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Actualités - Chronologie

Stupeur et déchirements LES SORTIES DE LA SEMAINE

Juno, de Jason Reitman Avec Ellen Page, Michael Cera et Jennifer Garner. Juno Mac Guff, ado de seize ans, pas plus haute que trois pommes, a un être qui bouge dans le ventre. C’est une fille qui a les pieds sur terre et semble savoir ce qu’elle veut. À l’annonce de la nouvelle, elle affrontera le problème sans panique ni larmoiements. Le ton est déjà donné dès les premiers instants du film. Deux ans après son Thank you for Smoking, Jason Reitman revient avec cette comédie douce-amère. Épaulé par la romancière-scénariste Diablo Cody (strip-teaseuse reconvertie au roman), le cinéaste offre à voir un film à la fois insolent et tendre, aux dialogues caustiques et à l’humour acéré. Rappelons d’abord que Juno évoque le nom de la déesse romaine Junon, déesse de la fertilité mais également de la jeunesse, d’où l’origine du mot. Après cette parenthèse historique, parlons du caractère de la fille. Juno est attachante avec son ventre qui grossit alors qu’elle se met à la recherche des parents idéaux pour adopter son bébé. Attachante mais aussi culottée, la petite jure, fume la pipe et aime la culture punk. Ellen Page est ce bol d’air frais qui oxygène tout le film et qui donne à cette comédie (qui ne manque pas de gravité sous-jacente) son humour et sa vivacité. Michael Cera, acteur transfuge de la bande à Apatow (Evan dans Superbad), est excellent dans son rôle de jeune papa (sans le vouloir et sans le savoir), aux jambes chétives et au torse pas encore formé. Il a pour seules armes pour affronter la vie son tic-tac et son endurance à la course dans son short de satin polyester. Nommée aux Oscars (meilleur film, réalisateur, scénario original, meilleure actrice), cette chronique bourrée d’énergie venait juste à point pour embellir le paysage d’une cuvée cinématographique 2008 assez violente. À travers ces situations loufoques et les dialogues acides, les caractères sont dépeints avec gravité. En donnant un bon coup de canif aux clichés, Reitman (sans pour autant vouloir moraliser) fait le constat d’une société perdue. Des enfants trop matures et qui ont grandi trop tôt. Des adultes qui veulent encore devenir enfants (le père adoptif). Et, dans ce schéma un peu obscur, trois portraits de femmes à caractère?: Juno, sa belle-mère et, enfin, la mère adoptive incarnée par la stupéfiante Jennifer Garner. Un constat, mais également un sujet à débat?: sur l’avortement, la responsabilité parentale… Le tout traité sur un ton badin. Comme quoi on badine avec l’amour. GRAND CINEMAS ABC, GRAND CONCORDE Things We Lost In The Fire, de Suzanne Bier Avec Benicio del Toro, Halle Berry et David Duchovny. Lorsque la société de production de Sam Mendes se voit confier le scénario de Things We Lost In the Fire, le réalisateur d’American Beauty songe immédiatement à Suzanne Bier qu’il compare à des cinéastes comme Innaritu et qui contribuent d’une manière nouvelle au cinéma américain, et dont les films relèvent de la même esthétique «?brute?», en prise directe avec le réel et très éloignée du style américain ou anglais. L’histoire est simple, intimiste, teintée d’une épure narrative. Audrey et Brian mènent une vie tranquille et sans histoires : onze ans de mariage, deux enfants, le confort et la sécurité assurés, aucun souci à l’horizon. Mais, un jour, tout s’écroule. Brian meurt, victime d’un acte de violence gratuit. Se retrouvant seule, sa femme va se retourner instinctivement vers le meilleur et le plus ancien ami de son mari, Jerry, un homme qu’elle jugeait infréquentable, en dépit de l’affection que lui portait son mari. Bien que paumé, Jerry lui apparaît comme une planche de salut, ce lien qui la relie au souvenir de son mari. Audrey l’invite à s’installer dans une chambre attenante au garage, avec l’espoir qu’il l’aidera, ainsi que ses enfants, à reprendre une vie normale. Il ne sait pas qu’en volant au secours de la