n’ait pas pu durer plus longtemps…
Lélia MEZHER
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans les faits, la CGTL avait décidé une journée de grève et de manifestations pour protester contre la cherté de vie et des salaires trop bas. Deux jours avant la date fixée pour cette grève, le gouvernement a décidé la mutation du responsable de la sécurité de l’aéroport, Wafiq Choucair, et de ne plus rester les bras croisés face au réseau de télécommunications parallèle, mis en place par le Hezbollah. Durant la même séance ministérielle, une augmentation du salaire de base a été entérinée.
Hier matin, la CGTL a annulé la manifestation prévue et qui devait, entre autres, passer par les secteurs de Mazraa et Mar Élias, laissant ainsi la voie libre aux partisans et sympathisants du mouvement Amal et du Hezbollah. Au fur et à mesure que s’est écoulée la journée, il est devenu clair que les mouvements...