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Actualités - Opinion

LE POINT Jeux de guerre Christian MERVILLE

Comme dans la chanson, on n’est jamais mieux trahi que par les siens. Sans doute ont-ils dû être nombreux, au département d’État, à sourire jaune en prenant connaissance des propos tenus par cheikh Hamad ben Jassem al-Thani et rendus publics hier. Que l’émir régnant du Qatar plaide pour des relations « claires et franches » avec l’Iran, il n’y a là rien que de très naturel pour le gouverneur d’un État du Golfe. La mise en garde adressée à « ceux qui seraient tentés d’entraîner la région dans une nouvelle aventure » – suivez son regard… – a claqué, elle, comme un coup de fouet. Surtout qu’elle a été assortie d’une précision adressée à qui de droit : « En tant que voisins de la République islamique, nous sommes tous d’accord sur ce point. » Voilà qui est clair et l’on aurait tort de ne pas attacher à ces deux petites phrases toute l’importance qu’elles méritent. À des milliers de kilomètres de là, la presse yankee ironise sur tous les faux pas de l’actuelle Administration qui auront permis à l’antique Perse d’effectuer un retour en force dans les anciennes marches de l’Empire sassanide. Il lui a suffi pour cela de neutraliser les talibans – lesquels, soit dit en passant, pointent de nouveau le bout du kalachnikov en Afghanistan aussi bien qu’au Pakistan – et de débarrasser Bagdad de son tyran sanglant. Il était loisible dès lors aux bassidjis, à travers la large avenue ainsi ouverte, de supplanter petit à petit les baassistes. La visite à Bagdad, la semaine dernière, de Mahmoud Ahmadinejad est venue couronner un patient travail de fourmi effectué, des années durant, par les Iraniens auprès de l’ennemi d’hier. Une tâche grandement facilitée par le fait que la plupart des maîtres de l’Irak post-2003 avaient trouvé refuge, à un moment ou à un autre, auprès des héritiers de l’ayatollah Khomeiny, qu’il s’agisse du président Jalal Talabani, du Premier ministre Nouri Maliki ou du chef du tout-puissant Conseil suprême islamique irakien, sayyed Abdel Aziz al-Hakim. Cruel, le Boston Globe rappelle un point d’histoire que les Américains voudraient bien oublier. En 1991, les chiites avaient fui par centaines de milliers après un soulèvement manqué succédant à la première guerre du Golfe, encouragé par Bush père, et la boucherie qui l’avait suivi sans que Washington tente de l’empêcher. Et le journal retourne le couteau dans la plaie : ceux-là, dit-il, n’ignorent pas que des centaines de milliers d’autres hommes, iraniens eux, sont tombés sur le champ de bataille, entre 1980 et 1988, victimes de l’armée de Saddam Hussein, abondamment fournie en renseignements militaires et en munitions par l’Amérique. Animée de ces redoutables bonnes intentions que rien, au contraire, ne pardonne, les stratèges en chambre à qui incombe la tâche de conseiller l’hôte de la Maison-Blanche ont péché par deux fois, favorisant d’abord l’émergence sur les bords de l’Euphrate d’un conflit sunnito-chiite et au Proche-Orient d’une dangereuse fracture arabo-perse, elle aussi d’essence communautaire. Il ne restait plus au chef de l’État iranien – qui jouera son avenir politique, et celui de ses amis, lors des élections législatives du 14 mars – qu’à récolter ce que les États-Unis avaient complaisamment laissé germer. C’est désormais chose faite, à l’occasion d’une visite effectuée à la fin de l’année dernière dans les Émirats, suivie d’un déplacement, il y a quelques jours, dans la capitale irakienne, où il a été reçu avec une pompe sans précédent. Pour l’occasion, il a pu tenir ses entretiens dans la « zone verte », sous la protection des GI et même, murmure-t-on, rencontrer des officiels américains. On le voit : le spectre d’Osirak – l’attaque israélienne contre le site du nucléaire irakien, en juin 1981 – est loin, ainsi que le prouvent paradoxalement les nouvelles sanctions, les troisièmes du genre depuis 2006, imposées le 3 mars par le Conseil de sécurité en vertu de la résolution numéro 1803. Il est vrai que ce coup de semonce avait été précédé, le 3 décembre dernier, d’un rapport du National Intelligence Estimate suivant lequel le régime avait suspendu en 2003 son programme nucléaire. En conséquence, ajoutaient les auteurs du rapport, il est hautement improbable que le pays parvienne à posséder l’arme absolue, en mettant qu’il en reprenne la fabrication dans un proche avenir. Fort de ce viatique inattendu, le successeur de Mohammad Khatami a pu proclamer dans un style qui lui est propre : « Aujourd’hui, le nom de l’Iran est synonyme de coup de poing dans les dents des puissants. Le monde entier a compris que nous sommes les plus forts. » Tant qu’il le croit… La désolante réalité est que les menaces des uns et les rodomontades des autres masquent bien mal leur incapacité maladive à se retrouver autour d’une même table. Secrétaire d’État adjoint pour les Affaires politiques, Nicholas Burns a cet étonnant aveu : « Tout au long d’une carrière qui s’étale sur vingt-cinq ans, je n’ai jamais rencontré un officiel iranien. » Le révéler est déjà un premier pas dans la longue marche menant au dialogue.
Comme dans la chanson, on n’est jamais mieux trahi que par les siens. Sans doute ont-ils dû être nombreux, au département d’État, à sourire jaune en prenant connaissance des propos tenus par cheikh Hamad ben Jassem al-Thani et rendus publics hier. Que l’émir régnant du Qatar plaide pour des relations « claires et franches » avec l’Iran, il n’y a là rien que de très naturel pour le gouverneur d’un État du Golfe. La mise en garde adressée à « ceux qui seraient tentés d’entraîner la région dans une nouvelle aventure » – suivez son regard… – a claqué, elle, comme un coup de fouet. Surtout qu’elle a été assortie d’une précision adressée à qui de droit : « En tant que voisins de la République islamique, nous sommes tous d’accord sur ce point. » Voilà qui est clair et l’on aurait tort de...