À mesure que l’échéance du 23 octobre se rapproche, les chances de conclure une entente, à cette date, sur un président de compromis s’amenuisent. L’initiative du président de la Chambre, qui tentait de « libaniser » l’échéance, semble plus que jamais balayée par les vents contradictoires qui soufflent d’un peu partout. Selon un ancien ministre, qui reste à cheval entre la majorité et l’opposition, beaucoup de facteurs entrent en jeu pour compliquer l’échéance présidentielle. L’ancien ministre affirme ainsi qu’à supposer que les parties libanaises souhaitent sincèrement laisser passer cette échéance dans le calme, les interférences étrangères pourraient les empêcher de conclure un accord, même tacite. Selon lui, il devient de plus en plus clair, notamment d’après les premières informations qui ont filtré sur la visite du chef du Courant du futur à Washington, que l’Administration américaine pousse vers l’élection d’un président issu des rangs du 14 Mars, autrement dit, elle ne serait pas favorable à une entente entre les Libanais sur un président de compromis. Selon cet ancien ministre, l’Administration américaine considérerait ainsi qu’il est préférable pour elle de garder la carte libanaise, en attendant de clarifier ses projets dans la région, qu’il s’agisse de la prochaine conférence sur le Moyen-Orient, dont bien peu attendent une solution concrète, ou de nouvelles sanctions contre l’Iran, voire d’une attaque contre ce pays. Dans ce contexte encore peu clair, Washington préférerait, toujours selon cet ancien ministre, ne pas céder du terrain et pousserait ainsi la majorité à ne pas jeter du lest à l’opposition, pour conserver toutes les cartes en mains.
De son côté, la Syrie, poursuit cet ancien ministre, ne souhaite pas que l’élection présidentielle ait lieu à la date prévue. Selon lui, les Syriens sont désormais convaincus que l’Administration américaine actuelle ne compte pas mener un dialogue avec eux jusqu’à la fin du mandat du président Bush, contrairement aux recommandations du rapport Baker-Hamilton. Par conséquent, ce n’est pas la peine, pour eux, de lui faciliter la tâche, d’autant qu’ils sont convaincus que cette administration est en perte constante de vitesse. Pour l’ancien ministre, les Syriens feraient le calcul suivant : si aujourd’hui il faut choisir un président d’entente, qui serait simplement acceptable pour la Syrie, dans quelques mois, voire un an, la Syrie aurait un plus grand mot à dire dans le choix du futur président du Liban. Dans ces conditions, il ne serait pas dans l’intérêt de la Syrie de précipiter les choses et de pousser ses alliés à la conclusion d’une entente dans un contexte régional et international qui ne lui est pas très favorable.
L’ancien ministre précise que l’Iran ne serait pas hostile à un compromis, soucieux de préserver ses alliés surtout au cas où la tourmente annoncée devait se vérifier.
Quant à l’Arabie saoudite, elle serait favorable à une entente entre les Libanais sur un président de compromis, mais elle ne serait pas disposée à se lancer dans une initiative de rapprochement après les échecs successifs de ses précédents efforts, au Liban et en Palestine. Toujours selon l’ancien ministre, le royaume wahhabite ne serait pas disposé à entreprendre la moindre action concrète sans une garantie de succès, et dans le contexte actuel, nul n’est prêt à fournir une telle garantie. Enfin, les Européens, et à leur tête les Français, seraient disposés à contribuer à la conclusion d’une entente sur la présidentielle libanaise, mais ils ne sont pas en mesure d’influer, à ce stade, sur la position de l’Administration américaine.
Face à ce tableau régional et international complexe, le rendez-vous du 23 octobre ne semble pas devoir être décisif, estime l’ancien ministre, qui affirme toutefois qu’un compromis de dernière minute est toujours possible si les Libanais décident de ne prendre en considération que les intérêts propres de leur pays. L’ancien ministre est convaincu que certaines parties libanaises pensent aussi que l’entente n’est pas en leur faveur, préférant jouer à fond la carte du refus d’un dialogue sérieux et en profondeur. Mais il estime, de son côté, qu’il s’agit là d’une démarche dangereuse, surtout dans le contexte actuel de tension entre les différentes parties et dans la région en général. Il précise ainsi qu’aussi bien l’élection d’un président par la majorité seule que la vacance à la tête de l’Exécutif pourraient avoir de graves conséquences sur la situation générale du pays. C’est pourquoi, selon lui, la sagesse élémentaire devrait pousser toutes les parties à un accord, quitte à faire des concessions...
Scarlett HADDAD
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