Jusqu’au départ des chefs d’État et des délégations arabes, les autorités syriennes craignaient un incident qui aurait pu perturber le sommet et remettre en cause le fragile équilibre qui avait permis sa tenue malgré les obstacles et les appels au boycott lancés par des parties arabes et internationales. Ces mêmes autorités avaient pourtant pris les mesures nécessaires pour éviter des développements sécuritaires, mais elles craignaient des échanges désobligeants pendant les séances du sommet qui auraient abouti au retrait tonitruant de l’une des délégations. Maintenant que le sommet est derrière elles, les autorités syriennes peuvent souffler, mais selon des sources prosyriennes, l’inquiétude demeure grande sur l’étape suivante. Les mêmes sources précisent que les autorités syriennes ne se font pas beaucoup d’illusions sur le calme apparent dans lequel s’est finalement déroulé le sommet et estiment que la campagne de pressions menée contre elles se poursuit et pourrait même aller crescendo maintenant que la Syrie a traversé le cap du sommet en montrant qu’elle n’est somme toute pas si isolée que cela sur la scène arabe. Ces mêmes sources laissent entendre que depuis quelques mois, les services syriens ont démantelé des réseaux qui cherchaient à renverser le régime. Il y aurait même eu un incident sérieux il y a un peu plus d’un mois qui aurait abouti à des changements importants au sein de certaines structures étatiques. L’assassinat du chef militaire du Hezbollah Imad Moghniyé a même alerté les autorités syriennes sur l’éventualité d’une faille sécuritaire dans leur dispositif et les a poussées à réagir rapidement. Si aujourd’hui, et le déroulement du sommet l’a prouvé, la situation est bien tenue en main par les autorités, celles-ci restent cependant en état d’alerte. Les sources prosyriennes précisent que les autorités de Damas font le raisonnement suivant : l’Administration américaine est déterminée à aller jusqu’au bout dans son projet de briser le « nouvel axe du mal » qui s’étend de l’Iran jusqu’à Gaza et englobe la Syrie et le Liban, à travers le Hezbollah. Les mêmes sources ajoutent que l’Administration américaine cherche à briser cette chaîne, en frappant l’un de ses maillons, convaincue que cela pourrait entraîner la chute des autres. L’exécution de ce projet, selon ces sources, a commencé en 2005, dans la foulée de l’assassinat de l’ancien Premier ministre du Liban Rafic Hariri avec le retrait précipité des troupes syriennes du Liban en avril 2005. La seconde tentative a eu lieu au cours de l’été 2006, lorsque l’armée israélienne a voulu frapper le Hezbollah. Mais ce dernier a tenu bon et, selon l’adage, « le coup qui ne te brise pas te renforce », il est sorti plus puissant de cette guerre. La troisième tentative, toujours selon les mêmes sources, a eu lieu à Gaza, après la conférence d’Annapolis. Elle s’est aussi soldée par un échec, car l’armée israélienne a dû affronter des combattants entraînés selon le modèle du Hezbollah avec des armes moins primitives que prévu et une portée de missiles plus importante que dans le passé. L’armée israélienne a aussitôt suspendu son opération, revenant au processus de négociations. Les autorités syriennes, poursuivent les mêmes sources, estiment que l’Administration américaine ne semble pas avoir pour autant renoncé à son projet et elle pourrait songer cette fois à une opération contre les deux autres maillons, en principe plus forts, l’Iran et la Syrie. Toutefois, les sources prosyriennes pensent qu’une opération, même aérienne, contre l’Iran comporterait des risques très grands, notamment pour les pays du Golfe qui ont en général clairement exposé leur opposition à une telle démarche. Ce serait d’ailleurs une des raisons de la participation du Koweït, des Émirats arabes unis et du sultanat d’Oman au sommet de Damas. Selon les mêmes sources, la délégation omanaise aurait d’ailleurs tenu des propos très clairs sur ce sujet au cours de la réunion à huis clos.
Reste alors la Syrie. Tout en affirmant que ce pays est aujourd’hui bien mieux équipé et préparé qu’avant, les autorités syriennes n’écartent pas l’éventualité d’une opération lancée par Israël contre leur territoire, doublée de tentatives de déstabilisation interne. Elles ne se montrent pas inquiètes outre mesure, mais elles se posent des questions sur les raisons de « l’hostilité aussi marquée » de l’Arabie saoudite à leur égard. Selon les mêmes sources, la Syrie aurait tenté une ouverture en direction de l’Égypte et le président algérien Abdel Aziz Bouteflika, qui a participé au sommet de Damas, s’est ensuite rendu au Caire porteur « d’un message d’amitié » de la part de Bachar el-Assad à Hosni Moubarak. De même, avec la Jordanie, les contacts ont été maintenus malgré la défection à la dernière minute du roi Abdallah, qui s’est fait faiblement représenter au sommet. Par contre, avec l’Arabie saoudite, le problème demeure entier. Si aucun déblocage n’est en vue et si les médiations du Qatar et d’autres parties échouent, cela signifie, pour les mêmes sources, que le bras de fer continue et que toutes les hypothèses sont à envisager.
Quant au Liban, il ne peut que faire les frais de la poursuite de la tension entre l’Arabie saoudite et la Syrie, comme le souligne régulièrement le président de la Chambre Nabih Berry.
Scarlett HADDAD
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