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Éclairage L’attentat contre Hajj, un coup d’accélérateur quand même pour l’élection présidentielle ?

L’attentat perpétré hier matin et qui a causé la mort du chef des opérations de l’armée libanaise, le général François el-Hajj, est survenu à un moment-clé de la crise politique libanaise. En effet, après des mois de tractations et de surenchères, après sept visites du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, après la liste de candidats qui a finalement été dressée par Bkerké puis délibérément ignorée, les différentes forces politiques ont réussi à tomber d’accord sur le nom du prochain président consensuel de la République libanaise. Opposition et majorité sont, contre toute attente, tombées d’accord sur la personne du commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, alors même que la majorité avait juré ses grands dieux de ne pas amender la Constitution pour faire élire un candidat à la présidence. Le 14 Mars s’est par la suite, tant bien que mal, approprié la candidature de Sleimane, et le 8 Mars semblait tout aussi convaincu de la nécessité de faire accéder l’actuel commandant en chef de l’armée à la magistrature suprême. Lors d’une des réunions entre Saad Hariri et Nabih Berry, ce dernier avait d’ailleurs indiqué au leader de la majorité parlementaire que pour élire Sleimane, la légitimité du gouvernement de Fouad Siniora était une coupe amère qu’il consentirait désormais à avaler. Toutes les chancelleries occidentales avaient alors été informées de ce progrès dans les concertations. Nasrallah La machine du consensus commençait donc tout juste à avancer, quand les concertations ont de nouveau buté sur trois points : le nom du prochain Premier ministre, la répartition des portefeuilles ministériels et, enfin, le nom du prochain commandant en chef de l’armée. Ce dernier point, il faut le souligner, a été longuement évoqué par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans son dernier discours. D’ailleurs, à l’époque, l’insistance de Nasrallah sur ce sujet a suscité bien des points d’interrogation, de nombreux observateurs ayant alors estimé qu’il était encore prématuré de penser à cela, puisque Michel Sleimane avait encore un an et demi de mandat devant lui. Certains pôles de la majorité sont même allés jusqu’à accuser Hassan Nasrallah de sabotage gratuit. Mais pour le Hezb, la question du nouveau commandant en chef de l’armée était d’ores et déjà cruciale, parce que, pour ce parti, il était clair dès le début que le seul et unique candidat du Hezb ne serait autre que l’actuel commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane. Lorsque le consensus sur la personne du général Sleimane a effectivement eu lieu, il est subitement devenu évident pour toutes les parties qu’il fallait répondre le plus rapidement possible aux appréhensions affichées par le Hezbollah concernant la question du nouveau commandement en chef de l’armée. Trois noms d’officiers ont circulé pendant un moment, mais rapidement et en coulisses, toutes les forces politiques tant de l’opposition que de la majorité, ont validé le nom du général François el-Hajj. Habitué à travailler de très près avec Michel Sleimane, ami personnel de Michel Aoun, le général el-Hajj avait de plus géré avec succès les opérations à Nahr el-Bared, une guerre qui a permis à l’armée de rebâtir une relation de confiance avec les Libanais. Car en dépit des discours de propagande distillés avec soin durant l’ère Lahoud, personne ne croyait vraiment en l’unité et en la capacité de l’armée de contrer un danger réel. Le combat mené à Nahr el-Bared a surpris tout le monde, y compris Saad Hariri, qui a donc rapidement donné son aval pour l’accession de François el-Hajj au commandement de l’armée. Seule institution non contestée Un deuxième grand pas avait donc récemment été franchi. Mais l’assassinat de François el-Hajj a techniquement ramené toutes les parties au point de départ, à un moment où toutes souhaitaient pourtant aller de l’avant. Puis, au-delà du consensus proprement dit, c’est l’armée – seule institution crédible et non contestée – qui a été touchée en plein cœur. « L’armée libanaise est plus forte que jamais », a martelé, hier, Michel Sleimane. Il reste cependant difficile de ne pas voir dans cet attentat une volonté d’affaiblir l’armée, voire à terme de la diviser. Après la longue et difficile bataille du Nord, des troubles ont surgi à Bourj Brajneh, laissant craindre un remake de Nahr el-Bared. Déjouant tous les scénarios, c’est sur le numéro deux de l’armée que le terrorisme aveugle a décidé de s’abattre, afin d’« impliquer l’armée dans la politique et de permettre à la politique d’envahir l’armée », comme l’a clairement indiqué le ministre Élias Murr. Or, l’une des réalisations de Michel Sleimane est d’avoir justement réussi à préserver l’armée de la politique et d’en faire le garant neutre de la sécurité nationale libanaise. Combien de temps cette institution pourra-t-elle résister face à ce genre d’attaques frontales ? Les commanditaires de l’assassinat du général el-Hajj savent pertinemment bien que l’armée libanaise est particulièrement sensible à l’influence désastreuse de la politique. Mais ce que le terrorisme n’a pas prévu, c’est une prise de conscience, même tardive, des différents protagonistes politiques de ce pays. Il est donc permis d’espérer qu’au lendemain de cet odieux assassinat, les responsables de tous bords sauront évaluer la gravité de la situation. Et qu’ils réagiront en fonction pour déjouer les dangers qui les guettent tous, en élisant rapidement Michel Sleimane à la présidence de la République. Lélia MEZHER
L’attentat perpétré hier matin et qui a causé la mort du chef des opérations de l’armée libanaise, le général François el-Hajj, est survenu à un moment-clé de la crise politique libanaise. En effet, après des mois de tractations et de surenchères, après sept visites du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, après la liste de candidats qui a finalement été dressée par Bkerké puis délibérément ignorée, les différentes forces politiques ont réussi à tomber d’accord sur le nom du prochain président consensuel de la République libanaise. Opposition et majorité sont, contre toute attente, tombées d’accord sur la personne du commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, alors même que la majorité avait juré ses grands dieux de ne pas amender la Constitution pour faire élire...