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Actualités - Opinion

Le Point Affaire de femmes Christian MERVILLE

« Alerta, alerta, Cristina presidenta », scandait la foule, dimanche soir. Depuis des semaines, il ne faisait aucun doute que l’Amérique latine s’acheminait vers un doublé de femmes : Bachelet au Chili en 2006, Fernandez de Kirchner en Argentine en cette fin d’année. De fait, la « Primera dama » du pays s’installera le 10 décembre à la Casa Rosada, pour un mandat de quatre ans. Et déjà les ragots vont bon train, faisant état d’une alternance sans précédent qui verrait le mari revenir au pouvoir en 2011, avant de céder à nouveau la place à son épouse en 2015… La petite histoire retiendra que rarement une élection aura suscité si peu d’intérêt tant l’homme de la rue donne l’impression de se détourner de la politique, le temps sans doute de se remettre du choc de 2001, quand l’économie avait sombré avant de se redresser, sous l’impulsion de Nestor de Kirchner, grand architecte d’un miracle qui voit, pour la cinquième année consécutive, la croissance s’inscrire à un taux inégalé de 8 %, tandis que l’inflation demeure sous contrôle (9 %) et que le chômage a été ramené de 25 à 10 %. Comme on ne change pas une dream team qui gagne et que, de toute façon, l’opposition était peu crédible, les Argentins ont choisi de rester fidèles au couple le plus glamour de leur histoire politique depuis les légendaires Juan et Evita Peron. Même s’il lui est arrivé, dit-on, de tordre le cou aux chiffres. Ainsi, la flambée des prix serait en réalité de l’ordre de 15-20 % par an, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté représenterait le quart de la population (40 millions) et ils seraient 7,5 millions à vivre dans l’indigence. Qu’importe : la nouvelle présidente est parvenue à doubler le score de son époux à la précédente consultation et, comme dans les années quarante-cinquante, ce sont les nouveaux « descamisados » (sans chemise) qui ont assuré son succès alors que, dans les grandes villes (Cordoba, Rosario, Mar del Plata), les voix de la classe moyenne se portaient sur l’ancienne parlementaire Elisa Carrio. Des mois durant, la campagne électorale a été placée sous le signe d’une vague promesse : « El cambio recién comienza » (le changement vient de commencer), dans la perspective de dépenses publiques maîtrisées, d’un strict contrôle des prix et d’un peso faible pour doper les exportations. Recette primaire, ont aussitôt jugé les spécialistes, mais qui a parfaitement fonctionné. Le parcours est d’autant plus remarquable que les derniers mois de l’actuelle présidence ont été marqués par des couacs sur lesquels l’opinion publique a préféré mettre un voile pudique. Première femme ministre de l’Économie et de la Production, Felisa Miceli avait dû démissionner le 16 juillet dernier, après la découverte dans la salle de bains de son bureau officiel d’un mystérieux sac contenant 60 000 dollars. Moins de trois semaines plus tard, éclatait le scandale Guido Alejandro Antonini Wilson, du nom d’un businessman américano-vénézuélien dont la valise, au retour d’un voyage à Caracas à bord d’un avion privé affrété par la compagnie nationale de pétrole, avait été scannée par inadvertance, ce qui avait permis d’y trouver 800 000 dollars. L’affaire, survenant en pleine campagne électorale, avait jeté une ombre sur les rapports avec Hugo Chavez, dont le pays soutient l’économie argentine grâce à l’achat pour un milliard de dollars de bons du Trésor et à l’injection de 400 millions dans la construction d’une usine de gaz naturel. Tout cela, ajouté aux révélations sur des affaires de corruption au sein de l’administration et aux rumeurs sur le traficotage des statistiques officielles, faisait un peu désordre. Fort heureusement, des anges veillaient sur les destinées des de Kirchner : la télévision publique entrait aussitôt en action, à coups de spots publicitaires vantant les prouesses de l’État, dans le même temps que le président parvenait à « convaincre » les banques de réduire les taux d’intérêt sur les prêts accordés au petit peuple. On conviendra que pareils arguments portent bien mieux que toutes les promesses surtout quand le programme électoral se ramène à un pacte social aux contours flous, à négocier avec les entreprises et les syndicats. Mais le grand atout de la « Pingüina » (allusion au surnom dont s’est lui-même affublé son mari, originaire de la Patagonie où les pingouins sont nombreux), réside dans son engagement, contracté à l’occasion de son dernier séjour dans la capitale américaine, à servir de trait d’union entre Washington d’un côté, les irréductibles anti-« yanquis » de l’autre – comprendre Hugo Chavez, le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le Bolivien Evo Morales. D’où un langage à deux niveaux alternant justice sociale et responsabilité fiscale, souveraineté populaire et rationalité capitaliste. L’électeur argentin risquait d’y perdre son latin, dites-vous ? Mais il n’a même pas cherché à comprendre !
« Alerta, alerta, Cristina presidenta », scandait la foule, dimanche soir. Depuis des semaines, il ne faisait aucun doute que l’Amérique latine s’acheminait vers un doublé de femmes : Bachelet au Chili en 2006, Fernandez de Kirchner en Argentine en cette fin d’année. De fait, la « Primera dama » du pays s’installera le 10 décembre à la Casa Rosada, pour un mandat de quatre ans. Et déjà les ragots vont bon train, faisant état d’une alternance sans précédent qui verrait le mari revenir au pouvoir en 2011, avant de céder à nouveau la place à son épouse en 2015… La petite histoire retiendra que rarement une élection aura suscité si peu d’intérêt tant l’homme de la rue donne l’impression de se détourner de la politique, le temps sans doute de se remettre du choc de 2001, quand l’économie avait...