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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Démocraties en panne

Liban, Koweït : deux expériences démocratiques qui, pour être bien différentes, n’en passaient pas moins pour exemplaires, dans une région du monde où les pseudo-Parlements et prétendues Assemblées du peuple n’ont d’autre raison d’être que le culte du prince. Liban, Koweït : deux démocraties plus ou moins approximatives, aujourd’hui malades et même gravement malades, alors que les dictatures se portent scandaleusement bien, merci. Cette contradiction n’est guère nouvelle, hélas. Partout dans le monde en effet, les démocraties paraissent, le plus souvent, bien mal armées face à la subversion et au terrorisme, face aussi à la tentation totalitaire guettant les dirigeants débordés : ce sont là les risques inhérents à un système dont Winston Churchill disait qu’il était le pire... à l’exception de tous les autres. Monarchie dynastique édifiée sur un océan de pétrole, le Koweït s’est doté depuis près d’un demi-siècle d’un Parlement, lequel s’est avéré invariablement indocile, et même frondeur, au point de paralyser systématiquement, ces dernières années, l’action gouvernementale. Quatre fois dissoute déjà dans le passé, l’Assemblée koweïtienne vient de connaître le même sort pour cause de comportement irresponsable, et des élections anticipées se dérouleront au mois de mai. Sur ce point précis, on envierait pour peu les Koweïtiens, puisque ce pouvoir de dissolution, la Constitution de Taëf en a dessaisi le président de la République pour le confier à une Chambre des députés peu susceptible pourtant de se saborder elle-même. Fait encore plus navrant, si, au Koweït, le Parlement se voit reprocher de paralyser le gouvernement, au Liban c’est le président de l’Assemblée lui-même qui s’emploie à neutraliser l’organe dont il a la charge, qu’il est tenu d’animer : et cela sous le ridicule prétexte, réaffirmé hier encore par Nabih Berry, que le gouvernement n’a plus l’heur de lui plaire. Blocage ici, obstruction là : en poussant la comparaison un peu plus loin, on pourrait noter que les crises libanaise et koweïtienne, par-delà leurs spécificités propres, se déroulent toutes deux sur double fond de bras de fer régional et de malaise interne. Depuis des années, les secousses politiques se suivent sans interruption au Koweït, allant jusqu’à menacer la cohésion de la famille régnante. À cette instabilité sont venues s’ajouter des tensions sectaires, lesquelles n’ont cessé de s’aggraver depuis l’assassinat, le 12 février dernier à Damas, du chef militaire du Hezbollah Imad Moghniyé : rassemblements à la mémoire d’un homme que le Trône tenait pour un dangereux terroriste, arrestations de membres présumés d’une branche locale et clandestine du parti de Dieu avec, pour inévitable réponse, des manifestations de protestation. Les puissances coloniales n’ont quitté cette région que pour être remplacées par une superpuissance mondiale prétendant y mettre de l’ordre, mais qui n’a réussi à ce jour qu’à installer un sanglant chaos en Irak. Et pour superpuissante que soit l’Amérique, elle n’en impose guère, faut-il malheureusement constater, à ces impérialismes autochtones que sont l’expansionnisme israélien, la quête iranienne d’hégémonie et la chimère d’une Grande Syrie, trois fléaux qui se conjuguent pour accabler le Liban. Entre appels religieux et subversion violente, où peut encore aller se nicher la démocratie ? Le vieux lion britannique à l’éternel cigare n’est plus là pour répondre. Issa GORAIEB
Liban, Koweït : deux expériences démocratiques qui, pour être bien différentes, n’en passaient pas moins pour exemplaires, dans une région du monde où les pseudo-Parlements et prétendues Assemblées du peuple n’ont d’autre raison d’être que le culte du prince. Liban, Koweït : deux démocraties plus ou moins approximatives, aujourd’hui malades et même gravement malades, alors que les dictatures se portent scandaleusement bien, merci.

Cette contradiction n’est guère nouvelle, hélas. Partout dans le monde en effet, les démocraties paraissent, le plus souvent, bien mal armées face à la subversion et au terrorisme, face aussi à la tentation totalitaire guettant les dirigeants débordés : ce sont là les risques inhérents à un système dont Winston Churchill disait qu’il était le pire... à l’exception...