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Actualités - Opinion

« It’s a man’s man’s world »...

Naître ou ne pas naître. Telle est la question à laquelle est encore confronté le genre féminin dans trop de pays. Selon le Lancet, publication scientifique britannique, 10 millions de fœtus féminins ont été avortés en Inde au cours des 20 dernières années. Rendons ces zéros plus parlants : approximativement, chaque heure, sur les vingt dernières années, 57 fœtus féminins ont été avortés dans ce seul pays. Soit presque un chaque minute. Le mobile de ce massacre à grande échelle : le poids des traditions, de la dot des jeunes mariées. Pour de nombreux Indiens, un garçon est un investissement familial, une fille, la ruine. Résultat : en 1991, il naissait 945 filles pour 1 000 garçons en Inde. Dix ans plus tard, 927 filles naissaient pour 1 000 garçons. La moyenne mondiale s’établissant à 1 050 filles pour 1 000 garçons. Le manque de filles est également un problème lourd en Chine. En 2004, l’empire du Milieu présentait la proportion par sexe la plus déséquilibrée du monde. Déséquilibre qui se traduit, dans les faits, par l’impossibilité, pour un quart des jeunes Chinois, de trouver une épouse. Des célibataires forcés qui doivent sourire jaune en entendant ce vieux dicton chinois : « Mieux vaut un fils handicapé que huit filles en bonne santé. » Aujourd’hui, les deux géants asiatiques semblent vouloir corriger la tendance. Ces derniers jours, la Chine a annoncé vouloir revenir sur sa politique de l’enfant unique en raison du vieillissement de sa population. Accessoirement, cette politique avait bien sûr causé du tort aux filles. Cf. le dicton. Le gouvernement indien a, pour sa part, lancé une nouvelle expérience : l’octroi d’une aide de 3 000 dollars pour les familles pauvres à la naissance d’une fille. Un pas en avant certes, mais probablement pas suffisant. Les études montrent en effet que le taux d’avortement des fœtus féminins est particulièrement élevé dans les provinces riches de l’Inde, tel le Punjab, où 793 filles naissent pour 1 000 garçons. Selon les spécialistes, l’Asie est la région où la croissance démographique sera la plus forte dans les 25 ans à venir. Déséquilibre des sexes + croissance démographique forte. L’Asie est-elle appelée à devenir un monde d’hommes ? D’hommes célibataires de surcroît ? Que le célibat des hommes devienne un fait de société n’est pas dénué de risques. Le Moyen-Orient en est, à cet égard, un bon exemple, comme le souligne un article paru récemment dans le New York Times*. Selon une étude réalisée par la Brooking Institution et la Dubai School of Governement, 63 % des hommes proches de la trentaine étaient mariés il y a une génération. Aujourd’hui, le pourcentage est tombé à 50 %. À l’origine de ce phénomène des raisons socio-économiques, telles que le chômage ou l’explosion du coût des mariages, et non démographiques. « Dans les pays arabo-musulmans, se marier et former une famille est une obligation », souligne Azza Koraymen, un sociologue égyptien interrogé par le New York Times. « Ceux qui ne sont pas mariés, qu’il s’agisse des hommes ou des femmes, deviennent en quelque sorte isolés ». Isolés et frustrés, c’est dans la religion qu’ils trouvent une certaine consolation et un but à leur vie. De nombreux gouvernements dans la région ont bien compris l’impact néfaste de cette situation puisqu’ils financent de plus en plus de mariages de masse. Quel sera l’impact de la diminution du nombre de mariages en Asie ? Difficile à prévoir aujourd’hui, mais une radicalisation, quelle que soit la forme qu’elle prend, est fortement possible. De quoi inciter les autorités de ce continent à revoir leur politique nataliste et, surtout, à travailler sur les mentalités afin de corriger l’appréciation du rôle des filles et des femmes. « Les hommes rêvent, se fabriquent des mondes idéaux et des dieux. Les femmes assurent la solidité et la continuité du réel », disait René Barjavel. Émilie SUEUR P.S. Et pendant ce temps, certains narguent la planète. Nicolas Sarkozy, trois mariages au compteur. Et pour faire bonne mesure, Cécilia devrait également conclure le troisième dans les semaines à venir. * « Stifled, Egypt’s Young Turn to Islamic Fervor », 17/02/08, New York Times
Naître ou ne pas naître. Telle est la question à laquelle est encore confronté le genre féminin dans trop de pays. Selon le Lancet, publication scientifique britannique, 10 millions de fœtus féminins ont été avortés en Inde au cours des 20 dernières années. Rendons ces zéros plus parlants : approximativement, chaque heure, sur les vingt dernières années, 57 fœtus féminins ont été avortés dans ce seul pays. Soit presque un chaque minute. Le mobile de ce massacre à grande échelle : le poids des traditions, de la dot des jeunes mariées. Pour de nombreux Indiens, un garçon est un investissement familial, une fille, la ruine. Résultat : en 1991, il naissait 945 filles pour 1 000 garçons en Inde. Dix ans plus tard, 927 filles naissaient pour 1 000 garçons. La moyenne mondiale s’établissant à 1 050 filles pour 1...