De Nouri al-Maliki à Moqtada Sadr : « Vos miliciens devront avoir déposé les armes dans les soixante-douze heures, sinon, la loi sera appliquée. » De Moqtada Sadr à Nouri al-Maliki : « Quittez Bassora et envoyez une délégation parlementaire pour résoudre la crise. » Over and out, comme disent les militaires américains.
En deux jours, les combats entre l’Armée du mahdi et les forces loyales au pouvoir central, menées par le Premier ministre – que l’on découvre, ô surprise, en habit militaire –, ont fait une cinquantaine de tués et 225 blessés, dans la grande métropole du sud mais aussi à Sadr City même, à Hilla et à Kout. Ce brutal réchauffement du front intérieur ne pouvait survenir à un plus mauvais moment, tant pour le gouvernement irakien que pour l’Administration Bush, à l’heure où la guerre vient d’entrer dans sa sixième année. Dans son rapport adressé lundi au Pentagone, le général David Petraeus n’hésite pas à souligner que, malgré le succès de son « surge » (déferlante, nom donné à l’envoi de nouveaux renforts), il sera impossible de réduire dans le courant de cette année le nombre d’hommes engagés sur le terrain. En clair, cela signifie que la décision sera laissée au successeur de George W. Bush. « Mission (un)accomplished » donc, en dépit de tout ce qui se dit dans les hautes sphères de la capitale fédérale. Commentaire de Dana Perino, la porte-parole de la Maison-Blanche : « Le président assume la responsabilité de ses décisions. Il lui revient aussi d’aller de l’avant sur la voie du succès. »
Le journaliste Nicholas D. Kristof ironise dans le New York Times sur les demi-victoires des dernières semaines, au prix de 5 000 dollars la seconde. Il estime que si les États-Unis gagnent sur les bords de l’Euphrate, ils sont en train de perdre en Floride et en Californie, dans une évidente allusion à la récession – « la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », juge Alan Greenspan – qui pointe son vilain nez camard à l’horizon. Citations du prix Nobel Joseph Siglitz et du numéro deux de Goldman Sachs à l’appui, il voit une relation directe (encore que tous les spécialistes ne soient pas d’accord sur l’étendue de son impact) entre les déboires de l’expédition « Shock and Awe » et la réaction en chaîne qui s’annonce.
C’est, prétend l’éditorialiste, dans un clair souci de tester les effets d’un timide désengagement que le commandement US a poussé Bagdad à prendre d’assaut la forteresse sadriste. Il y avait là aussi, a laissé entendre le Centcom, un désir encore plus évident de redorer le blason du chef du gouvernement, passablement terni par l’inefficacité de sa gestion et ses trop nombreux atermoiements. L’entreprise est risquée car sa réussite demeure des plus aléatoires tant l’influence du leader rebelle est grande au sein de sa communauté. De plus, si la tension avait quelque peu baissé au cours des mois récents, on le doit en grande partie au cessez-le-feu proclamé fin août dernier par le turbulent fils de Mohammad Sadek Sadr. La reprise des escarmouches signifierait donc que les ferments de la guerre civile n’ont pas disparu, comme on le dit, loin de là.
Mais il existe d’autres raisons à la décision prise en début de semaine d’en finir avec une rébellion qui s’entêtait à ne pas dire son nom. Depuis le retrait à la mi-décembre du contingent britannique, l’Armée du mahdi a consolidé son emprise sur Bassora, une ville par laquelle transite la majeure partie de la production pétrolière irakienne ainsi que presque toutes les importations. Un commerçant du cru rappelle volontiers, ce n’est qu’un exemple parmi des milliers, avoir payé 500 dollars un article importé à quoi sont venus s’ajouter 3 000 dollars supplémentaires versés aux protecteurs locaux. Les habitants parlent, eux, de la montée de l’extrémisme religieux : une centaine de femmes ont été abattues en quelques mois pour avoir arboré des tenues vestimentaires jugées « occidentales ». La police ne parvient pas à imposer un semblant d’ordre car ses rangs sont infiltrés par les sadristes. D’où la décision de dépêcher sur les lieux des unités bagdadies, réputées plus sûres, au risque de donner à toute l’affaire des allures de règlements de comptes entre fractions rivales chiites. D’ailleurs, le jeune sayyed a lui-même dénoncé les intentions de ses adversaires, dans la perspective des élections municipales prévues en octobre, déterminantes pour les chiites.
Les Américains, qui n’en sont pas à une contradiction près, viennent d’inviter l’Iran à « aider à améliorer la sécurité et la stabilité » en usant de leur influence « qui est importante dans la province et dans le Sud-Est en général ». À Téhéran, où pourtant les joyeux drilles ne sont pas légion, on a dû se laisser aller à une douce hilarité. Les mollahs au secours des boutefeux de Dick Cheney… C’est cela ou bien l’infernale alternative : maintenir sur place les GI et s’enliser un peu plus chaque jour, l’autre terme étant le retrait échelonné, en laissant derrière soi le chaos.
Christian MERVILLE
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En deux jours, les combats entre l’Armée du mahdi et les forces loyales au pouvoir central, menées par le Premier ministre – que l’on découvre, ô surprise, en habit militaire –, ont fait une cinquantaine de tués et 225 blessés, dans la grande métropole du sud mais aussi à Sadr City même, à Hilla et à Kout. Ce brutal réchauffement du front intérieur ne pouvait survenir à un plus mauvais moment, tant pour le gouvernement irakien que pour l’Administration Bush, à l’heure où la guerre...