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Le ticket Bhutto-Musharraf, une « Dream Team » risquée

Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, et l’ex-Premier ministre, Benazir Bhutto, négocient une alliance pour partager le pouvoir à l’issue des législatives de mi-janvier, mais ce ticket – rêvé et soutenu par l’Administration Bush de manière à peine voilée – est risqué pour les deux. Depuis juillet, les deux protagonistes sont en pourparlers pour permettre à leurs partis de remporter les élections : le général Musharraf, qui a pris le pouvoir par un coup d’État sans effusion de sang il y a huit ans mais dont la popularité est en chute libre depuis six mois, resterait président et Mme Bhutto redeviendrait Premier ministre. Le général-président est l’allié-clé des États-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme » depuis 2001 et – plus que Washington – est persuadé qu’el-Qaëda et les talibans afghans ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest du pays, frontalières avec l’Afghanistan, soutenus par des tribus pakistanaises fondamentalistes. Et Mme Bhutto, l’ancien « enfant-chéri » de Washington quand elle était Premier ministre, s’est toujours présentée comme un rempart contre les islamistes. Elle a d’ailleurs répété récemment qu’elle les « éradiquerait » du pays et autoriserait même des frappes aériennes américaines dans les zones tribales, ce que même le général Musharraf a toujours rejeté avec véhémence, même si sources militaires et médias assurent qu’elles ont déjà eu lieu, secrètement ou attribuées à l’armée pakistanaise. À n’en pas douter, une alliance Musharraf-Bhutto serait soutenue par une frange conséquente de la population – la plus « occidentalisée » –, mais elle est déjà très mal perçue par une part de plus en plus importante des 160 millions de musulmans de cette République islamique du Pakistan, même les plus modérés, qui considèrent que la « guerre de Bush » n’est pas la leur. Shafqat Mahmood, analyste politique et éditorialiste au quotidien Daily News, estime qu’une telle alliance renforcerait les partis fondamentalistes, représentés au Parlement, qui rêvent de prendre le contrôle de cette puissance nucléaire. « Nos amis américains pensent qu’en mettant Bhutto et Musharraf ensemble au pouvoir, ils composeraient l’équipe de rêve (...), mais cette “Dream Team” ne peut éradiquer l’extrémisme car ils sont tous deux considérés comme hostiles aux religieux », analyse M. Mahmood. « Ils n’auront donc d’autre option que l’usage de la force et l’ère Musharraf a montré que cette stratégie ne fonctionnait pas », conclut-il. En outre, dans les deux partis, des voix s’élèvent pour critiquer leurs leaders. Dans le camp Bhutto, certains évoquent la « trahison » de l’ancienne antimilitariste forcenée des années 90, dans un pays qui a vécu plus de la moitié de ses 60 ans d’existence sous la férule des généraux putschistes, et qui pactise aujourd’hui avec le « diable ». Et dans le camp Musharraf, nombre d’élus et d’officiers rejettent l’alliance avec Mme Bhutto, qui risque de leur faire perdre leurs sièges pour les premiers, leur énorme pouvoir pour les seconds.
Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, et l’ex-Premier ministre, Benazir Bhutto, négocient une alliance pour partager le pouvoir à l’issue des législatives de mi-janvier, mais ce ticket – rêvé et soutenu par l’Administration Bush de manière à peine voilée – est risqué pour les deux. Depuis juillet, les deux protagonistes sont en pourparlers pour permettre à leurs partis de remporter les élections : le général Musharraf, qui a pris le pouvoir par un coup d’État sans effusion de sang il y a huit ans mais dont la popularité est en chute libre depuis six mois, resterait président et Mme Bhutto redeviendrait Premier ministre.
Le général-président est l’allié-clé des États-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme » depuis 2001 et – plus que Washington – est persuadé qu’el-Qaëda et les...