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ÉCLAIRAGE La septième mission libanaise de Kouchner, un véritable casse-tête Scarlett HADDAD

La septième visite du ministre français des AE à Beyrouth est sans doute la plus complexe, puisqu’il a dû entrer dans les détails et les subtilités de la vie politique libanaise. Tant qu’il s’agissait de débloquer des nœuds internationaux et des questions régionales, Bernard Kouchner a pu marquer des points en déployant ses talents et sa connaissance des dossiers du monde. Mais là, il s’est retrouvé devant un véritable casse-tête, lui qui croyait qu’une fois le consensus réalisé autour de la candidature du commandant en chef de l’armée, l’élection n’était plus qu’une question de forme. En fait, c’est le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait eu l’idée d’appeler le ministre Kouchner à la rescousse. Se voyant dans l’impossibilité d’obtenir un déblocage, il a demandé, selon une source proche de Aïn el-Tiné, à un ami libanais du ministre français de solliciter l’aide de ce dernier pour qu’il parle avec Michel Aoun et Saad Hariri. Ce proche de M. Berry a envoyé un mail en ce sens à M. Kouchner, précise la même source, et c’est sur cette base que le président français Nicolas Sarkozy a appelé au téléphone son homologue syrien Bachar el-Assad. Les deux hommes ont évoqué le dossier libanais et le président syrien a promis de parler au Hezbollah, laissant aux Français le soin de le faire avec le chef du CPL. C’est alors que le directeur général de l’Élysée, Claude Guéant, a transmis un message par téléphone au général Aoun via son conseiller politique, Simon Abi Ramia. Mais ces démarches se sont avérées insuffisantes et une nouvelle fois, M. Kouchner a été appelé au chevet des négociations internes. À peine arrivé à Beyrouth, le ministre français s’est rendu à Aïn el-Tiné, mais son entretien avec le président de la Chambre a été infructueux, Kouchner ne comprenant pas pourquoi la formation d’un nouveau gouvernement après l’élection présidentielle est si compliquée. Pour lui, c’est le président de la République qui forme le gouvernement et basta ! C’est au cours du dîner avec le général Aoun que ce dernier a clarifié les choses à son interlocuteur. Le chef du CPL a ainsi expliqué les équilibres politiques et confessionnels sur lesquels repose le régime libanais et a précisé qu’après l’expérience des deux dernières années, si la majorité parlementaire contrôle totalement le gouvernement, elle peut passer outre les prérogatives du président de la République, qui sont d’ores et déjà limitées. Le précédent des deux dernières années ayant entamé la confiance que l’opposition a dans la majorité et pour éviter de nouveaux blocages, il faudrait donc, a précisé Michel Aoun, signer un accord préalable pour faciliter la tâche du nouveau président et éviter les pièges ultérieurs. Le ministre français a alors décidé de tenir le lendemain une réunion à trois avec Berry et Hariri. Il espérait ainsi parvenir à l’adoption d’un document qui serait ensuite soumis au chef du CPL. Kouchner a ainsi réussi à arracher au chef de la majorité la promesse de la formation d’un gouvernement d’union nationale qui tiendrait compte des appréhensions de toutes les parties et l’élaboration d’une nouvelle loi électorale pour les législatives de 2009. C’est le député Ali Hassan Khalil, envoyé par Berry, qui a transmis au général Aoun ces propositions dans la soirée de mercredi. Le député du Kesrouan a jugé que ces promesses sont insuffisantes et se cantonnent dans les généralités. Il a aussi estimé que le refus de Saad Hariri de reconnaître à l’opposition une proportion de sièges, au sein du gouvernement, équivalente à sa représentativité au Parlement constitue un rejet de toute forme de négociation. La réponse a été rapidement transmise au ministre français, qui a quand même voulu faire une nouvelle tentative au cours d’une seconde réunion tripartite avec Berry et Hariri dans la journée d’hier. Mais le chef de la majorité a campé sur ses positions affirmant qu’il a consulté ses alliés au sein de la majorité et que ceux-ci préfèrent, comme lui, laisser ces tractations à plus tard, la priorité étant actuellement à l’élection d’un nouveau président de la République. Toute l’habileté de M. Kouchner n’a donc pas pu faire changer d’avis les protagonistes et, pour l’instant, le blocage reste total. Les sources proches de Aïn el-Tiné estiment que, dans le cadre de son initiative, le général Aoun avait soulevé plusieurs points : la désignation d’un Premier ministre consensuel, comme le chef de l’État, autrement dit, ni de la majorité ni de l’opposition, la formation d’un gouvernement avec 45 % des portefeuilles à l’opposition, conformément à sa représentativité au sein du Parlement. Deux portefeuilles souverainistes seraient accordés à l’opposition. Il faudrait aussi s’entendre sur les nominations à la tête de l’armée, des services de sécurité et des fonctions de première catégorie. Enfin, il faut mettre en train dès la formation du gouvernement une nouvelle loi électorale et après cela, la durée du mandat présidentiel serait étudiée avec le candidat lui-même. Les sources proches de Aïn el-Tiné estiment qu’il faut donner satisfaction au général Aoun sur quelques points au moins pour que l’élection puisse avoir lieu. D’autant que l’opposition appuie son initiative dans sa totalité. Les blocages, qui dans l’apparence portent donc sur quelques points, touchent en fait à l’essence du régime libanais. Mais la question qui est désormais sur toutes les lèvres est la suivante : Est-il possible qu’un accord international conclu sur la candidature du général Sleimane soit paralysé par des considérations purement internes ? Le ministre Kouchner ne semble pas désespérer de la situation et selon ses amis libanais, il pourrait entreprendre une nouvelle série de contacts régionaux et internationaux pour clarifier la situation...
La septième visite du ministre français des AE à Beyrouth est sans doute la plus complexe, puisqu’il a dû entrer dans les détails et les subtilités de la vie politique libanaise. Tant qu’il s’agissait de débloquer des nœuds internationaux et des questions régionales, Bernard Kouchner a pu marquer des points en déployant ses talents et sa connaissance des dossiers du monde. Mais là, il s’est retrouvé devant un véritable casse-tête, lui qui croyait qu’une fois le consensus réalisé autour de la candidature du commandant en chef de l’armée, l’élection n’était plus qu’une question de forme. En fait, c’est le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait eu l’idée d’appeler le ministre Kouchner à la rescousse. Se voyant dans l’impossibilité d’obtenir un déblocage, il a demandé, selon une...