Par Dr Jan SCHAAPER*
Les rémunérations des top managers des grandes entreprises cotées en Bourse font l’objet de discussions animées. Leurs montants parfois exorbitants heurtent le bon sens. La prime de départ substantielle qu’a perçue Noël Forgeard, l’ancien CEO d’Airbus, a fait beaucoup de bruit, d’autant que l’entreprise a licencié en même temps 10 000 employés. L’affaire a d’ailleurs relancé le débat sur les stock-options.
Une stock-option est un droit, mais pas une obligation, d’acheter une action d’une entreprise à un cours préférentiel, fixé d’avance par l’assemblée générale des actionnaires. Ce droit est en priorité accordé aux dirigeants de l’entreprise. L’intérêt des actionnaires est de percevoir des dividendes et que la valeur des actions monte en Bourse afin qu’ils puissent les revendre avec plus-value. Tant que l’entreprise est petite et familiale, l’actionnaire est souvent impliqué dans son management. Dans une grande entreprise, il y a au contraire transfert des compétences de management sur des professionnels salariés. Comme le souligne la théorie de l’agence, ceux-ci peuvent dépenser à l’excès l’argent de l’entreprise en s’octroyant des budgets confortables et poursuivre d’autres objectifs, a priori éloignés de l’intérêt de l’actionnaire, comme leur prestige personnel. Ainsi il naît pour les actionnaires un problème de contrôle des dirigeants, lequel est d’autant plus fort que l’actionnariat est dispersé et possède peu d’informations sur la stratégie de l’entreprise. Certes, il existe des instances formelles de contrôle des top managers, notamment le conseil d’administration et l’assemblée générale des actionnaires. Dans la pratique, ces organes n’offrent pas suffisamment de garanties.
Une solution largement adoptée, notamment dans le monde anglo-saxon, consiste à agir sur la rémunération du top management en lui octroyant dans une logique d’incitation des stock-options. L’intérêt des top managers est alors de faire en sorte que le cours de l’action monte en Bourse pour qu’ils puissent à terme revendre leurs titres et réaliser des plus-values. Ainsi, l’intérêt des actionnaires dispersés et celui des top managers convergent à nouveau. La recherche académique démontre en effet l’efficacité du mécanisme.
L’incitation du top management par des stock-options présente cependant des limites. Récemment, des chercheurs de l’Université de Waseda au Japon ont posé la question suivante aux top managers de différentes nationalités : « Que faites-vous en cas de difficultés financières de votre entreprise ? » Les dirigeants japonais, qui perçoivent en général un salaire essentiellement fixe avec peu de stock-options, préfèrent protéger l’emploi au détriment des dividendes à court terme. Les dirigeants américains, au contraire, qui sont largement rémunérés par des stock-options, licencient des employés afin de réduire les coûts. Ils se séparent ainsi de compétences humaines pour rétablir des profits à court terme, ce qui pose un problème de rentabilité à long terme. Par ailleurs, le mécanisme de stock-options fonctionne bien en période de croissance. Que se passe-t-il lorsque l’économie connaît une récession globale et que l’ensemble des actions voient leurs cours reculer ?
Revenons sur le cas d’Airbus. Les top managers, sachant que l’entreprise allait vers des difficultés financières, ont vendu massivement leurs titres EADS, maison mère d’Airbus, et réalisé de substantielles plus-values avant la chute du cours. Le système des stock-options révèle ainsi son paradoxe : les top managers ont été rémunérés grassement alors que les petits actionnaires ont vu s’effondrer la valeur de leur titre.
* Dr Jan Schaaper, maître de conférences HDR.
Coordinateur académique à l’École supérieure des affaires, Beyrouth.
En coopération avec l’ESA
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