La faiblesse du yuan chinois, bien plus que celles du dollar ou du yen japonais, est désormais la cible numéro un de la zone euro, dont la monnaie ne cesse de s’apprécier par rapport aux autres devises.
Les ministres des Finances de l’Eurogroupe sont parvenus tard lundi soir à un consensus sur le message que leurs représentants exprimeront lors de la réunion des sept pays les plus industrialisés du monde (G7) du 19 au 21 octobre.
Le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos, a résumé mardi ce que le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, et le chef de l’Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, diront lors de la réunion de Washington dans une dizaine de jours.
« Un message de confiance en nous-mêmes en ce qui concerne notre économie, un message pour les autres que leurs taux de change devraient réellement refléter leurs fondamentaux économiques. C’est quelque chose qu’on ne devrait pas manipuler dans une direction ou une autre », a-t-il déclaré.
Les spécialistes des réunions du G7 se sont retrouvés en terrain connu dans les conclusions de l’Eurogroupe.
Pour le dollar, les ministres reprennent une formule consacrée de longue date, puisqu’ils notent « avec une grande attention que les autorités américaines ont réaffirmé qu’un dollar fort était dans l’intérêt de l’économie américaine ». De même, pour le yen, ils réaffirment que « l’économie japonaise est sur la voie d’une reprise durable ». « Ces développements devraient être reconnus par les marchés qui devraient être conscients des risques des paris à sens unique » et, en conséquence, procéder à la réévaluation de la monnaie japonaise, ont-ils ajouté.
Il n’y a pas là une seule référence à l’énorme déficit de la balance commerciale américaine, qui est plus aisément finançable avec un euro qui vaut plus de 1,40 dollar, même si ce phénomène est dans tous les esprits des ministres. En revanche, la Chine, dont la faiblesse de la monnaie pose des difficultés considérables aux exportateurs européens mais qui ne sera pas autour de la table du G7, est la destinataire d’une initiative forte de la part des Européens. Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire, Joaquin Almunia, se rendront dans ce pays avant la fin de l’année pour y livrer leur message. « Dans les économies émergentes disposant d’excédents importants et croissants, particulièrement en Chine, il est souhaitable que leurs taux de change réels évoluent pour que les ajustements nécessaires aient lieu », peut-on lire dans les conclusions adoptées par les 13 ministres.
Le yuan chinois est lié au dollar et suit donc sa chute, ce qui est très gênant pour les Européens au moment où leur devise s’est installée au-dessus de la barre de 1,40 dollar. La hiérarchie dans l’expression n’est pas innocente et les Européens estiment que c’est par le biais de la Chine que l’on pourra le mieux amener les États-Unis à parler de changes.
Le refus de l’Allemagne, de l’Autriche et des Pays-Bas de critiquer l’euro fort en tant que tel s’explique par leur irritation devant la pression exercée par Nicolas Sarkozy contre la BCE pour qu’elle baisse ses taux et donc l’euro. Le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, a répété sa boutade préférée – « j’aime l’euro fort » –, ce qui ne risque guère d’arranger ses relations tendues avec le président français, à qui il reproche de laisser filer son déficit budgétaire malgré ses engagements.
Mais la France, qui, selon un de ses responsables, aurait souhaité une « communication plus agressive sur le dollar » s’est déclarée satisfaite par le consensus de Luxembourg. « Nous avons convenu de nous en tenir à ces décisions et d’en faire la position de l’Eurogroupe », a expliqué la ministre française de l’Économie et des Finances, Christine Lagarde. « Ce n’est pas aussi rigoureux qu’on pouvait le souhaiter », a reconnu un responsable français, précisant que « ce n’est pas une motion syndicale, mais nous parlons enfin du sujet ». La volonté d’en finir avec la zizanie qui rend le message de la zone euro totalement illisible était perceptible, même si les diplomates se demandent combien de temps Sarkozy s’y tiendra.
« La discipline verbale pour les entités et les personnes responsables est absolument essentielle dans des domaines où vous avez des milliers de milliards d’euros et de dollars en jeu », a expliqué hier le président de la BCE, Jean-Claude Trichet. Outre la volonté de présenter un front uni à Washington, la concentration de l’Eurogroupe sur le yuan s’explique aussi par des facteurs objectifs, souligne-t-on à la Commission. La zone euro dégage en effet un excédent commercial important avec les États-Unis malgré la faiblesse du dollar et il est passé de 32 milliards de dollars en 2000 à 90 milliards aujourd’hui : l’euro fort n’a donc guère d’impact.
En outre, si certaines activités sont touchées, comme Airbus, l’avionneur équipe ses avions de moteurs américains qui sont particulièrement bon marché à l’heure actuelle et le dollar faible fait baisser la facture pétrolière américaine. En revanche, c’est avec la Chine que les problèmes sont les plus importants, puisque son excédent commercial avec l’euro devrait atteindre 170 milliards d’euros cette année. « Il est tout à fait normal que le message principal s’adresse à la Chine. Le yuan est lié au dollar, mais ce n’est pas le problème des Américains. Les Chinois ont commencé à évoluer en 2005, mais pas suffisamment, il faut accélérer », a enfin affirmé Wouter Bos.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La faiblesse du yuan chinois, bien plus que celles du dollar ou du yen japonais, est désormais la cible numéro un de la zone euro, dont la monnaie ne cesse de s’apprécier par rapport aux autres devises.
Les ministres des Finances de l’Eurogroupe sont parvenus tard lundi soir à un consensus sur le message que leurs représentants exprimeront lors de la réunion des sept pays les plus industrialisés du monde (G7) du 19 au 21 octobre.
Le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos, a résumé mardi ce que le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, et le chef de l’Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, diront lors de la réunion de Washington dans une dizaine de jours.
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