Après les graves incidents de dimanche, Amal et le Hezbollah d’une part, le commandement de l’armée de l’autre, sont plus que jamais conscients de la nécessité de surmonter cette épreuve et d’éviter tout ce qui peut mettre l’armée en confrontation avec la population. Les deux parties sont convaincues qu’un conflit ouvert entre la troupe et la Résistance sert en premier les intérêts de l’ennemi israélien, qui, selon une source militaire, a toujours œuvré dans ce sens en essayant inlassablement de monter l’armée contre le Hezbollah. Ce serait d’ailleurs les raisons des bombardements de positions militaires au cours de l’agression de l’été 2006. Malgré tout, l’armée n’a jamais modifié son idéologie et son engagement national. Ce serait donc bien dommage, voire désastreux, de tomber maintenant dans le piège de la discorde interne, surtout entre ceux qui ont versé côte à côte dans les mêmes tranchées, leur sang pour le pays.
C’est donc dans cette optique que le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane, s’est rendu lundi soir chez le secrétaire général du Hezbollah, après avoir été reçu dans la matinée par le président de la Chambre Nabih Berry. Ce serait d’ailleurs ce dernier qui aurait conseillé au général Sleimane de se rendre auprès de Nasrallah, mais en lui proposant des mesures concrètes, car, aurait dit Berry, Nasrallah ne se contentera pas de paroles ou de vagues promesses.
La réunion entre Nasrallah et Sleimane aurait donc commencé dans un climat un peu froid qui est devenu plus chaleureux au fil des échanges. Le secrétaire général du Hezbollah aurait fait remarquer qu’une partie des victimes tombées dimanche soir aurait été abattue de près alors que d’autres sont tombées à la suite de tirs provenant d’un peu plus loin. Il aurait aussi affirmé que le Hezbollah ainsi qu’Amal détiennent des films et des vidéos montrant que la troupe a bel et bien tiré sur les manifestants, qui, eux, jetaient des pierres. Les vidéos montrent aussi des jeunes armés tirant sur la foule à partir des toits des immeubles. Il a ensuite réclamé une enquête rapide et sérieuse qui puisse permettre de déterminer les responsabilités et répondre aux questions suivantes : pourquoi l’armée a tiré sur les manifestants alors que ce n’est pas la première fois que des gens descendent dans la rue pour des revendications sociales ? S’il est vrai que les manifestants ont jeté des pierres sur les soldats faisant de nombreux blessés parmi eux, pourquoi la troupe s’est-elle déployée avec une telle violence et de façon aussi spectaculaire, comme si elle était sur un champ de bataille ? Qui lui a donné l’ordre de le faire ? Y a-t-il réellement eu des changements de dernière minute dans les unités militaires en charge de ce secteur ? Enfin, quid des tirs en provenance d’immeubles avoisinants ? Nasrallah a expliqué au commandant en chef de l’armée que la rue dans la banlieue sud bouillonne et que pour calmer les esprits et montrer que l’armée n’est pas hostile à la population, l’enquête doit être transparente et rapide, c’est-à-dire être bouclée au cours des prochains jours. De son côté, le général Sleimane a exprimé sa profonde tristesse pour ce qui est arrivé, affirmant qu’il n’accepte pas que l’armée se retrouve en confrontation avec la population et en particulier avec la Résistance que lui-même a toujours défendue. Il a aussi précisé que s’il y a eu un disfonctionnement, les mesures nécessaires seront prises, et il a assuré à Nasrallah que lui-même n’acceptera pas moins qu’une enquête sérieuse et transparente qui devrait être achevée dans les plus brefs délais. De fait, des arrestations ont été annoncées, dont celle d’un homme qui détient un fusil Kalachnikov, muni d’une lunette de franc-tireur. Ce kalachnikov, selon des sources proches de l’opposition, ne contenait plus qu’une balle quand il a été confisqué. Ce qui signifie que son propriétaire avait tiré les vingt-neuf autres. Cependant, les sources judiciaires ont démenti l’arrestation de francs-tireurs.
Concernant la responsabilité directe de l’armée, les sources proches de la troupe affirment qu’un officier qui voit ses hommes blessés par les jets de pierres peut réagir violemment, mais il doit être sanctionné s’il n’avait pas reçu des ordres pour tirer. Ces sources se demandent toutefois pourquoi les manifestants ont choisi de descendre dans la rue dans ce secteur sensible, tout proche du quartier de Aïn el-Remmaneh, comme pour permettre aux pêcheurs en eaux troubles de s’en donner à cœur joie...
Bref, dans cette affaire complexe, qui a failli entraîner le pays dans une confrontation bien plus grave, beaucoup de points demeurent obscurs. Selon les deux parties, la priorité reste pour l’instant de calmer les esprits pour pouvoir mener une enquête sans pressions...
Scarlett HADDAD
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