Comme par miracle, la bonne nouvelle est parvenue aux Libanais qui, toutefois, ne parviennent pas à y croire totalement. Aurait-il donc suffi d’une seule réunion, au domicile du secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, entre les ministres syrien et saoudien des AE, pour que les pays arabes trouvent une solution, et un mécanisme d’application, à la crise politique qui paralyse le Liban depuis un mois et demi ?
Officiellement, toutes les parties libanaises ont accueilli favorablement la nouvelle initiative arabe, mais aussi bien au sein de la majorité que dans l’opposition, la prudence reste de mise, notamment à cause du fait que, comme d’habitude, le plan arabe est suffisamment flou pour susciter de nombreuses interprétations le plus souvent divergentes. Comme le répète souvent le président de la Chambre Nabih Berry, le démon se cache dans les détails. C’est pourquoi toutes les parties concernées attendent la visite de Amr Moussa pour dissiper les malentendus éventuels.
En attendant l’arrivée du secrétaire général de la Ligue, les milieux proches de l’opposition se déclarent prudemment optimistes. Après avoir publié un premier communiqué assez circonspect, le Hezbollah s’est d’ailleurs très vite rattrapé en se déclarant favorable au plan arabe. Même chose du côté du CPL, qui reste réservé sur les détails du plan. Seul, Nabih Berry a qualifié l’initiative d’historique, l’accueillant avec enthousiasme.
Serait-ce l’indice de l’existence de divergences entre les pôles de l’opposition, ou bien ces derniers ont-ils reçu un mot d’ordre en ce sens, après la rencontre des émissaires du Hezbollah et d’Amal avec le ministre syrien des AE Walid Moallem à Damas, comme l’affirment certaines personnalités de la majorité ?
Une source proche de l’opposition dément l’existence de divergences entre ses pôles, tout comme elle affirme qu’il n’y a eu aucun mot d’ordre syrien. Elle précise toutefois que l’opposition a simplement voulu obtenir des précisions sur le contenu réel du plan arabe. La même source ajoute que, pour les parties de l’opposition, le plan arabe est un peu flou sur certains points, notamment la composition du gouvernement d’union nationale. L’opposition pourrait ainsi accepter une formule qui donne un même nombre de portefeuilles à la majorité, à elle-même et au chef de l’État, dans le cadre d’une équipe de trente membres, mais l’interprétation donnée par la majorité, qui accepte une formule de 16, 10 et 4, est rejetée. De même, selon la même source, l’opposition souhaite plus de précisions dans le point relatif à la loi électorale. Car s’il est prévu qu’une fois le gouvernement d’union formé, celui-ci s’emploiera à étudier une nouvelle loi électorale, aucune date limite n’est fixée et l’étude pourrait se prolonger jusqu’à la tenue des élections législatives au printemps 2009. Enfin, pour la source de l’opposition, il ne s’agit pas d’examiner n’importe quel projet de loi, mais celui qui porte sur le découpage des circonscriptions selon les cazas...
La mission de Amr Moussa à Beyrouth s’annonce donc difficile et le secrétaire général de la Ligue arabe devra sans doute répondre à un flot de questions de part et d’autre.
Mais ce qui compte, c’est que les parties arabes se sont mises d’accord pour trouver une solution à la crise libanaise. Selon une source proche de l’opposition, la Syrie aurait donné son aval au projet, après les menaces très claires de boycott du prochain sommet arabe qui doit se tenir à Damas à la fin du mois de mars, proférées par l’Arabie saoudite, au cours de la fameuse réunion chez Amr Moussa. La Syrie tiendrait en fait à sauver « son sommet », qui se tient pour la première fois sur son territoire. De même, en donnant son accord, elle espère atténuer les pressions qui pleuvent actuellement sur elle de toutes parts.
Mais le problème est loin d’être réglé. La source proche de l’opposition précise aussi que l’Administration américaine ne s’est pas encore prononcée sur le plan et pourra très rapidement pousser ses alliés libanais à en rejeter les conditions si elle considère que le contenu ne lui est pas favorable, ou du moins ne va pas dans le sens de sa politique d’isoler le Hezbollah et de faire pression sur la Syrie.
C’est dire, selon ces deux sources, que rien n’est encore joué. L’Administration américaine poursuit sa politique hostile à l’Iran et la Syrie dans la région, et il faut s’attendre à une escalade verbale au cours de la tournée du président George Bush au Moyen-Orient. De leur côté, la Syrie et l’Iran espèrent obtenir un répit, mais continuent de croire que le temps joue en leur faveur. Ce qui pourrait bien signifier que si le Liban est placé sur la voie de la solution, celle-ci aura encore besoin d’un peu de temps pour se concrétiser. Certains parlent même de deux mois, mais tout dépendrait de l’évolution de la situation régionale et internationale. Les sources précitées concluent en affirmant qu’il faudra attendre l’issue de la tournée de Bush dans la région, pour avoir une vision plus claire...
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Officiellement, toutes les parties libanaises ont accueilli favorablement la nouvelle initiative arabe, mais aussi bien au sein de la majorité que dans l’opposition, la prudence reste de mise, notamment à cause du fait que, comme d’habitude, le plan arabe est suffisamment flou pour susciter de nombreuses interprétations le plus souvent divergentes. Comme le répète souvent le président de la Chambre...