Et si Robert Gates, soutenu en cela par le vaillant centurion David Petraeus, ne voyait que la partie émergée de l’iceberg en estimant que les combattants d’el-Qaëda avaient été mis en déroute, tout en ajoutant – simple mesure de précaution ou délicat euphémisme – que ce succès reste fragile ? La preuve : l’arrivée à Bagdad du secrétaire à la Défense a été saluée par deux attentats qui ont fait au moins 19 morts et un nombre incalculable de blessés, pendant que dans la poudrière de Baaqouba, l’état d’alerte était décrété et que la tension, déjà vive, frôlait dangereusement la cote 5 (le maximum) en raison de la tension entre policiers et « vigilantes » antiterroristes mobilisés, eux, par … l’armée américaine. C’est ainsi, et il serait ridicule de chercher une explication quelque peu cartésienne à l’impasse dans laquelle se sont fourvoyés les GI.
Et si George W. Bush, tout à ses obsessions de fin de règne, ne pensait qu’à sauver ce qui peut encore l’être de la grande débâcle mésopotamienne quand il avait lancé la dernière en date de ses initiatives militaires, pour se raviser peu après et promettre un retrait partiel d’ici au mois de juillet de cette année ? L’étrange tango politico-militaire que celui-là est si peu propice au renforcement de la démocratie dans le pays, l’un des premiers objectifs de l’opération « Shock and Awe » qui s’apprête à entrer dans sa cinquième année.
Et si, en définitive, c’est Henry Kissinger qui avait été le plus lucide quand, le 1er avril 2007, dans une retentissante interview à l’agence Associated Press, il décrétait impossible une victoire sur le terrain parce que « les problèmes sont autrement plus complexes que le conflit lui-même » ? Il n’y a rien de comparable entre la guerre du Vietnam et le règlement négocié qu’il avait contribué à lui apporter et la situation actuelle, avait affirmé l’ancien bras droit de Richard Nixon. Là-bas, rappelait-il, des États étaient impliqués dans le duel et il était possible de négocier avec des chefs qui contrôlaient des portions de territoire. Ici, la nature de l’insurrection est équivoque, et les divisions religieuses entre rivaux chiites et sunnites ajoutent à la complexité de la conjoncture.
La propagande US cherche à accréditer la thèse d’une guérilla à bout de souffle, ayant perdu ses principaux chefs et menant un combat d’arrière-garde forcément perdant puisqu’elle ne parvient plus à se mouvoir « comme un poisson dans l’eau », suivant la vieille formule remise à l’honneur par Mao Tsé-Toung. Selon des documents saisis par les Américains dans la province d’al-Anbar, les hommes d’Oussama Ben Laden auraient perdu nombre de leurs chefs dans les affrontements des derniers mois et vu la population sunnite se détourner d’eux, écœurée par la violence aveugle et somme toute stérile, à les en croire, dont ils font preuve. L’argument est susceptible d’apporter de l’eau au moulin du républicain John McCain dans sa quête d’une investiture préalablement à son entrée à la Maison-Blanche, aucune vérité n’étant bonne à dire dans une campagne électorale, sinon dûment maquillée.
La réalté, hélas, semble quelque peu différente, croit savoir l’International Crisis Group. Cette ONG vient en effet de publier un rapport exhaustif établissant sans l’ombre d’un doute un lien entre le ralentissement des opérations terroristes et la décision de Moqtada Sadr de décréter un cessez-le-feu unilatéral, et cela dès août dernier. Que la mesure ait été prise sous le double effet des pressions américano-irakiennes et d’un mécontentement grandissant au sein de sa propre base n’atténue nullement l’importance de cette révélation ni, à l’évidence, que la violence retrouverait bien vite ses droits pour peu que l’envie prenne le commandement d’exploiter son maigre et éphémère avantage, et reparte à l’offensive, cette fois sur une échelle encore plus grande que par le passé. Les sadristes retrouveraient alors le rôle qui leur a fort bien réussi dans un passé récent, celui de guerriers ferraillant contre l’envahisseur impie et arrogant.
Pour l’heure, les partisans du bouillonnant imam ont choisi de se faire oublier, après avoir payé cher leurs exactions passées : perte d’influence sur de larges portions du territoire national, baisse du nombre de volontaires dans leurs rangs, diminution sensible des ressources financières, dont certaines ont été détournées par les dirigeants du mouvement. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les chances de succès de la nouvelle impulsion donnée par l’Administration républicaine à la guerre, les successeurs de Paul Bremer devraient exploiter ce filon et éviter désormais ce qui leur avait très mal réussi jusqu’à présent : s’entêter à combattre à la fois les sunnites et les chiites dans leurs fiefs respectifs. Sans doute commenceraient-ils alors à y voir plus clair, à se tourner enfin vers les nouveaux fronts qui les attendent, au Pakistan pour n’en citer qu’un, et à réduire le nombre de graves malentendus qu’ils entretiennent avec un nombre sans cesse grandissant de pays du tiers-monde.
À moins qu’il ne veuillent laisser cette tâche titanesque au prochain président.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Et si Robert Gates, soutenu en cela par le vaillant centurion David Petraeus, ne voyait que la partie émergée de l’iceberg en estimant que les combattants d’el-Qaëda avaient été mis en déroute, tout en ajoutant – simple mesure de précaution ou délicat euphémisme – que ce succès reste fragile ? La preuve : l’arrivée à Bagdad du secrétaire à la Défense a été saluée par deux attentats qui ont fait au moins 19 morts et un nombre incalculable de blessés, pendant que dans la poudrière de Baaqouba, l’état d’alerte était décrété et que la tension, déjà vive, frôlait dangereusement la cote 5 (le maximum) en raison de la tension entre policiers et « vigilantes » antiterroristes mobilisés, eux, par … l’armée américaine. C’est ainsi, et il serait ridicule de chercher une explication quelque peu...