Tout est relatif. Après des années de vache maigre, un phénomène miraculeux s’est produit cette saison à Beyrouth où le commerce du luxe, du cadeau et de l’alimentation a connu un regain de vitalité, en grande partie grâce à la fièvre acheteuse des « expats ». Pour la première fois, ce n’est pas l’affluence du touriste arabe, généralement considéré comme une locomotive, qui a enflammé le marché de fin d’année au Liban. Si les touristes du Golfe ont encore manqué à l’appel, ce sont les Libanais de l’étranger qui ont fait, par un extraordinaire mouvement de solidarité, tinter les caisses à plein régime. Du coiffeur au traiteur, en passant par le fleuriste, le libraire, les restaurants, les boîtes de nuit, sans compter les enseignes du vêtement et de l’accessoire toutes catégories confondues, le marché a bénéficié des retombées d’un meilleur pouvoir d’achat des expatriés venus d’Europe et de la prospérité des jeunes cadres libanais venus du Golfe, dont la carrière s’est consolidée. En somme, ce pays qui souffre du départ de sa classe moyenne la retrouve désormais à l’occasion des vacances. Une population dynamique, bien que saisonnière, habituée aux soubresauts du pays bien que parfois pressée de partir « avant que ça ne barde », mais puissamment motivée par son besoin pressant de retrouver le bercail pour un temps, tel est, en attendant des jours meilleurs, le nouveau profil du « miracle libanais ». À Paris, en revanche, il semblerait que le commerce électronique ait pris le pas sur le marché « réel », et les marchands disent compter sur les soldes d’hiver pour oublier Noël.
À Paris, une saison vécue
comme « difficile »
Les magasins comptent sur les soldes d’hiver pour écouler leurs stocks, après une saison de Noël difficile où les Français ont eu tendance à se serrer la ceinture, à l’exception des internautes qui ont dépensé plus que ne le prévoyaient les cyber-marchands.
« On a fait une mauvaise fin de saison », déplore Lucien Odier, président de la Fédération des enseignes de l’habillement, qui regroupe des enseignes comme Zara, Celio ou La Halle. « Le marché est morose, les gens se sont réservés pour les soldes. Nous arriverons aux soldes avec des stocks plus importants que d’habitude », ajoute M. Odier. Les soldes ont démarré mercredi 9 janvier et devraient se dérouler jusqu’au 16 février. Depuis quelques années, les commerçants, surtout ceux de l’habillement et de la chaussure, multiplient les opérations promotionnelles tout au long de l’année et « cassent les prix » dès le début des soldes, pour attirer un chaland moins prompt à dépenser.
Les arbitrages du consommateur se font de plus en plus au profit des nouvelles charges (téléphones mobiles, Internet, voyages), pendant que le poids des dépenses obligatoires (alimentation, immobilier, carburant) augmente.
Ainsi, certains magasins et sites Internet consentent des rabais de 70-80 % le premier jour des soldes, alors qu’auparavant ils attendaient la « deuxième », voire la « troisième démarque ». Cette fin d’année est d’autant plus difficile qu’elle a été chahutée par des grèves dans les transports en novembre. Les ventes d’articles d’habillement ont reculé de 3,5 % en valeur en novembre par rapport à la même période un an plus tôt, et jusqu’à 6 % chez les commerçants indépendants, selon l’Institut français de la mode. Dans les chaînes spécialisées, elles ont reculé de 3 % et seuls les grands magasins ont résisté (+1 %).
Les petits commerçants ont toutefois pu sauver la fin de saison grâce au coup de froid aux alentours de Noël, malgré une première quinzaine de décembre difficile. « Nous sommes agréablement surpris et allons finir l’année sur une hausse globale de 5 %. Cependant, la tendance est inégale, puisque les gens ont offert beaucoup d’articles masculins, notamment des gros pulls, mais ont peu acheté de vêtements féminins », indique Charles Melcer, président de la Fédération nationale de l’habillement.
La période des soldes d’hiver, trop proche de Noël, contribue toutefois à saper les ventes de fin d’année, regrette M. Melcer. De leur côté, les sites de ventes en ligne, souvent meilleur marché que les magasins physiques, ont continué d’avoir le vent en poupe en fin d’année. « On va dépasser les 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires annoncés pour les fêtes de fin d’année. Il y a eu plus de 20 millions de cyber-acheteurs au quatrième trimestre, notamment grâce à Noël », affirme Marc Lolivier, délégué général de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad).
L’année dernière, les internautes avaient dépensé 2,5 milliards d’euros sur les sites Internet marchands, en grande partie pour acheter des produits de haute technologie.
La Toile devient aussi le canal privilégié pour garnir la table. « Nos ventes de menus traiteur ont doublé sur Internet, tout comme celles de foie gras et saumon », indique Serge Papin, président du groupement de distributeur indépendant regroupant les supermarchés Super U, Hyper U et Marché U. « Les ventes de Noël se sont bien déroulées, mais on constate une augmentation du budget dédié à l’alimentaire et aux articles technologiques au détriment du jouet traditionnel », ajoute-t-il.
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