Le communiqué final d’un sommet arabe a cela de confortable qu’il ne risque pas de réserver des surprises qui pourraient prendre le monde entier de court. Concernant le Liban, le document s’est borné à rappeler « l’attachement » de la Ligue arabe à l’initiative tendant à résoudre la crise libanaise et à « appuyer les efforts du secrétaire général de la Ligue arabe tendant à encourager les parties libanaises à trouver une solution entre elles pour dépasser la crise ».
De ces deux lignes lapidaires, trois éléments peuvent être déduits : d’abord, il n’y aura pas d’« autre » initiative, mise à part celle de la Ligue arabe. Le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait pourtant annoncé qu’il préparait un plan qui remettrait les dirigeants libanais sur les rails du dialogue, ne concrétisera donc pas ses projets de réconciliation nationale. Ensuite, c’est encore une fois le secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, qui sera chargé de plancher sur la crise libanaise, une crise qui, comme il l’a déjà souligné, « donne des insomnies à tout le monde ». Enfin, point important qu’il convient de relever : la crise a pour origine « les parties libanaises » qui doivent désormais œuvrer afin de « trouver une solution entre elles ». Aucune mention, nulle part, des facteurs externes de blocage qui ont réussi à ériger le vide, au Liban, en une quasi-institution. La Syrie a donc a priori bel et bien réussi à occulter la profondeur des complications internes et régionales liées au dossier libanais et, point supplémentaire, à faire adopter à l’unanimité une condamnation par la Ligue du Syria Accountability Act. D’ailleurs, le détachement de la Syrie par rapport à la question libanaise aurait été presque parfait – « il n’est pas permis de discuter des affaires d’un pays membre en son absence », avait ainsi indiqué la délégation syrienne durant la réunion à huis clos – sans la réponse glacée faite par le ministre syrien des Affaires étrangères (AE), Walid Moallem, à un journaliste : « Le problème est interlibanais et ne concerne pas la Syrie. Puisqu’il est question de souveraineté et d’indépendance, que les Libanais exercent leur souveraineté et résolvent leurs problèmes eux-mêmes. »
Commentant cette pique, un député de la majorité a estimé que cette réponse du ministre syrien des AE prouve qu’il a « perdu les nerfs » devant les questions répétées des journalistes concernant le Liban.
Maintenant que « l’après-sommet » est devenu une réalité, il convient de souligner, dans ce contexte, la persistance de la rupture saoudo-syrienne qui demeure, à en croire le député précité, « plus importante que jamais ». Le ministre saoudien des AE, le prince Saoud el-Fayçal, n’a-t-il pas récemment rappelé avec humeur que toute décision prise à l’unanimité par la Ligue est « obligatoire » et que sa non-application devrait ainsi être « sanctionnée » ?
Mais la réalité demeure aujourd’hui tout autre, et loin d’avoir été sanctionnée, la Syrie a assuré à un hôte de marque une tribune de choix en permettant au ministre iranien des AE, Manouchehr Mottaki, de se poser en « donneur de leçons » au monde arabe, précisément depuis Damas... Répondant en effet à une question sur les trois îles iraniennes revendiquées par les Émirats arabes unis, M. Mottaki a déclaré sans ambages qu’il était temps pour « le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et les pays arabes » de déployer « des efforts sur les principales causes arabes, notamment palestinienne, et ne plus mentionner de tels sujets (les trois îles) pour ne pas donner de prétexte à l’entité sioniste ». Ces propos ont porté un coup à la teneur du communiqué final, puisque celui-ci a mis en relief « la souveraineté totale des Émirats arabes unis sur les îles des Grande et Petite Tomb et d’Abou Moussa », situées dans le Golfe, contrôlées par l’Iran depuis 1971 et revendiquées par les Émirats.
Dans ce climat régional en ébullition, il est de plus en plus difficile pour les Libanais d’entrevoir une issue possible à cette crise. Pour apporter une dose supplémentaire de morosité, une « nouvelle » hantise concernant une recrudescence des attentats court de nouveau les rues. Il s’agit plus de « rumeurs » que de « signaux concrets », affirme à cet égard une source parlementaire, même s’il serait tentant – mais il est vrai, morbide – de qualifier ces rumeurs de logiques. De plus, et selon des sources bien informées, des informations fournies par des services de renseignements font actuellement état d’une prochaine vague d’attentats. L’ancien ambassadeur Johnny Abdo a apporté de son côté de l’eau au moulin des sources précitées en affirmant qu’à son avis un « incident sécuritaire majeur » pourrait ébranler le pays en avril, la décision à cet égard « revenant à la Syrie ».
Autre élément de nature à rendre la situation sécuritaire encore un peu plus tendue, l’approche de la mise en place concrète du tribunal spécial pour le Liban.
Dans ce climat peu rassurant, l’opposition s’est paradoxalement retenue d’annoncer des mesures concrètes. Aucun avant-goût de la période à venir n’a pu être décelé dans les déclarations des divers responsables du camp du 8 Mars, qui se sont pratiquement tous limités à critiquer le boycott décidé par le gouvernement de Fouad Siniora.
Côté 14 Mars, aucun plan précis ne peut être dégagé pour le moment, même si la tendance consisterait à « aller à l’essentiel » plutôt que d’opter pour des demi-mesures.
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De ces deux lignes lapidaires, trois éléments peuvent être déduits : d’abord, il n’y aura pas d’« autre » initiative, mise à part celle de la Ligue arabe. Le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait pourtant annoncé qu’il préparait un plan qui remettrait les dirigeants libanais sur les rails du dialogue, ne...