Par le Dr Sophie NIVOIX*
La pérennité du développement économique d’un pays dépend inévitablement de la capacité de renouvellement de son tissu industriel. Il ne s’agit pas seulement d’observer le nombre annuel de créations d’entreprises, mais surtout de considérer le taux de survie des jeunes sociétés. Pour que ce taux soit élevé, il s’avère indispensable de fournir aux entreprises les fonds nécessaires d’une part à leur démarrage, d’autre part à leur développement. Le capital-amorçage, qui finance les jeunes pousses (ou start up), repose fréquemment en partie sur du capital dit de proximité, dans lequel les créateurs d’entreprises et leurs proches sont financièrement impliqués. Cependant, dès que la jeune société entame sa phase de croissance, plus gourmande en capitaux, son développement se voit financé presque exclusivement par des investisseurs spécialisés. Par conséquent, l’ampleur possible du développement dépend des fonds que ceux-ci peuvent apporter. Et c’est là que des différences sensibles d’un pays à l’autre méritent d’être soulignées.
Une comparaison au sein des pays d’Europe de l’Ouest, menée à partir de données de l’EVCA, du BVCA et de l’AFIC, permet de relever plusieurs éléments intéressants. Tout d’abord, les investisseurs industriels financent en moyenne moins de 5 % du capital-investissement, ce niveau étant stable d’un pays à l’autre. De même, les universités restent sous ce seuil, même si leur apport concerne davantage les innovations elles-mêmes que leur financement. Ensuite, contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est au Royaume-Uni que les organismes d’État financent le plus de capital-investissement (plus de 10 % en moyenne), et en France où il atteint ses plus faibles niveaux (moins de 5 %). Parallèlement, le financement par les personnes privées s’avère particulièrement élevé en France (15 % du total), et bien supérieur aux autres pays, essentiellement pour des raisons d’incitation fiscale. Enfin, ce qui frappe sans doute le plus lorsque l’on compare la situation entre les pays, c’est l’opposition entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale pour les quatre types de financement majeurs.
Ainsi, le Royaume-Uni se caractérise par un financement assuré pour près de la moitié par les caisses de retraite et les fonds de fonds (respectivement à hauteur de 30 % et 17 %), les seconds s’appuyant majoritairement sur des capitaux américains. Face à cela, près de la moitié du financement en Europe de l’Ouest (UE-15) repose sur les caisses de retraite et les banques, et en France plus spécifiquement sur les banques et les compagnies d’assurances. Bien que le développement des fonds de pension soit plus lent dans certains pays, en raison de choix historiques concernant les systèmes de retraite, ces fonds voient leur présence s’accroître progressivement, et ce d’autant plus que les fonds d’investissement américains s’intéressent aux firmes européennes.
Ce qui importe, surtout, est que l’horizon d’investissement des fournisseurs de capitaux se trouve en phase avec l’horizon nécessairement long lié à l’espérance de rentabilité d’une jeune entreprise. En ce sens, aussi bien les banques, les caisses de retraite, les fonds de fonds, et dans une moindre mesure les compagnies d’assurances se trouvent être les financeurs naturels du capital-investissement, relais du capital-risque. Leur surface financière et leur horizon de placement à plusieurs années constituent en effet les conditions nécessaires à un possible lissage sur le long terme d’un risque par nature élevé.
Spécialiste de finance à l’Université de Poitiers, professeur à l’ESA
En coopération avec :l'ESA
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