Sarkozy de maintenant, Dieudonné de toujours. Des champions de l’invective offensante. Deux bons amis du Liban. Se partageant du reste équitablement entre ses deux camps. Car si le président ne visiterait pas spécialement Aoun, l’humoriste, derechef attendu sous peu, l’a déjà fait en été. Ils ont donc en commun un langage aussi vert que peu galant : Henri IV n’apprécierait sans doute que modérément. Non pas que l’allusion lui paraîtrait réductrice de ses vertus viriles. Mais parce qu’il se voulait avant tout homme, et même fondateur, d’État.
L’insulte, c’est bien d’elle qu’il s’agit, sape en effet l’un des fondements mêmes de l’autorité publique, le self-respect cher aux Britanniques. Orfèvres en matière d’un décorum, déjà cultivé du temps du SPQR romain, indispensable finalement pour impressionner, pour intimider, son petit monde et le monde tout court. Car, c’est bien connu, en disrespectant autrui, c’est soi-même que l’on disqualifie avant tout.
Et, du même coup, quand on représente un pouvoir quelconque, on l’affaiblit, on peut même le ruiner totalement. Comme ce fut le cas au XIXe siècle pour ce dey nord-africain qui avait souffleté de son éventail un émissaire. Français.
Raccourci-retour à l’actualité. Le charivari médiatique qui accompagne l’extravagance verbale de Sarkozy au Salon de l’agriculture vient à point nommé nous rappeler qu’il ne faut pas sous-estimer la signification d’un comportement politique irrévérencieux. Or chez nous, et c’est bien alarmant, ces attitudes cavalières font partie du folklore ordinaire, d’une tradition d’un protocole qui ne l’est pas.
Ainsi, lorsqu’un ancien ministre s’attaque à Bkerké d’une manière éminemment discourtoise, les proches du patriarcat n’hésitent pas à y déceler un plan téléguidé visant, dans sa finalité, l’ensemble des institutions libanaises, officieuses aussi bien qu’officielles. Correcte ou non dans ses conclusions, l’analyse repose sur des prémices irrécusables. À savoir que si l’on veut édifier un État, même pour son propre compte à l’instar de telle formation, il faut d’abord savoir tenir sa langue. Et retenir son langage. Sans insultes. Ou même sans défis. Inutiles quand ils ne sont pas puérils. Car, quoi qu’on en dise, le ridicule tue quiconque s’y est dévoyé. Autant que le tu mal employé.
À vous, et portez-vous bien.
Jean ISSA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sarkozy de maintenant, Dieudonné de toujours. Des champions de l’invective offensante. Deux bons amis du Liban. Se partageant du reste équitablement entre ses deux camps. Car si le président ne visiterait pas spécialement Aoun, l’humoriste, derechef attendu sous peu, l’a déjà fait en été. Ils ont donc en commun un langage aussi vert que peu galant : Henri IV n’apprécierait sans doute que modérément. Non pas que l’allusion lui paraîtrait réductrice de ses vertus viriles. Mais parce qu’il se voulait avant tout homme, et même fondateur, d’État.
L’insulte, c’est bien d’elle qu’il s’agit, sape en effet l’un des fondements mêmes de l’autorité publique, le self-respect cher aux Britanniques. Orfèvres en matière d’un décorum, déjà cultivé du temps du SPQR romain, indispensable finalement pour...