Confier au pyromane en chef de son cabinet le soin d’accélérer, dit-il, les efforts de paix au Proche-Orient : telle est la dernière trouvaille de George W. Bush, président en instance de départ, élu jadis sur un mémorable tour de passe-passe en Floride, qui s’est juré de couper l’une après l’autre les têtes de l’hydre terroriste, ne réussissant qu’à lui en faire pousser de nouvelles, et tout récemment converti à la nécessité de régler l’un des problèmes majeurs du siècle. Qu’importe, l’intention est louable, si la démarche l’est beaucoup moins, et si elle ne servait – piètre prétexte s’agissant d’un problème complexe, à la fois humain, politique, économique, historique – à masquer les véritables raisons de l’entreprise.
Car vous pensez bien que la question de Palestine ne figure pas au cœur du périple de M. Dick Cheney, par ailleurs grand pourfendeur de tout ce qui serait susceptible de nuire aux intérêts de son précieux Halliburton. Aux yeux de l’actuelle Administration, il existe deux dossiers bien plus urgents à régler que celui du massacre systématique des Palestiniens de Gaza, à savoir l’OPEP et l’Iran. Le pétrole d’abord : face aux journalistes, la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino, a laissé échapper une petite phrase qui en dit long sur les véritables objectifs de l’Amérique. « Il est évident que nous voulons un accroissement de la production », a-t-elle dit, ajoutant : « Notre économie s’est affaiblie, en partie à cause de la flambée des cours. Une augmentation de l’offre serait d’un grand secours. Je ne crois pas qu’il y ait d’autre message que celui-là. » Avec un baril qui flirte avec les 110 dollars – en attendant mieux puisque le billet vert a la fâcheuse tendance, ces temps-ci, à piquer du nez –, on comprend les inquiétudes de la première puissance mondiale. Mais d’avance, la partie concernée a fait valoir qu’il ne saurait être question de réduire les prix, ni surtout d’ouvrir plus grand les vannes de l’or noir. Crise il y a, c’est vrai, soutiennent en substance les principaux fournisseurs, mais c’est la chose du monde la mieux partagée. Et puis, l’Amérique n’a qu’à s’en prendre à elle-même et à sa mauvaise gestion de sa crise, qu’il s’agisse des « subprimes », de la politique du crédit ou encore de l’inflation, prélude à un krach majeur.
Seconde cause de la migraine US : le programme nucléaire de la République islamique, qui vient de faire une victime en la personne de l’amiral William J. Fallon, chef du Central Command, démissionnaire depuis quarante-huit heures. À 63 ans, ce militaire est un pacifiste qui croit aux vertus de la négociation. Depuis quelque temps, le conflit qui l’oppose à l’Administration, et plus particulièrement au général David Petraeus, commandant en chef du contingent en Irak, n’était plus un secret. Dans sa dernière livraison, la revue Esquire lui consacrait un article au titre explicite : « The man between war and peace », dans lequel elle reprenait quelques-unes des réponses faite par l’intéressé lors d’une interview accordée en septembre à la chaîne de télévision al-Jazira. Dont celle-ci par exemple, à la question de savoir si une attaque contre l’Iran était à prévoir : « J’espère que non (…). Tous ces tambours de guerre ne sont pas de nature encourageante. Je souhaite que nous passions à des choses bien plus constructives pour la région (...). Les gens veulent vivre en paix avec leurs voisins et c’est cela, pratiquement, ma mission. » En conclusion, ce haut gradé soutenait qu’« en ces derniers jours de la présente Administration, la décision finale, quelle qu’elle soit, appartient à un seul homme ». On ne saurait rejeter de manière plus explicite la responsabilité d’une éventuelle conflagration, aux conséquences terrifiantes, sur le 43e président des USA.
On comprend dès lors l’importance de la mission confiée à Dick Cheney, lâché au fil des années par la plupart des autres faucons, de Karl Rove à Donald Rumsfeld en passant par Paul Wolfovitz. Et surtout la raison pour laquelle, à Washington, le conflit arabo-israélien n’occupe qu’une place relativement minime. Dans le camp palestinien, le Hamas est traité en pestiféré par la communauté internationale et aux yeux de ses administrés, l’Autorité de Mahmoud Abbas passe pour la créature d’un Occident honni. En face, Ehud Olmert se voit rejeté par les durs parce que trop mou et par les pacifistes comme trop belliqueux. D’où les opérations d’extermination en cours et la relance de la construction de colonies à Givat Zeev, alors que paradoxalement, on parle de reprendre les pourparlers.
Confiant en sa bonne étoile – laquelle pourtant ne lui a fait faire, à ce jour, que des gaffes –, certain d’écouter la voix de sa conscience, à défaut de celle de la Providence, Bush évoque la Foi pour justifier un parcours qui s’apparente à une navigation à vue. « La liberté, ce don de Dieu, a-t-il affirmé devant les membres de l’association des radios religieuses, est en marche, pourvu que notre pays ne perde pas ses nerfs. »
Pas très rassurant pour qui connaît l’identité de celui qui veille à les protéger.
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Car vous pensez bien que la question de Palestine ne figure...