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Actualités - Opinion

Damas entend troquer son appui au Hamas contre la timbale libanaise

Pour les députés loyalistes, la cause est entendue depuis le retrait des forces syriennes : Damas veut à tout prix opérer son come-back sur la scène libanaise. En tant que, justement, metteur en scène, marionnettiste en chef, assurant la promotion de ses instruments du cru et contrôlant le régime, ainsi d’ailleurs que l’ensemble du pouvoir. La Syrie tient donc à disposer d’un président qui lui soit proche. Puis, dans un premier temps, à voir s’installer un gouvernement dit d’union au sein duquel ses alliés bénéficieraient du tiers de blocage. En vue, dans un second temps, de législatives anticipées inversant les rapports de force en sa faveur. Après quoi le gouvernement désigné ensuite lui serait entièrement acquis. Et sans plus avoir besoin d’entretenir des troupes sur le terrain, elle aurait rétabli sa tutelle sur le Liban. Directement ou indirectement, le discours de Hassan Nasrallah et les mouvements de Michel Aoun s’inscrivent dans le droit prolongement des volontés syriennes. Car ils s’articulent dans une même perspective de changement de pouvoir à travers des législatives anticipées. Cela au cas où il resterait impossible d’obtenir l’aval de la majorité actuelle sur un président dit d’entente qui serait en fait, qu’il le veuille ou non, un jouet de plus aux mains des Syriens. Le miroir aux alouettes Ces derniers sont prêts, selon les députés cités, à aguicher l’Amérique et sa coalition par des offres tentantes pour arriver à leurs fins au Liban. Ces propositions s’énumèrent, succinctement, comme suit : –Renier, en y mettant les formes, le Hamas dont le chef politique, Mechaal, est installé à Damas et s’en trouve protégé. Une orientation déjà amorcée : à l’issue du récent sommet jordano-syrien, Damas a proclamé son soutien à l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, adversaire du Hamas. Un cadeau très important pour les USA. Dont l’une des obsessions régionales reste la quiétude d’Israël, État dont le Hamas est la première inquiétude, car il menace sa sécurité même. Et l’on sait que ce point est vital pour les Israéliens qui ont toujours défendu le slogan « La sécurité moyennant la terre ». Dans ce contexte, faut-il le rappeler, il a toujours été demandé aux Syriens de mettre au pas les Palestiniens armés. Ils ont ainsi reçu le droit d’entrer au Liban en 1976 non seulement pour y faire cesser les combats, mais aussi pour juguler l’action des gens de Arafat à partir du Sud. Puis, en 1982, ils ont complété l’opération israélienne d’expulsion des Palestiniens de Beyrouth en les chassant à leur tour de Tripoli, pour leur faire gagner la Tunisie, terre lointaine. – Feu vert syrien à l’application des résolutions prises à l’unanimité par le comité libanais de dialogue national. Il s’agit, comme on sait, de l’établissement de relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie ; du tracé de leurs frontières ; de l’homologation de la libanité de Chebaa ; de la suppression de l’armement palestinien hors des camps (détenu uniquement par les organisations d’obédience syrienne) et de sa régulation à l’intérieur. – Contribution à la concrétisation de la 1701. Pour un désarmement en douceur du Hezbollah ou une réaffectation officialisée de son arsenal. Le but final étant, comme l’énonce la résolution, de rétablir l’État libanais dans sa pleine souveraineté territoriale. – Ouverture sur les pays arabes modérés, et rapprochement progressif avec l’Arabie saoudite et l’Égypte. Avec, par conséquence, éloignement tout aussi progressif de l’Iran. En vue d’une position arabe bien réunifiée au sujet du conflit avec Israël, volet du Golan compris. Cette ligne doit en principe être exposée lors de la prochaine conférence d’Annapolis. Ce qui ne dérangerait plus outre mesure une Syrie dont le pouvoir libanais serait proche, sinon sous contrôle total. C’est ce qu’elle veut se faire payer en retour. En se reportant de nouveau au communiqué de clôture du sommet jordano-syrien, on y lit que la Syrie peut et « doit jouer un rôle positif important pour garantir la sécurité et la stabilité du Liban ». Le rétablissement de son influence lui permettrait en outre de neutraliser le tribunal à caractère international, sa bête noire. À ce propos, Damas réclame des assurances sur la dépolitisation du tribunal. C’est-à-dire sur le point que l’instance ne doit pas faciliter des attaques visant le régime syrien pour en ébranler les fondements. Ce régime se défend en relevant qu’il peut, comme tout pouvoir, abriter des criminels à son insu. Des assassins incorporés qui auraient commandité ou participé à l’attentat dont le président Hariri et ses compagnons de destin ont été victimes. Mais sans que le régime syrien, innocent, n’en fût jamais prévenu. La question qui se pose est donc de savoir si les Américains et leurs partenaires, occidentaux ou arabes, vont accepter de passer un marché avec la Syrie au sujet du Liban d’abord, des dossiers régionaux ensuite. À noter que localement, beaucoup de modérés soutiennent que pour assurer la présidentielle, il faudra en passer par un dialogue syro-américain. Ou alors attendre non pas Annapolis, mais la publication de l’acte d’accusation dans l’assassinat du président Hariri. Car si la Syrie, selon ces sources, n’obtenait ni son bazar ni une disculpation, elle continuerait à torpiller la présidentielle libanaise. Émile KHOURY
Pour les députés loyalistes, la cause est entendue depuis le retrait des forces syriennes : Damas veut à tout prix opérer son come-back sur la scène libanaise. En tant que, justement, metteur en scène, marionnettiste en chef, assurant la promotion de ses instruments du cru et contrôlant le régime, ainsi d’ailleurs que l’ensemble du pouvoir. La Syrie tient donc à disposer d’un président qui lui soit proche. Puis, dans un premier temps, à voir s’installer un gouvernement dit d’union au sein duquel ses alliés bénéficieraient du tiers de blocage. En vue, dans un second temps, de législatives anticipées inversant les rapports de force en sa faveur. Après quoi le gouvernement désigné ensuite lui serait entièrement acquis. Et sans plus avoir besoin d’entretenir des troupes sur le terrain, elle aurait rétabli sa...