Planté devant son miroir, Roy Scheider lance : « It’s show time folks. » Souvenez-vous, c’était dans l’inoubliable « All that Jazz » de Bob Fosse, il y a bientôt trente ans. Aux États-Unis, le spectacle est toujours là, et pas seulement à Hollywood ou à Broadway. Pour neuf mois encore, il est, tous les jours, jusque dans le moindre recoin de la plus petite bourgade de l’Union, dans l’avion du candidat (ou le train, ou l’autobus, suivant l’état des finances de sa campagne) pris d’assaut par les journalistes, sa suite, les projecteurs et caméras, la vedette chargée de chauffer la salle, les grands sourires, les mots qui font pschitt, les poignées de main à en avoir les phalanges endolories. C’est ainsi depuis la nuit des temps : si en France tout finit par des chansons, ici tout commence par le spectacle.
Le « Super Tuesday » censé désigner, dans près de la moitié du pays, les délégués à la convention de chacun des deux grands partis, et donc donner une claire indication sur leur choix final, le 4 novembre, n’aura permis que de brouiller davantage les cartes. C’était cela, la surprise. De fait, Hillary Rodham Clinton et Barack Hussein Obama sont au coude-à-coude à l’issue d’une journée un peu trop vite qualifiée de déterminante et déjà les gourous du parti, mine allongée, commencent à prêcher la patience. « Il faudra peut-être, jugent-ils, attendre les grandes assises du mois d’août, à Denver. » L’ancienne First Lady a enlevé, outre cinq États, les deux gros lots que sont la Californie et New York, mais en vertu du mode de scrutin adopté, la proportionnelle, elle devra partager les voix avec son adversaire, lequel l’a emporté chez lui, dans l’Illinois, ainsi que dans une douzaine de « States » de moindre importance.
Dans le camp du jeune sénateur, la confiance est de rigueur, convaincus que l’on est que le temps travaille pour lui. La preuve ? Les derniers sondages donnaient sa collègue de New York vainqueur dans le Minnesota, le Colorado, le Connecticut et le Missouri, qu’il a enlevés mardi soir. Une autre étude montrait que l’Américain moyen cite comme qualité première du futur président sa capacité à promouvoir le changement (53 pour cent). Parmi ceux-là, 72 pour cent ont voté Obama. En regard, 22 pour cent seulement optent pour l’expérience, incarnée à leurs yeux par Hillary Clinton – une qualité résultant de… sa présence aux côtés de son époux durant le double mandat des années 1992-2000, quand son unique initiative, un ambitieux programme de soins médicaux, fut un flop retentissant, rattrapé in extremis par la suite. On pourrait ajouter à son « actif » un mandat de comparution dans le scandale Whitewater, un dossier rapidement remisé au fond d’un tiroir dont il n’est plus jamais sorti. Il reste que le ticket clintonien, c’est « Jaws », à en croire certains démocrates, en allusion à une phrase célèbre de John Adams, le deuxième président US : « Les mâchoires du pouvoir sont toujours prêtes à dévorer. »
Chez les républicains, John McCain a respecté l’engagement pris il y a des semaines, réalisant la plus formidable remontée de cette longue et coûteuse bataille, un score plus qu’honorable et par la même occasion une remise en selle d’un Grand Old Party plombé par les innombrables erreurs de George W. Bush. Pour autant, sa victoire le 4 septembre, lors de la convention de Minneapolis Saint Paul n’est pas assurée. Mike Huckabee, le pasteur dont nul n’attendait le retour après un départ en trombe suivi d’un catastrophique coup de frein, est l’inattendu vainqueur dans l’Alabama, le Tennessee et la Géorgie, sans parler de son excellente prestation dans le Missouri, c’est-à-dire dans ce Sud dont il reste l’enfant chéri. Il est douteux cependant que ce guitariste dans le groupe rock Capitol Offense (une appellation prédestinée) puisse tenir la distance. Tout comme Mitt Romney, malgré de maigres succès appelés à rester sans lendemain, ce qui l’amènera sans doute à revoir ses comptes, en financier avisé qu’il est – on n’est pas mormon pour rien – et à se retirer de la course.
Certain que ses adversaires ultras au sein de sa propre formation politique, ils sont plus nombreux qu’on ne le croit, finiront par prendre le train en marche, McCain affiche un optimisme à tous crins : « Dans peu de temps, nos partisans représenteront 90 pour cent des votes républicains », assure-t-on dans l’entourage du sénateur de l’Arizona et ancien prisonnier du Vietcong. D’ailleurs, ne vient-il pas de gagner dans l’Oklahoma, l’un des États les plus conservateurs ? Et tous les stratèges ne s’accordent-ils pas à prédire une victoire par K-O dans le combat final, si Hillary venait à lui être opposée ? Et si elle continue d’être flanquée d’un envahissant époux qui multiplie comme à plaisir les gaffes ?
Prochaines étapes de la grande parade quadriennale : le Maryland, la Virginie, l’Ohio, le Texas, la Pennsylvanie, avant le round final. D’ici là, eh bien, « the show must go on ». Comme dans le film.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Planté devant son miroir, Roy Scheider lance : « It’s show time folks. » Souvenez-vous, c’était dans l’inoubliable « All that Jazz » de Bob Fosse, il y a bientôt trente ans. Aux États-Unis, le spectacle est toujours là, et pas seulement à Hollywood ou à Broadway. Pour neuf mois encore, il est, tous les jours, jusque dans le moindre recoin de la plus petite bourgade de l’Union, dans l’avion du candidat (ou le train, ou l’autobus, suivant l’état des finances de sa campagne) pris d’assaut par les journalistes, sa suite, les projecteurs et caméras, la vedette chargée de chauffer la salle, les grands sourires, les mots qui font pschitt, les poignées de main à en avoir les phalanges endolories. C’est ainsi depuis la nuit des temps : si en France tout finit par des chansons, ici tout commence par le...