femme de son copain, c’est sa réinsertion et son retour à la vie qu’il réalise. Entre deuil et déni, les deux êtres déchirés apprendront à se retrouver. La cinéaste a su filmer une situation dramatique avec beaucoup de pudeur et de minimalisme à l’aide d’une caméra rapprochée, très rapprochée, utilisant parfois deux caméras pour illustrer la bonne image car seuls les êtres comptent pour elle. Les moindres gestes du quotidien, banals mais tellement réalistes, les infimes regards sont représentés avec une grande justesse grâce aussi et surtout aux trois interprètes qui rivalisent par la sincérité de leurs prestations. GRAND CINEMAS ABC, GRAND CONCORDE, CINEMACITY, EMPIRE GALAXY The Lark Farm, de Paolo et Vittorio Taviani Avec Paz Vega, Arsinée Khanjian, Tcheky Karyo et André Dussolier. Quatre-vingt-treize ans ont passé. 93 longues années et elles sont peu nombreuses les œuvres cinématographiques à parler du génocide arménien, alors que d’autres massacres ont été plus «?chahutants?». En réalisant The Lark Farm ou Le Mas des Alouettes, les frères Taviani voulaient non seulement rendre hommage aux victimes, mais également à une partie de l’histoire qu’ils ne connaissaient pas. «?Ce film est né, il y a trois ans, presque par hasard, ont-ils dit, lorsque nous avons découvert l’ampleur de cette tragédie, en lisant le roman quasi autobiographique d’Antonia Arslan.?» Un cri auquel l’actrice Paz Vega joint le sien en disant?:?«?On ne nous apprend rien à l’école, et si un film ne change pas les destins du monde, du moins contribue-t-il à réveiller les consciences et à ouvrir les yeux. » Si The Lark Farm est l’histoire du peuple arménien, et plus particulièrement de la famille Avakian, trucidée et chassée de ses terres, il est également l’histoire de toutes les luttes entre les frères et les massacres qui sont tombés dans l’oubli. Les cinéastes italiens avouent eux-mêmes qu’ils ne sont pas contre l’intégration de la Turquie à l’Europe, mais qu’il faudrait avant que l’État reconnaisse ses erreurs et demande pardon pour ses crimes. Pour Paolo et Vittorio Taviani, qui tiennent de leur père antifasciste une conscience politique très forte et qui ont souvent imprégné leurs œuvres d’un militantisme et d’une révolte contre l’injustice, il ne s’agissait pas de réaliser l’épopée des Arméniens en croquant une fresque historique, mais de suivre pas à pas certains personnages face à leur destin et les projeter dans un événement collectif. Les caractères sont ainsi des schémas types des humains intemporels?: le haineux, le bon le traître, le courageux… Il était aussi primordial pour les réalisateurs que les comédiens soient issus d’univers différents. Espagnols, Français, Allemands, Italiens, tous ces personnages sont magnifiés par la belle lumière des Taviani (qui ressemble à certains instants à celle des peintres flamands), par le décor fabuleux reconstitué, les costumes tout en épure mais en réalisme et par la musique qui traverse le film donnant à voir une véritable symphonie humaine. Certains reprocheront qu’on est un peu loin des premières œuvres, mais l’esprit esthète perdure. Un film dur et violent qu’il serait intéressant de voir. CINEMACITY, EMPIRE SOFIL
Juno,
de Jason Reitman


Avec Ellen Page, Michael Cera et Jennifer Garner.
Juno Mac Guff, ado de seize ans, pas plus haute que trois pommes, a un être qui bouge dans le ventre. C’est une fille qui a les pieds sur terre et semble savoir ce qu’elle veut. À l’annonce de la nouvelle, elle affrontera le problème sans panique ni larmoiements. Le ton est déjà donné dès les premiers instants du film.
Deux ans après son Thank you for Smoking, Jason Reitman revient avec cette comédie douce-amère. Épaulé par la romancière-scénariste Diablo Cody (strip-teaseuse reconvertie au roman), le cinéaste offre à voir un film à la fois insolent et tendre, aux dialogues caustiques et à l’humour acéré. Rappelons d’abord que Juno évoque le nom de la déesse romaine Junon, déesse de la fertilité mais également de...