Le général Michel Sleimane quitte Yarzé fin août. Refusant l’expédient courant d’une prorogation artificielle de son contrat. En même temps, il précise qu’au cas où son départ pourrait « faciliter un consensus sur un autre candidat, alors je ne serais jamais un obstacle. » Car s’il accepte de postuler la première magistrature, c’est « pour servir mon pays et apporter une solution. » Donc si les autres n’en veulent pas vraiment, continuent à atermoyer et à poser « une montagne de conditions et de contre-conditions qui ne semblent pas avoir de fin », il ne va pas insister. D’autant qu’il commence « à se sentir humilié »… Les protagonistes s’en avouent secoués et se demandent que faire et quelles seraient les nouvelles donnes, si l’équation Sleimane se trouve gommée d’un coup.
Car l’avertissement est clair : le général se retire en août, et si le dossier n’est pas réglé avant, le candidat pourrait bien l’imiter. Il y a là aussi une mise en garde à consonance nationale. Pour l’intéressé, il est évident que le pays, exsangue, ne peut plus en supporter davantage, ni continuer à mariner dans une crise qui l’épuise tout entier.
C’est pourquoi nombre de pôles mais aussi de chancelleries avaient relancé Sleimane pour qu’il reste en poste après le 22 novembre (date officielle de son départ à la retraite, raccourcie à cause de trois mois de congé non pris). En faisant valoir que s’il part, il n’y aurait pas moyen de lui trouver un successeur à la tête de l’armée, du moment que les institutions sont bloquées. Il y aurait donc le vide au niveau du commandement aussi bien qu’au niveau de la présidence, les deux postes étatiques principaux revenant à la communauté maronite. Mais il a refusé en rétorquant que dans un cas comme dans l’autre, les camps en présence doivent assumer leur responsabilité. Il s’est demandé si l’insistance mise au sujet de la prorogation de son contrat n’était pas synonyme d’une volonté de perpétuation de la crise. Ajoutant en substance que ceux qui le prient d’éviter le vide au niveau du commandement feraient mieux de combler le vide au niveau de la présidence, en invitant les députés à faire leur devoir. Sans manquer de relever qu’en pratique le commandement ne serait pas laissé à l’abandon puisque le Code de la défense nationale prévoit qu’en cas d’empêchement ou de vacance du titulaire, c’est le chef d’état-major qui prend les rênes.
Le général tente donc de faire échec à l’idée d’un maintien du statu quo. Il estime en effet, et il est bien placé pour le souligner, que la stabilité sécuritaire, et autre, deviendrait de jour en jour plus friable, moins contrôlable. Que la prolongation du marasme est sérieusement dangereuse pour le pays.
Franchise requise
Il est donc grand temps, à son avis, que chacun dévoile enfin ses intentions véritables. Que certains cessent de mentir au sujet du soutien à sa candidature ou même au principe du consensus. Est-il besoin de rappeler que des pôles de l’opposition ont fini par avouer qu’à leurs yeux, il n’est plus candidat d’entente, du moment qu’il a la majorité pour lui ?
Le 14 Mars, secrétariat général en tête, se hâte dès lors de presser la minorité, dont la position reste équivoque, et ne semble pas unifiée, à se déclarer franchement au sujet de la présidentielle. Frangié assure que si la majorité accepte le caza, il garantit l’élection du président. Berry aussi la garantit, si l’on adopte les trois 10. Mais ni Nasrallah, qui insiste pour le tiers de blocage, ni Aoun n’en veulent. Comme Karamé, ils exigent en outre que le prochain gouvernement ne soit dirigé ni par Hariri, ni par Siniora, ni même par un représentant du Courant du futur. Les piliers du front opposant ne sont donc d’accord que sur un point : assortir la présidentielle d’une « montagne de conditions », selon les termes de Sleimane. Ils ne s’en cachent du reste pas, puisque selon les indications de la Rencontre nationale dirigée par Karamé, ils songent à former un comité arbitral d’unification des rangs et des positions.
Un détail : selon des sources informées, des opposants ont couru à Damas pour y dénigrer la candidature Sleimane et pour détériorer les relations que la Syrie entretient avec lui. En affirmant aux anciens tuteurs que le général est le candidat des proaméricains et des protribunal, sujet sur lequel ils sont extrêmement sensibles comme nul ne l’ignore. Mais selon les sources citées, après avoir un moment hésité, les Syriens ne se sont pas laissés convaincre et font savoir que le général reste à leurs yeux le seul candidat de consensus potentiel plausible. Façon, sans doute, de signaler qu’ils restent méfiants par rapport à d’autres, quoique ces derniers se soient alliés aux prosyriens.
Cependant, tout en disant à Lavrov que Sleimane a leur appui, les Syriens ont précisé que le problème pour eux ne se présente pas sous cet angle mais sous celui du package-deal.
Et notamment au sujet de la formation du prochain gouvernement libanais. À ce propos, le débat larvé ne cesse de s’envenimer. Ce qui fait que de plus en plus de pôles et d’observateurs sont convaincus que l’on ne parviendra pas à mettre sur pied une formule d’entente majorité-minorité-présidence. Il est donc de plus en plus question d’un cabinet neutre de transition formé en majeure partie de technocrates plutôt jeunes, comme il en a été fait état dans l’émission de Marcel Ghanem avec Sélim Eddé, Salah Abou Raad et Rami Alik.
Philippe ABI-AKL
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