À 24 heures de la troisième commémoration de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, la tension a certes considérablement baissé, mais la population reste sur ses nerfs. Au cours des derniers jours, onze incidents sécuritaires ont été recensés dans plusieurs régions du pays, du Nord à la Montagne, en passant par la capitale, faisant croire aux Libanais qu’il suffirait encore d’une petite étincelle pour mettre le feu aux poudres. Le plus grave de ces incidents a d’ailleurs été le moins médiatisé. Il s’agit des tirs autour du domicile du président de la Chambre Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, dimanche soir. Selon une source proche du chef du Législatif, en quelques secondes, le quartier s’était retrouvé au bord de la guerre civile et un groupe de motards armés se sont mis à tirer en direction des barrages de sécurité établis par la police du Parlement. Les motards ont même tenté de forcer un des barrages du côté de Raouché et, selon la même source, les impacts de balles ont été décelés à l’intérieur même du domicile de M. Berry. Aussitôt, ses partisans ainsi que la police du Parlement ont été placés en état d’alerte et ont décidé d’élargir le périmètre de sécurité autour du domicile du président de la Chambre. La situation aurait pu facilement déraper sans l’intervention de l’ambassadeur d’Arabie saoudite Abdel Aziz Khoja. Ce dernier aurait demandé au chef du Courant du futur, Saad Hariri, de prendre les mesures nécessaires pour rappeler ses partisans et les inviter à la retenue. D’autant que dans les milieux proches du président de la Chambre, on laissait entendre que si les provocations devaient se poursuivent, d’autres résidences officielles pourraient subir le même sort. Finalement, les deux parties ont convenu de calmer le jeu, et le Courant du futur a précisé, selon les sources proches de Berry, que les motards étaient jeunes excités célébrant la victoire de l’Égypte sur le Cameroun dans le cadre de la Coupe d’Asie de football. Ce qui aurait poussé Berry à s’exclamer : « Et qui leur a dit que j’étais avec le Cameroun ? »... En réalité, l’excuse n’a trompé personne, mais elle a eu le mérite de permettre de clore le dossier en sauvant la face des protagonistes.
Par contre, le message était clair dans les deux sens, instaurant une sorte d’équilibre de la terreur entre les deux parties, et c’est peut-être ce qui a permis de mettre un terme à la série d’incidents sécuritaires qui ont secoué le pays ces derniers jours.
Toutefois, dans les milieux de l’opposition, certaines parties sont convaincues que le recours à la rue reste une option envisageable, notamment, de la part de la majorité... Selon des sources de l’opposition, l’impasse actuelle reste liée au conflit désormais ouvert qui oppose la Syrie et l’Arabie saoudite. Ces sources affirment ainsi que le ministre saoudien des Affaires étrangères se serait bel et bien rendu à Damas le 29 janvier dernier. Il aurait proposé aux dirigeants syriens un accord qui consisterait à faciliter l’élection du général Sleimane à la présidence de la République libanaise et, pour la Syrie, à rompre son alliance avec l’Iran, moyennant une participation effective de l’Arabie saoudite au prochain sommet arabe, qui doit se tenir à Damas en mars.
Toujours selon les mêmes sources, la Syrie aurait rejeté l’offre, posant une condition à ce que les milieux saoudiens appellent « son retour dans le giron arabe ». Cette condition consisterait à ce que les Saoudiens demandent à leurs alliés américains une restitution des terres arabes occupées par Israël, et dans ce cas, la Syrie se chargerait de convaincre les Iraniens de se joindre clairement au camp arabe. Les dirigeants syriens auraient aussi menacé de tenir le sommet avec ou sans une participation arabe importante... La visite de l’émir Saoud al-Fayçal se serait ainsi terminée en queue de poisson, et les relations entre Ryad et Damas seraient actuellement très mauvaises. Selon les sources de l’opposition, cette situation a forcément des conséquences sur la crise interne libanaise. Les mêmes sources considèrent ainsi que ce n’est pas un hasard si le chef du , Walid Joumblatt, et le chef du Courant du futur, Saad Hariri, ont durci le ton contre la Syrie et l’Iran après leur dernière visite en Arabie saoudite...
Il reste que c’est tout de même l’intervention de l’ambassadeur d’Arabie à Beyrouth qui a contribué à calmer le jeu dimanche soir... Et les sources de la majorité estiment que ce sont les incidents de Mar Mikhaël qui ont augmenté la tension sur le terrain, provoquant des incidents dans certaines régions.
C’est dire que les données ne sont pas aussi claires que chaque camp le souhaite et que les interprétations sont multiples. Reste à savoir quel scénario sera finalement choisi...
Scarlett HADDAD
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