À l’unisson, sinon à l’unanimité, parlementaires opposants et loyalistes confirment que le choix du général Sleimane est désormais aussi commun que définitif. Reste The Remains of the Day, les vestiges du jour J. C’est-à-dire les discussions, plutôt faciles, portant sur la révision de l’article 49 C. Et, débat plus difficile, sur ce package deal que l’opposition réclame, alors que la majorité ne voit pas pourquoi on mélangerait les torchons (qui brûlent) et les serviettes. C’est-à-dire la présidentielle, échéance pressante, et la formation du gouvernement, la tête du prochain Premier ministre, le quota des sièges, la répartition des portefeuilles, les nominations. Ou le programme politique devant comprendre le traitement de questions aussi ardues, aussi conflictuelles que la 1559, la 1701, l’arsenal du Hezbollah et les relations avec la Syrie. Pour négocier ces dossiers, en sus des exigences aounistes relatives aux droits spoliés des chrétiens, il faudrait des semaines, peut-être même des mois.
Or, selon des sources diplomatiques aussi diversifiées que concordantes, l’extérieur est plutôt pressé, car il a d’autres chats à fouetter que la présidentielle libanaise. Les axes, soulignent ces sources, sont finalement tombés d’accord sur le dossier libanais, plus exactement sur la présidentielle. Cela devra être Sleimane, dans les meilleurs délais. Une marge de temps, mais assez petite, est laissée aux Libanais pour mieux balayer devant leur porte et accorder leurs violons sur les points résiduels. Mais ils devront s’être exécutés dans les jours à venir, en tout cas avant la Saint-Sylvestre.
Toujours selon ces indications de diplomates, le coup de pouce Kouchner se trouve approuvé dorénavant autant par Damas et Téhéran, que par Washington, Ryad ou la curie. À partir de là, les jeux sont faits, alea jacta est.
Au point que, d’après des sources locales fiables, le Hezbollah compte dépêcher sous peu à Rabieh une délégation chargée d’exposer le tableau extérieur au général Aoun. En d’autres termes, de le prier courtoisement de ne pas tenter de bloquer le processus d’un double consensus international et local. En d’autres termes encore, il devrait réaliser que se retrouvant pratiquement isolé, il ne serait en tout pas en mesure de faire sauter le quorum. Mais ces sources précisent, en insistant, que l’argumentation hezbollahie restera des plus avenantes. Et qu’elle devra s’articuler sur les perspectives. À savoir que le général Aoun continuera à bénéficier d’un soutien sans faille pour militer en faveur de ses revendications. Mais de l’intérieur, une fois formé le prochain gouvernement.
Écueil ponctuel
Pour le moment, il s’agit de trouver une astuce permettant de sortir du dilemme, âgé d’un an, relatif à la légitimité du cabinet. Car, on le sait, le gouvernement est incontournable quand il s’agit d’amender la Constitution. Même une motion ou une proposition de loi parlementaires doivent nécessairement passer par ses mains, par son aval. C’est d’autant plus impératif qu’autrement, et cela saute aux yeux, l’élection d’un chef de l’État, plus précisément d’un fonctionnaire exempté, resterait contestable en termes de légalité, de légitimité et d’autorité.
C’est ce que les loyalistes avancent. En répétant que pour le package deal, on verra en temps dû. L’accord devant être alors l’aboutissement d’un dialogue national supervisé par un nouveau président de la République inattaquable sur le plan de la légitimité.
Dès lors, les majoritaires refusent que l’on contourne les dispositions constitutionnelles, très claires et qui ne laissent place à aucune interprétation fantaisiste, relatives à la procédure à suivre. Les mécanismes associant du reste le Législatif et l’Exécutif. Le Parlement, le Conseil des ministres et la présidence de la République (ou tenant lieu, ce qui est le cas aujourd’hui).
Berry
Mais hier encore, le président Berry campait, dans ses échanges avec Saad Hariri, sur une position de refus de reconnaissance du gouvernement Siniora, donc de l’Exécutif en place. Oubliant qu’il avait accepté de fermer les yeux sur beaucoup moins important pour le pays, À savoir sur les législatives du Metn et de Beyrouth, organisées par ce même gouvernement et dont il avait homologué les résultats de sa blanche main. Oubliant également qu’il tenait auparavant à se distinguer du président Lahoud pour qui le gouvernement n’existe pas. En indiquant qu’à ses yeux, le gouvernement existe bien, mais reste illégal. C’est-à-dire qu’il en admet les actes comme étant, justement, des faits accomplis sur lesquels il est matériellement impossible de revenir. Et c’est du reste ce qu’il dit au sujet de nombre de décrets, relatifs notamment au tribunal international.
Berry soutenait hier encore, en affirmant s’appuyer sur des consultations de spécialistes (on se demande dans quel cirque il les a trouvés), qu’il est possible d’ignorer la présidence de la République et le Conseil des ministres. Que le Parlement peut réviser tout seul, de son propre chef, la Loi fondamentale. Il va même encore plus loin, beaucoup plus loin, en affirmant qu’il a lui-même le droit d’agir motu proprio, sans même passer par le bureau de la Chambre ! À quel titre ? Au titre de président de l’unique institution ni vacante ni illégitime. Sous quel prétexte ? Sous le prétexte qu’il y a cas de force majeure. Il s’agit en somme de suspendre la Constitution pour la modifier. Un tour de force de jongleur de cirque, répétons-le.
Plus loin que le cas Berry, les loyalistes redoutent que certaines parties ne tentent d’exploiter les complications de l’heure pour faire avancer leur programme. Qui consiste, comme on sait, à gommer Taëf. Pour en remplacer l’équation fifty-fifty par une formule de deux contre un en faveur des musulmans. Autre appréhension des majoritaires découlant de certaines gesticulations : qu’on ne finisse par aboutir à un fédéralisme des communautés, avec un chef unique à la tête de chacune d’entre elles.
Philippe ABI-AKL
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