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Actualités - Opinion

La crainte d’une «nuit des longs couteaux» Mario B. HÉLOU

«Quelle tristesse de voir des nations mendier un supplément d’avenir.?» Cette citation de l’essayiste et moraliste roumain d’expression française Émile Cioran trouve son illustration la plus éloquente dans les déplacements continus de nos dirigeants, d’un pays à l’autre, en quête d’une assistance ou d’une aide susceptible de permettre à ce pays de se maintenir en vie jusqu’à ce qu’il soit fixé sur son sort. L’expérience nous a appris qu’en politique, il n’existe pas d’assistance (hormis celle à caractère humanitaire que la Croix-Rouge, Caritas ou autres reçoivent de temps à autre) sans contrepartie. Donc, nous nous demandons quel serait le prix à payer pour obtenir une période de stabilité qui paverait la voie à l’élection d’un président et donnerait au Liban, ne serait-ce que dans la forme, l’aspect d’un État?? Pour répondre à cette question, il suffit de voir très objectivement ce qui est nettement visible, sans chercher à savoir ce qui se trame. Sur le plan interne, il existe deux blocs constitués chacun d’un ensemble de groupes hétéroclites que rien ne rapprochait il y a peu de temps, et que rien ne rapprochera à l’avenir si l’histoire des trente dernières années venait à se répéter… Ces deux blocs sont divisés entre une majorité qui détient le pouvoir et est accusée de vouloir l’accaparer pour servir les intérêts des États-Unis et leurs alliés, et une minorité qui revendique son droit à la participation à ce même pouvoir que la majorité lui refuse, sous prétexte de voir cette dernière servir les visées syro-iraniennes. Ces deux blocs, bien qu’ils aient tenu des réunions à travers leurs chefs respectifs dans le but de s’entendre sur l’issue à donner à la crise dans laquelle le pays se débat, n’ont pas réussi à (ou n’ont pas voulu) se mettre au diapason, en attendant une quelconque conjoncture qui permettrait à l’une des deux parties de blackbouler l’autre. Mais comment?? Et à quel prix?? Serions-nous à la veille d’une «?nuit des longs couteaux?»?? Ce qui est incompréhensible et même aberrant, c’est de constater l’irresponsabilité et l’inconscience de ces dirigeants qui s’amusent à faire du surplace, à se renvoyer la balle et à se mentir, alors que des menaces sérieuses planent sur le Liban, en provenance d’une région en ébullition, et qui augurent de développements qui risquent de modifier toutes les données du jeu, en entraînant ce pays dans un cycle de violence aux conséquences incommensurables. Le danger n’est plus à nos portes, mais à l’intérieur même du pays, d’où une menace d’implosion de la nation. Le Liban n’est pas à l’abri d’événements comme ceux dont l’Irak est le théâtre (dont le dénouement est toujours hypothétique) ou encore Gaza, où Israël continue à pratiquer son sport favori?: la «?chasse aux Palestiniens?». Tout cela, bien évidemment, sans entraîner une quelconque réaction de la part du monde qui se dit civilisé. Ce processus de violence semble vouloir se poursuivre sporadiquement, et à long terme, jusqu’à l’extermination ou la fuite du dernier des Palestiniens qui oserait ne serait-ce que rêver d’avoir un jour un État. Le matraquage sans pitié de ce peuple répond aux principes historiques sur lesquels cet État est fondé?: racisme, fanatisme religieux, refus de l’autre et, surtout, le rêve du Grand Israël. Dans cet imbroglio politico-sécuritaire régional, le Liban constitue le maillon le plus faible et le plus vulnérable. Car, pris en otage par deux forces de facto, aux ambitions diamétralement opposées et mues par des considérations que nous ignorons, il réunit sur son territoire tous les éléments nécessaires au déclenchement de la violence. Je citerai entre autres?: le vide au niveau de la présidence de la République et ses implications?; la fermeture du Parlement?; le clivage sociopolitique?; la tension sunnito-chiite?; la présence armée palestinienne?; la tension au Liban-Sud et celle suscitée par la présence de quelques bâtiments de guerre américains au large des côtes libanaises?; les conflits interarabes auxquels le Liban n’est pas indifférent?; l’afflux et la prolifération d’armes, dont celles du Hezbollah?; la haine alimentée par les talk-shows et les campagnes de presse destinées à intoxiquer et surchauffer les esprits, sans oublier les immixtions des divers services de renseignements des pays voisins, des plus proches au plus éloignés, qui opèrent en toute liberté sur toute l’étendue du territoire et dans des directions opposées. Sur tout cela vient se greffer l’émigration des cerveaux découlant d’une situation économique des plus aiguës, générant un taux de chômage qui dépasserait les 30?%, selon le chiffre avancé par certains experts en la matière. Il suffirait donc d’appuyer sur la gâchette pour que l’inévitable se produise. Il est vrai que la crise est inhérente en partie aux dissensions arabes, mais ce n’est pas une raison pour que ces messieurs persistent dans la pratique des manœuvres dilatoires héritées de ce voisin aimant, qui n’arrive pas encore à se défaire de la nostalgie obsessionnelle de son long séjour dans notre accueillant pays, où il a trouvé tout ce dont il est privé chez lui, à savoir?: argent, plaisirs, pouvoir, pillage, vol, etc. Ces messieurs doivent réaliser une fois pour toutes qu’ils ne peuvent plus continuer à déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul ou vice versa?; que le système oligarchique ne peut conduire qu’à plus de division?; que l’autocratie n’existe que dans des pays régis par la loi du talion?; que l’indépendance, la souveraineté et la liberté sont un droit qui se prend et ne se mendie pas?; que les solutions importées ne peuvent être que provisoires, car elles n’émanent pas de la volonté du peuple. Donc, il est demandé au plus fort, s’il est réellement convaincu de sa force, de faire le premier pas en direction de celui qu’il croit être le plus faible, en l’invitant courageusement à amorcer un dialogue franc, surtout loin des tutelles, qui commencerait par rétablir la confiance perdue dans les méandres des insultes, des contradictions des procès d’intention, des surenchères et des mensonges. Une telle initiative aurait une chance d’éviter au pays de basculer dans le chaos et, par conséquent, de paver la voie à l’élaboration et à l’adoption d’un programme conjoint qui déboucherait sur l’élection d’un président, en l’occurrence le général Michel Sleimane. C’est à deux qu’un tango se danse. Mario B. HÉLOU Ancien attaché d’ambassade Article paru le vendredi 28 mars 2008
«Quelle tristesse de voir des nations mendier un supplément d’avenir.?»
Cette citation de l’essayiste et moraliste roumain d’expression française Émile Cioran trouve son illustration la plus éloquente dans les déplacements continus de nos dirigeants, d’un pays à l’autre, en quête d’une assistance ou d’une aide susceptible de permettre à ce pays de se maintenir en vie jusqu’à ce qu’il soit fixé sur son sort.
L’expérience nous a appris qu’en politique, il n’existe pas d’assistance (hormis celle à caractère humanitaire que la Croix-Rouge, Caritas ou autres reçoivent de temps à autre) sans contrepartie. Donc, nous nous demandons quel serait le prix à payer pour obtenir une période de stabilité qui paverait la voie à l’élection d’un président et donnerait au Liban, ne serait-ce que dans...