Dans les ténèbres des tunnels iraniens, ce ne sont pas les néoconservateurs américains, droits dans leurs bottes et leurs idées, qui pourraient se retrouver. Le danger est qu’en se fourvoyant, ils risquent de créer dans une zone hautement inflammable un nouveau foyer d’incendie. Qu’une opération d’envergure contre la République islamique soit imminente relève d’un refrain régulièrement entonné depuis des années à Washington. Au point qu’aujourd’hui, le camp des pour et celui des contre affûtent les arguments à servir au président au moment où devra être prise la décision d’appuyer ou non sur le bouton.
Dernière thèse en vogue dans la capitale fédérale : en dépit de tout ce qui se dit, Dick Cheney reste l’homme de la situation, que Condoleezza Rice courtise en prévision d’un accord sur le dossier qui devra être présenté à George W. Bush. Tout se complique lorsqu’il apparaît de plus en plus évident que le faucon n’est pas aussi belliciste que le laissent croire ses coups de gueule, le menton en avant, et que la colombe est moins pacifiste qu’il n’y paraît. Le premier a perdu depuis 2002 – à l’époque où se préparait dans le plus grand secret l’expédition irakienne – pas mal de ses plumes jusqu’au-boutistes. Donald Rumsfeld n’est plus au Pentagone, mais Robert Gates ; à la tête du Central Command for the Middle East (Centcom), le général John Abizaid a été remplacé par l’amiral William Fallon ; le Congrès est passé « à gauche » depuis les dernières élections ; enfin, la composition de la garde rapprochée du président a été graduellement modifiée pour inclure nombre d’adversaires d’une nouvelle aventure, la dernière en date des partants ayant été la fidèle Karen Hughes. La secrétaire d’État, elle, s’échine à expliquer que l’escalade dans les sanctions, la multiplication des mises en garde constituent autant de contre-feux, ultime rempart avant l’inévitable « troisième guerre mondiale » évoquée par le chef de l’Exécutif le 17 octobre dernier.
Les pragmatiques, eux, font intervenir la raison. Alors que l’Amérique s’engage dans la dernière ligne droite menant à la présidentielle de novembre prochain, font-ils valoir, il est difficile à l’Administration sortante d’enclencher une nouvelle opération classique. Les troupes sont déjà trop étirées et il faudra très certainement bien plus que 150 000 GI – c’est le nombre d’hommes engagés en Irak – pour venir à bout d’un pays de 70 millions d’habitants parfaitement endoctrinés, dotés d’un profond sens nationaliste et convaincus qu’il n’existe aucune alternative crédible au régime des mollahs. Reste le recours à des frappes massives à l’aide de missiles de croisière lancés par les unités de l’armada réunie depuis des mois dans la zone du Golfe. Un tel scénario prévoit la destruction des installations nucléaires, des dégâts causés aux infrastructures et peut-être un début de révolution, cette dernière éventualité étant difficilement envisageable. Dans un ouvrage qui fait autorité depuis sa parution, l’an dernier, Dead Certain : The Presidency of George W. Bush, le journaliste Robert Draper rapporte un entretien au cours duquel le vice-président assurait à Dick Armey, leader de la majorité républicaine, que les Irakiens allaient accueillir à bras ouverts les boys. « Ce sera, affirmait-il sans rire, comme Paris à la Libération. Un nouveau gouvernement sera formé et les gens seront tellement heureux de retrouver la liberté que nous pourrons nous retirer dans un délai d’un mois ou deux. » Hélas, à Téhéran encore moins qu’à Bagdad, ce ne sera pas la Ville Lumière au soir du 25 août 1944.
Diplomates, maîtres-espions et généraux américains sont quasi unanimes à faire leurs les conclusions d’une étude d’un groupe de recherches londonien sur les réactions iraniennes à des frappes. L’éventualité la plus inquiétante porte sur le minage du détroit d’Ormuz, ce qui paralysera une voie d’eau permettant d’acheminer le cinquième des exportations pétrolières mondiales et enverra les cours à des sommets insoupçonnés. Quelques heures plus tard, les portes de l’enfer s’ouvriront avec l’entrée en action, au Liban, du Hezbollah, l’embrasement de la zone verte de Bagdad, les séismes qui secoueront (qui renverseront ?...) certains régimes arabes proches des États-Unis, les coups de boutoir assénés par el-Qaëda, pendant que de violentes manifestations éclateront dans plusieurs capitales occidentales contre le nouvel Armageddon et que le dollar atteindra son plancher le plus bas depuis la Grande Dépression. Plus que tout, la superpuissance qui n’a pu venir à bout des turbulents Irakiens, régler le problème des inondations en Louisiane, ni résister au tsunami des subprimes sera-t-elle en mesure de se créer une source supplémentaire de troubles que représentera le pilonnage systématique, des jours, voire des semaines durant, de 2 000 sites stratégiques ?
Il faut prier pour qu’à Washington, ils ne soient pas nombreux à croire cela possible. Et surtout espérer que Dieu saura faire entendre raison à celui qui prétend lui parler tous les soirs.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans les ténèbres des tunnels iraniens, ce ne sont pas les néoconservateurs américains, droits dans leurs bottes et leurs idées, qui pourraient se retrouver. Le danger est qu’en se fourvoyant, ils risquent de créer dans une zone hautement inflammable un nouveau foyer d’incendie. Qu’une opération d’envergure contre la République islamique soit imminente relève d’un refrain régulièrement entonné depuis des années à Washington. Au point qu’aujourd’hui, le camp des pour et celui des contre affûtent les arguments à servir au président au moment où devra être prise la décision d’appuyer ou non sur le bouton.
Dernière thèse en vogue dans la capitale fédérale : en dépit de tout ce qui se dit, Dick Cheney reste l’homme de la situation, que Condoleezza Rice courtise en prévision d’un accord sur le...