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Actualités - Interview

Patrick Haenni exclut une libanisation du Hezbollah sur le court terme

Patrick Haenni, analyste senior à l’International Crisis Group (ICG), a accepté de revenir, pour L’Orient-Le Jour, sur les circonstances de la rédaction et les objectifs de ce rapport qu’il a en partie rédigé. « Nous sommes partis d’un constat, après la guerre de juillet : le Hezbollah est un acteur majeur de la crise au Liban », affirme d’emblée Patrick Haenni, avant d’ajouter que « l’un des objets de la crise est la question des armes » détenues par le Hezbollah. « Pour nous en tant qu’ICG, la question des armes pose problème au niveau de la dynamique de conflit, et non sur le plan de la souveraineté de l’État. Pour nous, le Liban est aujourd’hui divisé sur une double question : la relation avec la Syrie et la question des armes du Hezbollah. Ces deux questions sont très liées parce que, pour le Hezbollah, la relation avec la Syrie ne vaut que parce qu’il y a les armes », relève M. Haenni qui rappelle aussi que le passé « mais aussi le présent » des relations entre le Hezbollah et la Syrie sont « conflictuels ». À titre d’exemple, « le Hezbollah, contrairement à la Syrie, ne veut pas d’une déstabilisation du Liban ». Aujourd’hui, « on assiste au Liban à une mutation de l’identité chiite qui ne se reconnaît plus, du moins au Sud, en l’idéologie de Moussa Sadr. Cette identité est aujourd’hui beaucoup plus politisée, elle s’affirme face à un ennemi qui est en premier lieu Israël », souligne l’analyste. Or « les armes sont le symbole et la garantie du “empowerment” chiite ». Une position médiane Dans son rapport, l’ICG, dit-il, a délibérément opté pour une « position médiane » qui puisse répondre « à la politique de la peur et à la nécessité de rassurer les différentes forces politiques et communautaires », dans le but de réduire une « polarisation » rampante. Mais cela ne veut pas dire que le Hezbollah ne doit pas adopter une position claire par rapport à l’usage qu’il compte faire de ses armes, ainsi que de « rendre des comptes » à l’État. Le seul moyen d’aboutir à cela, c’est d’intégrer la question des armes dans la prochaine déclaration ministérielle : « Il faut parvenir à un engagement formel » de la part du Hezb, souligne M. Haenni, « un engagement que le parti sera tenu de respecter, au risque de prendre de sérieux coups. Le premier coup viendrait d’abord du courant aouniste, qui se désolidariserait du Hezb. Ce serait là un revers sérieux pour sa légitimité sur le plan interne. Deuxième coup, en provenance de la base chiite, cette fois-ci, qui en cas de deuxième round avec Israël verrait d’un très mauvais œil une utilisation arbitraire et insuffisamment justifiée des armes ». Cependant, comme le précise l’analyste, « tant que la surchauffe confessionnelle prime, il n’y aura pas d’alternative chiite, parce que en temps de crise, le réflexe communautaire prime. Ce réflexe va à l’encontre du pluralisme. Il faut une période de stabilité pour que le Hezbollah arrête de se définir par rapport au contexte quasi sacré de la Résistance ». Concernant la situation qui prévaut actuellement dans le sud du pays, M. Haenni affirme que « le front sud » est désormais « fermé, non seulement à cause du déploiement de la Finul, mais à cause de l’exacerbation confessionnelle ambiante » qui ôte au Hezbollah sa marge de manœuvre. Mais Patrick Haenni insiste sur un élément : « Le Hezbollah existe à travers deux concepts : la résistance (moukawama) et l’immunisation (mumana’a) contre les États-Unis. Or la guerre de juillet a rompu la fusion entre ces deux concepts, c’est pourquoi, même s’il la méprise, le Hezbollah s’intéresse désormais de près à la politique. Aujourd’hui, le Hezb exerce sa mumana’a par le biais de la politique. Voilà pourquoi il est faux de penser qu’en intégrant le Hezb dans la vie politique, on contribue à sa libéralisation. » Propos recueillis par Lélia MEZHER
Patrick Haenni, analyste senior à l’International Crisis Group (ICG), a accepté de revenir, pour L’Orient-Le Jour, sur les circonstances de la rédaction et les objectifs de ce rapport qu’il a en partie rédigé.
« Nous sommes partis d’un constat, après la guerre de juillet : le Hezbollah est un acteur majeur de la crise au Liban », affirme d’emblée Patrick Haenni, avant d’ajouter que « l’un des objets de la crise est la question des armes » détenues par le Hezbollah.
« Pour nous en tant qu’ICG, la question des armes pose problème au niveau de la dynamique de conflit, et non sur le plan de la souveraineté de l’État. Pour nous, le Liban est aujourd’hui divisé sur une double question : la relation avec la Syrie et la question des armes du Hezbollah. Ces deux questions sont très liées parce que, pour...