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Actualités - Opinion

LE POINT Bouddha vs Confucius Christian MERVILLE

La traditionnelle culture chinoise du secret n’aura résisté que l’espace d’une semaine à la technologie. En week-end, le monde découvrait, grâce à la téléphonie mobile et à l’Internet, l’étendue du séisme qui touche le Tibet, proclamé en 1965 région spéciale autonome et en fait rattaché au pouvoir central. En ce début de semaine, les troubles ont déjà gagné les zones situées en bordure de l’Himalaya, principalement Gansu, Qinghai et Sichuan, alors que la capitale, Lhassa, donnait l’impression d’être coupée du monde. Comme quoi, souvent, les anniversaires peuvent être propices à tous les débordements et, décidément, ces moines bouddhistes sont bien turbulents. On sait comment tout a commencé : le 10 mars, pour les quarante-neuf ans du premier mouvement de protestation contre l’occupation chinoise, avec une veillée aux chandelles, qui s’annonçait des plus calmes, à l’université de Lanzhou, précédée d’une manifestation symbolique de quelques centaines d’étudiants, sur le campus de l’établissement, aussitôt occupé par la police. On ignore aujourd’hui, les autorités centrales moins que quiconque, comment cela finira, malgré un ultimatum qui a expiré hier à 16 heures GMT, simple épisode d’un conflit qui déjà fait tache d’huile, à un moment particulièrement délicat de l’histoire de l’empire du Milieu. Il faut croire en effet que Bouddha ne pouvait choisir un moment moins opportun pour donner des signes d’impatience, quand l’économie est en plein boom et que les Jeux olympiques se profilent à l’horizon. De plus, au moment où la colère des moines, en 1989, avait embrasé la capitale locale, Pékin avait dépêché sur les lieux le chef militaire et secrétaire général du Parti communiste du Guizhou, un certain Hu Jintao, devenu peu après chef de l’État grâce à l’appui de son mentor, Deng Xiaoping. À l’époque, le camarade Hu s’était distingué par une répression plutôt musclée, étalée sur une année entière marquée par un nombre incalculable de morts, de blessés, de détenus et d’exilés. Il ne saurait être question aujourd’hui de faire donner l’artillerie et les blindés contre des étudiants en théologie armés de leur seule (mais redoutable) foi et soutenus par un peuple qui ne supporte plus la pesante tutelle du grand frère. Ni surtout l’implacable érosion d’une culture que, dans son exil, le dalaï-lama s’entête à porter à bout de bras, soutenu par les centaines de milliers de ses coreligionnaires éparpillés aux quatre coins du globe. Dire que le régime avait inauguré l’an dernier une ligne ferroviaire, dans un geste destiné, disait-il, à marquer tout l’intérêt qu’il portait à l’économie tibétaine… Las ! Il était bien vite apparu que l’initiative profitait essentiellement aux deux millions de Chinois de l’ethnie Han employés sur place, les autochtones, eux, y voyant la preuve – encore une – que Pékin tient par-dessus tout à effacer toute trace d’une civilisation qui a su résister jusqu’à présent aux efforts de nivellement politique et surtout culturel. Le plus inquiétant est qu’on est loin de l’éruption somme toute pacifique – et finalement, est-il apparu, limitée dans le temps – qui avait marqué les événements de l’automne dernier dans plusieurs villes de Birmanie. À Lhassa, les incidents ont été violents par moments, si la riposte militaire et policière a été moins brutale qu’à Rangoun. Foi de témoins : sur la place du marché de Tromsikhang, dans le secteur de Barkhor, on a même entendu des soldats prier les manifestants de rentrer chez eux et de cesser de s’attaquer aux commerces chinois. Lundi matin, la lecture du Lanzhou Morning Post donnait l’impression que tout allait pour le mieux et que le seul fait notable à venir était le prochain renouvellement du mandat de Wen Jiaboa au poste de Premier ministre. Interrogé par les correspondants étrangers sur place, l’homme de la rue avouait son incompréhension, jugeant que toute l’affaire était motivée par la flambée des prix des produits de première nécessité et que l’agitation était fomentée par le dalaï-lama, désireux d’obtenir l’annulation des grandes retrouvailles sportives d’août prochain. Une éventualité d’ailleurs que la communauté internationale rejette avec un bel ensemble, convaincue qu’elle pénalisera les seuls athlètes et non pas le pays hôte. Il reste que l’immense continent abrite non moins de 56 groupes ethniques, même si les Chinois représentent 92 % de l’ensemble de la population. Il reste aussi que la seule autorité spirituelle – depuis la disparition, en 1989, du dixième panchen-lama – semble dépassée par les événements et incapable de faire entendre la voix de la paix, puisqu’elle qui prêche, à partir de Dharamsala, non pas pour l’indépendance mais pour une certaine forme d’autonomie et pour la préservation de la culture de sa patrie. Mais ce qui inquiète le plus les autorités, c’est que les dernières émeutes, il y a dix-neuf ans, avaient précédé de peu les journées de la place Tiananmen. Certes, le risque n’existe pas, aujourd’hui, de voir se reproduire les noires journées de ce temps-là. Tout de même, les héritiers de Mao se passeraient volontiers de toute cette agitation venue du toit du monde.
La traditionnelle culture chinoise du secret n’aura résisté que l’espace d’une semaine à la technologie. En week-end, le monde découvrait, grâce à la téléphonie mobile et à l’Internet, l’étendue du séisme qui touche le Tibet, proclamé en 1965 région spéciale autonome et en fait rattaché au pouvoir central. En ce début de semaine, les troubles ont déjà gagné les zones situées en bordure de l’Himalaya, principalement Gansu, Qinghai et Sichuan, alors que la capitale, Lhassa, donnait l’impression d’être coupée du monde. Comme quoi, souvent, les anniversaires peuvent être propices à tous les débordements et, décidément, ces moines bouddhistes sont bien turbulents.
On sait comment tout a commencé : le 10 mars, pour les quarante-neuf ans du premier mouvement de protestation contre l’occupation...