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Actualités - Opinion

Le Point Douteux partenariat Christian MERVILLE

La dernière visite remonte à 1943. Le maître du Kremlin à l’époque s’appelait Joseph Staline et il retrouvait Franklin D. Roosevelt et Winston Churchill pour une décision qui allait bouleverser le cours de la guerre et par voie de conséquence celle de l’humanité. C’est à Téhéran, en effet, en cette fin du mois de novembre, que fut finalisé le projet de déclenchement, au printemps de l’année suivante, l’opération Overlord, prévoyant l’invasion de la France, placée sous le haut commandement du général Dwight D. Eisenhower. Il faudra attendre la mi-mars 2001 pour voir un chef d’État iranien atterrir à l’aéroport Vnoukovo de Moscou, une première depuis la révolution islamique de 1979. C’est dire l’importance de la visite dans la capitale iranienne du maître de « toutes les Russies », en dépit d’une menace d’attentat, qui serait, dit-on, l’œuvre des séparatistes tchétchènes – lesquels décidément ont bon dos. Importante, cette démarche l’est, à plus d’un titre, pour les deux pays, dont les rapports n’ont cessé, à travers l’histoire, de s’inscrire en dents de scie, constamment placés qu’ils furent sous le double signe de la méfiance et d’une attirance imposée par les nécessités du (pas toujours bon) voisinage. D’ailleurs, l’alibi – qui ne trompe personne – servi à l’opinion publique est, cette fois, un sommet des riverains de la mer Caspienne. C’est que, depuis quelque temps, l’attention se porte sur les régions du Caucase du Sud, de l’Asie centrale et surtout du Moyen-Orient, terreau idéal où le terrorisme international recrute les émules d’Oussama Ben Laden. Pour contrer cette menace, mais aussi afin de lutter contre le trafic de drogue et la florissante contrebande des armes, une convention est en cours d’élaboration dont l’application est appelée à être assurée par une force navale conjointe. Un autre souci majeur des héritiers des tsars porte sur la protection des lignes eurasiennes assurant la régularité du flot commercial dans cette partie du monde. Tout au long de ces dernières années, Russes et Iraniens ont prouvé qu’ils pouvaient coexister, sinon harmonieusement, à tout le moins sans risquer à tout moment une fatale collision. Ce fut le cas, entre autres, de deux stations hydroélectriques au Tadjikistan, sur le fleuve Vakhsh, construites dans un parfait parallélisme par les ingénieurs des deux pays. Un autre exemple de coopération est représenté par le lancement, avec l’aide du lointain voisin slave, du projet de satellite iranien de télécommunications Zohre (Vénus), assorti de la construction de deux stations de contrôle et de la formation d’un personnel qualifié. Tout cela, s’accorde-t-on à prédire de part et d’autre, prélude à une coopération accrue dans les champs les plus divers. C’est plutôt dans le domaine ultrasensible du nucléaire que des grincements avaient commencé à se manifester, dont le bruit commence tout juste à s’estomper. Des quatre sites supposés abriter l’essentiel du grand dessein de la République islamique : Natanz, Ispahan, Arak, Bouchehr, c’est ce dernier (initié dès 1974 avec l’Allemagne, puis abandonné un moment) que Moscou s’est engagé à construire, pour un montant équivalant à un milliard de dollars. Or, non seulement le projet n’en est pas encore au stade de l’achèvement, mais de plus l’uranium n’a pas été acheminé, signe que la confiance entre les partenaires est loin de régner, ainsi que le prouvent les multiples reports de la visite de Vladimir Poutine. Bien sûr, si les nouvelles sanctions que la communauté occidentale – à l’exception notable de l’Allemagne – appelle de ses vœux tardent à être prises, c’est essentiellement en raison de la menace de veto que fait peser le camp du non au sein du Conseil de sécurité. Mais la Russie répète à l’envi qu’elle ne veut pas entendre parler d’un nouveau membre du Club de l’atome dans le même temps qu’elle invite Mahmoud Ahmadinejad à autoriser la présence d’inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique et à geler les opérations d’enrichissement de l’uranium. En février 2005, Poutine se disait convaincu, après avoir reçu Hassan Rohani, chef du Conseil national de sécurité, que les Iraniens ne se proposaient pas d’avoir un arsenal nucléaire ; il vient de le répéter, il y a quelques jours, lors d’une conférence de presse avec Nicolas Sarkozy. Dans ce bringuebalant attelage, chacun a besoin de l’autre : l’Iran pour briser son isolement sur la scène internationale, éviter l’étouffement économique et prévenir peut-être une expédition militaire dont il ferait les frais ; la Russie pour disposer d’un allié, même incertain, sur lequel s’appuyer si elle veut hâter son accession aux mers chaudes chères au cœur de Pierre le Grand. Et surtout pour jouer à faire peur à l’unique superpuissance encore présente sur la scène internationale. Douteux partenariat, oui. Et, comme la nitroglycérine, aux effets hautement dévastateurs.
La dernière visite remonte à 1943. Le maître du Kremlin à l’époque s’appelait Joseph Staline et il retrouvait Franklin D. Roosevelt et Winston Churchill pour une décision qui allait bouleverser le cours de la guerre et par voie de conséquence celle de l’humanité. C’est à Téhéran, en effet, en cette fin du mois de novembre, que fut finalisé le projet de déclenchement, au printemps de l’année suivante, l’opération Overlord, prévoyant l’invasion de la France, placée sous le haut commandement du général Dwight D. Eisenhower. Il faudra attendre la mi-mars 2001 pour voir un chef d’État iranien atterrir à l’aéroport Vnoukovo de Moscou, une première depuis la révolution islamique de 1979. C’est dire l’importance de la visite dans la capitale iranienne du maître de « toutes les Russies », en dépit...