La plus petite unité de vie est la cellule. Elle est composée de plusieurs organelles qui lui assurent les systèmes et procédés reproductifs, respiratoires, nutritionnels, structurels nécessaires à sa survie. L’association de plusieurs cellules forme un tissu. L’association de plusieurs tissus forme un organe à fonction spécialisée. Et finalement plusieurs organes reliés par des tissus connecteurs, tels les os, cartilages, vaisseaux sanguins et lymphatiques, organisent un corps vivant.
D’après le Dr Munir Bashshur, professeur en sociologie et éducation à l’AUB, « tous les organes du corps vivant sont semblables ; mais nous ne pouvons pas en trouver deux qui sont exactement pareils. De même, toutes les communautés, sociétés, pays sont semblables, sans pour autant que nous puissions en trouver deux qui soient pareils ».
En effet, tous les organes sont similaires par leurs structures, leurs fonctions basiques. Leur matériel génétique est identique, même s’il est exprimé différemment, d’où résultent la diversité et la spécialisation de chaque organe.
De même, toutes les sociétés sont composées d’individus qui ont la même organisation structurelle, les mêmes fonctions basiques, qui partagent la terre, le climat, la culture, l’histoire, les mythes et légendes (Montesquieu, Essai sur le goût), les droits de l’homme, la Charte des Nations unies, et au Liban, celle de la Ligue des États arabes, et celles qui figurent dans la Constitution. De plus, chose qui s’applique très particulièrement au Liban, chaque personne connaît deux personnes qui ne se sont jamais rencontrées, mais qui ont en commun, au moins, un ami ou cousin lointain. Nous faisons tous partie d’organes qui n’existent que pour que le corps vive ; nous sommes tous un peu pareils tout en étant différents, tout en exprimant différentes facettes, chacune différemment spécialisée qui forment toutes ensemble l’identité libanaise.
Le système immunitaire d’un organisme se déclenche sous forme de résistance contre des cellules qui lui sont étrangères. En effet, les cellules du « soi » portent à leur surface des marqueurs moléculaires spécifiques qui les différencient des cellules/éléments du « non soi ». Ces derniers sont reconnus puis détruits à travers le mécanisme de défense immunitaire.
Il arrive que, à cause de certaines maladies, le système immunitaire ne sache plus distinguer le « soi » du « non soi » et que, par conséquent, il se retourne contre les cellules de l’organisme. C’est exactement ce qui se passe de nos jours au Liban. C’est ce qui se passe du fait que nous ne nous reconnaissons plus, que les différents organes se confrontent et se défient malgré le fait que, d’après le préambule de la Constitution libanaise, « le Liban est (…) une patrie définitive pour tous ses fils, uni dans son territoire, son peuple et ses institutions ».
Le corps est délicat. « Le corps n’est pas fragile, il est hypersensible, irréparable, biodégradable. Il souffre parce qu’il vit » (Dr Martin Winckler, la Maladie de Sachs).
Pourquoi vivre si la vie engendre tellement de souffrances ? Ou encore pourquoi ne pas vivre avec précaution ? Parce que personne ne peut démissionner ou arrêter d’être ce qu’il est vraiment. On peut le nier, travailler autrement que ne nous disposent nos gènes et notre éducation et aller à l’encontre de notre nature par peur de souffrance ou encore peur de déception, se résignant ainsi à une paix statique.
Il est écrit dans l’Apocalypse : « Je connais tes œuvres ; tu n’es ni froid ni bouillant ! Que n’es-tu froid ou bouillant ! Mais parce que tu es tiède, je vais te vomir de ma bouche. »
Gibran Khalil Gibran, en 1912 dans une lettre à Mary Haskell, écrit : « Parler de paix est fatigant, illogique, insipide. La vieillesse désire la paix, et le monde est encore trop jeune pour avoir un désir pareil. Qu’il y ait des guerres. Que les fils de la terre se battent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune goutte de sang impure et animale. Pourquoi chercher la paix quand elle couvre tant d’injustice ? Mon seul désir est d’être, qu’importe comment, où, et quand. Il n’y a pas de paix dans l’art d’être. »
Il existe toutefois un art d’être en paix, en paix avec soi-même, avec ses proches et avec les autres. Les organes d’un organisme se reconnaissent, s’entraident, travaillent en harmonie pour être en paix et ainsi veiller au bon fonctionnement de l’entité corporelle. Un des critères utilisés pour constater le décès d’une personne est de constater que les organes n’opèrent plus en harmonie l’un avec l’autre et que l’intégration des activités ne passe plus par le cerveau.
Être en paix n’est ni impossible ni irréel. Il est même dangereux et défaitiste de penser que la guerre est inévitable, ou que nous sommes entre les mains de forces qui nous dépassent. Car « la paix n’est pas un concept absolu et utopiste. La paix est un processus, une manière de résoudre les difficultés. Au cœur d’une paix dynamique, non statique, il n’est pas exigible que tout homme aime son prochain ou qu’il taise ses différends. Il est toutefois nécessaire que les hommes vivent ensemble dans une mutuelle tolérance, en soumettant leurs différends à un règlement juste et pacifique » (John Fitzgerald Kennedy).
« La paix ne peut pas être le travail d’un seul homme, ou d’un seul parti (…). Ce doit être une paix qui repose sur la volonté commune de tous » (Eleanore Roosevelt).
Cette génération de Libanais en a assez de la guerre et de ses conséquences. Personne ne veut la guerre et tout le monde s’y oppose. Par conséquent, la seule option qui nous reste serait que nous fassions de notre mieux pour construire un monde de paix où les faibles sont en sécurité et où les forts font preuve de justice, où les ressources des uns et des autres sont employées à combattre l’ignorance, la pauvreté et la maladie au lieu d’être mobilisées pour l’armement.
Avec les maladies viennent les peurs, les peurs avouées, les peurs articulées, les peurs imaginables et imaginées. Il y a aussi les peurs oubliées ancestrales, les peurs irrationnelles, les peurs au jour le jour que rien ne calme…
C’est pourquoi nous avons besoin d’un médecin, d’un soignant. « Médecin pas pour les soirées, les dîners, le tableau ou le certificat accroché au mur » (Martin Winckler, La maladie de Sachs).
Nous avons besoin de quelqu’un qui cherche à apaiser nos souffrances, qui fait de son mieux pour comprendre ce qui nous arrive, qui va panser nos plaies sans cultiver ni le verbe ni le pouvoir.
Nous avons besoin d’un médecin.
Nous avons besoin d’un président.
Nour NAJEM
3e année de biologie – AUB
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D’après le Dr Munir Bashshur, professeur en sociologie et éducation à l’AUB, « tous les organes du corps vivant sont semblables ; mais nous ne pouvons pas en trouver deux qui sont exactement pareils. De même, toutes les communautés, sociétés, pays sont semblables, sans pour autant que nous puissions en trouver deux qui soient...