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Actualités - Opinion

Vers un président de gestion de crise, à l’image de Sarkis

Élias Sarkis, estiment des professionnels, a été l’un des meilleurs présidents que le Liban ait connus. Il a su faire face à d’écrasants défis et sauver l’État en tant que tel, malgré l’effroyable guerre qui déchirait le pays. Malgré les pulsions partitionnistes des milices. Malgré les lourds effets du conflit régional, qui perdure. Malgré l’envahisseur israélien. Malgré les visées des futurs tuteurs syriens, déguisés au début en pacificateurs. Débarqué et reparti au son du canon, il a lutté six ans durant pour que l’entité légale libanaise ne soit pas rayée de la carte. Et s’il a su manœuvrer, c’est surtout parce qu’il réalisait pleinement qu’il était impossible, utopique, de dissocier la scène locale des empoignades régionalo-internationales. Dans la mesure du possible, il a pu tirer profit des contradictions entre protagonistes étrangers. Faisant en sorte que chacun d’eux empêche l’autre de liquider le Liban. Sur le plan interne, bien qu’il représentât un courant politique intégré au Front libanais, il s’est toujours efforcé de préserver les meilleures relations avec toutes les fractions. Il a souvent servi de trait d’union entre elles. Afin qu’elles se rassemblent autour du principe national, au lieu de l’attaquer. Notamment au nom du social et de l’économique, de l’intérêt de la population. Puis, pour finir son mandat en beauté et rester dans l’histoire comme un modèle de vertu civique, il a refusé que l’on amende la Constitution en faveur de la prorogation de son bail à Baabda. Imitant d’ailleurs en cela son père spirituel, le président Fouad Chehab. Mais la situation du Liban était alors telle que Sarkis ne pouvait pas être un président de solution radicale. Ses prérogatives, très étendues sur le papier, étaient si limitées par les dures réalités du moment qu’il devait se contenter d’être un président de gestion de crise. Limitation Aujourd’hui, relèvent ces prérogatives, le président ne dispose plus, même théoriquement, des pouvoirs qu’il avait alors, puisque Taëf l’en a privé. Moins encore que Sarkis, il ne peut donc ambitionner de jouer un rôle de sauveur définitif. Il n’aurait tout simplement pas les moyens de régler tout seul des questions comme l’armement du Hezbollah ou des Palestiniens, le tracé des frontières, Chebaa, les relations avec la Syrie, etc. D’ailleurs le règlement de ces dossiers n’est pas aux mains des Libanais et dépend d’un consensus régionalo-internaitonal. Quant au président, toute sa force, il lui faut la tirer uniquement de l’entente entre les forces politiques locales. Sa première mission serait dès lors de toujours œuvrer à une telle entente. S’il est bon qu’il ait une vision d’ensemble élevée, planante, il ne peut cependant pas avoir un programme politique propre, la Constitution réservant ce droit au Conseil des ministres. Politiquement, ajoutent ces sources, son champ d’action resterait limité, du fait d’un clivage de fond rendant extrêmement difficile une unification des rangs. Parfois même entre des partenaires d’un même bord, d’un même camp ! Alors, enchaînent ces cadres, puisque l’on parle de gestion, la principale tâche dans laquelle le président à venir pourra déployer ses talents restera d’ordre socio-économique. Il devra être l’ombudsman, le défenseur des petites gens, du pain quotidien, des prestations sociales. Comme de la justice, du respect de la loi et de l’ordre public. Et, à cette fin, il lui faudra se focaliser sur le redressement économique, finances publiques comprises. En mettant un terme à l’anarchie, à la gabegie, dans l’administration. Pour ce qui est de l’actualité, l’appel de l’envoyé italien adressé aux leaderships chrétiens pour qu’ils s’entendent n’a pas eu plus de succès que les efforts de Bkerké allant dans ce sens. Les différends restent vifs. Et certains, apportant du reste de l’eau au moulin des propres réticences de Mgr Sfeir, se dressent contre l’établissement d’une liste par Bkerké. De son côté, le général Aoun se désigne comme le choix naturel à faire, en arguant de sa forte popularité. Alors que les chrétiens du 14 Mars, Samir Geagea en tête, veulent un président issu de leurs rangs pour défendre l’indépendance. L’on attend enfin de voir ce que l’émissaire du président Sarkozy et les Arabes en mission à Beyrouth vont pouvoir faire. Il se répète que Paris va encore dépêcher un délégué à Damas la semaine prochaine. Et pourrait suggérer une liste au patriarche Sfeir. Philippe ABI-AKL
Élias Sarkis, estiment des professionnels, a été l’un des meilleurs présidents que le Liban ait connus. Il a su faire face à d’écrasants défis et sauver l’État en tant que tel, malgré l’effroyable guerre qui déchirait le pays. Malgré les pulsions partitionnistes des milices. Malgré les lourds effets du conflit régional, qui perdure. Malgré l’envahisseur israélien. Malgré les visées des futurs tuteurs syriens, déguisés au début en pacificateurs. Débarqué et reparti au son du canon, il a lutté six ans durant pour que l’entité légale libanaise ne soit pas rayée de la carte. Et s’il a su manœuvrer, c’est surtout parce qu’il réalisait pleinement qu’il était impossible, utopique, de dissocier la scène locale des empoignades régionalo-internationales. Dans la mesure du possible, il a pu tirer...