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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE L’armée, un point de rencontre américano-syrien ? Scarlett HADDAD

Au cours de leur dernier entretien, à l’occasion de la fête de l’Indépendance, le président Émile Lahoud a déclaré au commandant en chef de l’armée le général Michel Sleimane qu’il serait prêt à signer un décret du gouvernement proposant un amendement de la Constitution pour faciliter son élection à la présidence de la République. La nouvelle était importante, puisque le chef de l’État considérait les décrets émanant du gouvernement comme étant illégaux. Mais à ce moment-là, nul n’avait pris réellement au sérieux la candidature du général Sleimane et, dans les milieux de la majorité, on avait qualifié le général de prosyrien et de prorésistance. La candidature avait pourtant été lancée indirectement à partir du Caire à travers la rencontre inattendue entre le président Hosni Moubarak et le général Sleimane. L’entretien avait duré une heure et demie et si, selon des sources proches de l’armée, le dossier présidentiel n’a pas été évoqué, les interprétations politiques de cette rencontre sont allées loin, surtout après la visite-éclair du ministre égyptien des AE à Beyrouth, Ahmad Aboul Gheit, qui aurait tenté de faire accepter par les deux camps l’idée de l’élection du général Sleimane. Les Égyptiens, qui avaient été les premiers à annoncer l’élection à la tête de l’État du général Émile Lahoud en 1998, après un sommet entre les présidents Hafez el-Assad et Hosni Moubarak au Caire, voulaient en quelque sorte rééditer l’expérience. Mais leur initiative avait été fraîchement accueillie par les Libanais, surtout au sein de la majorité. Que s’est-il donc passé pour que ce qui était non envisageable il y a quelques semaines, voire quelques jours, soit devenu soudain une possibilité évidente ? Selon des sources politiques plus ou moins neutres, le commandant en chef de l’armée, et l’armée en général, serait le point de rencontre syro-américain au Liban. À partir du moment où ces deux pays ont renoué le dialogue entre eux, les chances du général Sleimane ne pouvaient qu’augmenter. Le premier à avoir senti le vent tourner a été, comme d’habitude, le chef du PSP Walid Joumblatt, qui a récemment invité le commandant en chef de l’armée à dîner avec son épouse pour une rencontre informelle et amicale. Mais le général Sleimane avait préféré se faire accompagner du chef d’état-major Chawki Masri. La rencontre devait se dérouler loin des projecteurs – même si Walid Joumblatt s’était amusé à prendre des photos du général Sleimane pour le plaisir –, mais la nouvelle est parvenue à la presse qui s’était fait l’écho du climat positif de cet entretien. Pourtant, quelques jours plus tard, Walid Joumblatt avait critiqué le commandant en chef de l’armée, affirmant qu’il lui avait demandé de prendre parti et ce dernier avait répondu que lui et l’armée resteraient à égale distance de la majorité et de l’opposition, avec pour seule mission d’assurer la sécurité. La source politique neutre explique qu’à ce moment-là, la décision de reprendre le dialogue entre les États-Unis et la Syrie n’avait pas encore été prise. Chacun des deux camps aiguisait ses armes au Liban. Mais la même source précise que ce n’est qu’en début de semaine que quelque chose s’est réellement passée entre les États-Unis et la Syrie. Il ne s’agit certes pas, précise la même source, d’un accord ou d’un compromis global, comme s’empressent de le dire des parties libanaises, mais d’une décision tacite de laisser le Liban plus ou moins souffler, cette carte n’étant plus d’une grande utilité pour les protagonistes régionaux et internationaux. Des troubles au Liban pourraient remettre en cause l’influence des États-Unis, d’autant, toujours selon la source politique, que des rapports sécuritaires seraient parvenus au Pentagone, selon lesquels le fait de miser sur une participation du Hezbollah à des affrontements internes dans le cadre d’une discorde entre sunnites et chiites était vain, ce dernier ayant suffisamment préparé ses alliés pour ne pas avoir à intervenir directement... Pour ces raisons, le choix du général Michel Sleimane arrangerait aussi bien les États-Unis que la Syrie. Sa guerre victorieuse contre le terrorisme à Nahr el-Bared lui a donné de nouveaux galons aux yeux des Américains ainsi que sa coopération irréprochable avec la Finul au Sud. De même, l’homme a un profil rassurant pour la Syrie et il a su sagement gérer l’armée pendant cette période difficile, sans se laisser influencer par les appels visant à modifier son idéologie. Enfin, l’armée jouit aux yeux des Libanais, et notamment des chrétiens, d’une image plutôt rassurante. En principe donc, selon la même source, le général Sleimane a de fortes chances d’être élu à la tête de la République. Et ce serait de cela que Michel Murr aurait discuté avec le Premier ministre Fouad Siniora au cours de la visite spectaculaire qu’il lui a rendue au Sérail. Certes, il reste encore des blocages, notamment constitutionnels, et au Liban, les développements peuvent toujours se précipiter contrairement aux prévisions...
Au cours de leur dernier entretien, à l’occasion de la fête de l’Indépendance, le président Émile Lahoud a déclaré au commandant en chef de l’armée le général Michel Sleimane qu’il serait prêt à signer un décret du gouvernement proposant un amendement de la Constitution pour faciliter son élection à la présidence de la République. La nouvelle était importante, puisque le chef de l’État considérait les décrets émanant du gouvernement comme étant illégaux. Mais à ce moment-là, nul n’avait pris réellement au sérieux la candidature du général Sleimane et, dans les milieux de la majorité, on avait qualifié le général de prosyrien et de prorésistance. La candidature avait pourtant été lancée indirectement à partir du Caire à travers la rencontre inattendue entre le président Hosni Moubarak...