Malgré cette ineffable sensation d’immobilisme et de dangereuse stagnation, sur fond de déclarations musclées de part et d’autre de l’échiquier politique, une lueur d’espoir renaît peu à peu, légitimée par des informations faisant état d’une réunion imminente entre Samir Geagea et Michel Aoun. Si cette rencontre a vraiment lieu dans les heures qui viennent, elle traduira sans doute les résultats du forcing diplomatique conduit par les Français auprès du régime syrien. Mais elle traduira aussi, et surtout, une indubitable prise de conscience dans les milieux politiques chrétiens qu’il existe une occasion historique d’enterrer une hache de guerre absurde afin d’aborder l’après-tutelle syrienne sur base d’une stratégie politique chrétienne moderne, adaptée aux défis qui l’attendent, notamment en tant que minorité dans la région.
C’est dans ce cadre qu’il conviendrait donc de replacer la teneur du communiqué des évêques maronites, hier. Non, il n’est pas exagéré, ni gratuitement alarmiste de mettre en garde crûment et sans ménagement contre « un éclatement sans précédent » du Liban, si les divergences persistent. Dans ce système consociatif mais néanmoins démocratique qu’est celui du Liban, il se trouve qu’au niveau interne, l’unité de la communauté chrétienne est seule garante d’une échéance présidentielle sans heurts.
Au niveau externe, la capacité de nuisance syrienne n’est plus à démontrer. C’est en se basant sur cette constante que la diplomatie française est intervenue en dépêchant les deux émissaires de l’Élysée auprès de Bachar el-Assad. De source bien informée, ces concertations auraient porté leurs fruits, et il serait désormais question d’une liste comprenant trois noms de candidats à la présidentielle. Toujours selon cette source, les États-Unis seraient en passe de donner « carte blanche à la France » afin de résoudre l’épineuse crise libanaise. L’Hexagone n’entend pas agir seul, mais envisagerait de s’armer d’une double couverture européenne et arabe. Ce qui expliquerait donc les visites marathons que s’imposent depuis deux jours le directeur de cabinet du secrétaire général de la Ligue arabe, Hicham Youssef, et le directeur du département Moyen-Orient au ministère italien des Affaires étrangères (AE), Cesare Ragaglini. L’Europe et la Ligue arabe vont donc vraisemblablement unir leurs efforts dans les jours qui viennent afin de soumettre la liste des trois noms à Bkerké, afin de s’assurer que le patriarche Nasrallah Sfeir n’oppose son veto à aucun des trois candidats en question.
Un bémol toutefois. Si les informations faisant état d’un report au 14 novembre de la séance électorale parlementaire initialement prévue pour le 12 novembre prochain se confirment, il faudra alors que le futur président de la République puisse être élu le 14, sans report. Sans cela, les interprétations divergentes de la Constitution et le cafouillage constitutionnel qu’elles provoquent menaceront d’envenimer encore plus une situation déjà critique. Faut-il le souligner ? La raison d’être de la Constitution est de régir le bon fonctionnement de l’État et de ses institutions. Aucune disposition de la Loi fondamentale n’a pour dessein intrinsèque de paralyser tout un pays, ou de barrer la route au bon déroulement d’une échéance, quelle qu’elle soit. Inutile donc de continuer, de part et d’autre, à s’attacher à une interprétation biaisée de la Constitution. Les deux camps doivent désormais penser à la meilleure manière d’aborder l’échéance présidentielle afin de sauver le pays d’une situation politique déjà suffisamment désastreuse.
Et l’on pourra se prendre à rêver, un jour, de campagnes électorales présidentielles régulées et équitables, de candidats qui se serrent la main sur le perron de la place de l’Étoile, et du nouveau président de la République, élu au bulletin secret, félicité par ses concurrents moins chanceux...
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