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Actualités - Opinion

LE POINT Poutine supertsar

Aux échecs, un jeu dans lequel les Russes excellent, cela s’appelle roquer. Et Vladimir Vladimirovitch Poutine, par ailleurs judoka hors pair, s’apprête à assurer sa propre succession en damant le pion à tous ses détracteurs qui en étaient déjà, à deux mois des législatives du 2 décembre et à six mois de la présidentielle de mars, à supputer leurs chances de lui succéder au Kremlin. Calculer les prochains coups stipule une règle élémentaire du meilleur exercice pour l’esprit; désarçonner l’adversaire, recommande le principe de base du sport japonais. Le grand maître et sixième dan a donc tranché : convoqués inopinément en début de semaine dans un centre de conférence de la capitale, les membres de Russie unie l’ont entendu annoncer qu’il acceptait « avec reconnaissance » leur proposition de diriger la liste du parti lors du scrutin populaire à venir et donc le prochain gouvernement, proposition, a-t-il dit, « parfaitement réaliste ». Donc réalisable Tout le monde s’interrogeait sur l’avenir de la nation et le sort de celui qui la dirige depuis bientôt huit ans. Voilà le microcosme politique et, à travers lui, l’opinion publique fixés : le chef de l’État s’en ira à la date prévue, mais ce sera pour revenir, probablement à la tête du gouvernement, une fois terminé le scrutin appelé à désigner les 450 membres de la Douma. Il restera alors, dernier lapin tiré du chapeau, à s’assurer à la Chambre basse une majorité de deux tiers (ils sont 303 députés à être à sa dévotion dans la législature présente) permettant d’amender la Constitution afin d’accroître les attributions du Premier ministre et dans la foulée,… de réduire les prérogatives du président. Simple, non ? Plus respectueux en tout cas, en apparence du moins, des normes qu’une nomination à vie comme c’est le cas au Belarus et au Kazakhstan. Moins alambiqué aussi que la formule chinoise qui avait permis à Deng Xiaoping de continuer d’assumer le rôle de leader sans occuper des fonctions officielles. Nul à Moscou ne songera à s’offusquer du procédé tant demeure forte la tradition, héritée de l’époque des tsars et perpétuée durant les trois quarts de siècle de l’ère communiste, d’une concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cette fois, il ne s’agira pas de recourir à la manière forte tant sont importants les atouts du successeur de Boris Eltsine. Après les années noires qui ont suivi l’éclatement de l’empire des glaces et la grande braderie qui a vu une poignée de favoris s’approprier les grandes entreprises du pays, la Russie a retrouvé sa place naturelle dans le concert des grandes nations. Plus important : depuis quelque temps, les oligarques ont appris à se tenir cois et leur rôle a retrouvé des proportions normales, après une mise en garde assortie de menaces dont certaines ont été suivies d’exécution. «Vous faites des affaires, je me charge de la politique », leur a lancé l’ancien colonel du KGB. Depuis, la Russie a entamé une remontée lente mais soutenue qui lui permet de retrouver sa place de leader à la tête d’un nouveau bloc de l’Est, aux contours certes redéfinis mais toujours aussi puissant. Le régime a été aidé en cela par une inattendue vigueur économique, boostée par la flambée des cours du pétrole, de l’or et des matières premières (dont il est l’un des principaux producteurs du monde) en raison d’une forte demande dans les pays émergents. Résultat : depuis huit ans, une croissance continue que rien n’a réussi à ralentir. À ce grand retour auront contribué les maladresses répétées de l’Amérique bushienne, mais aussi de l’Union européenne – tentées toutes les deux de traiter l’ancienne deuxième superpuissance comme une nation sur le déclin – qui ont beaucoup fait pour hâter le réveil d’un sentiment nationaliste déjà exacerbé par les revendications, parfois armées comme c’est le cas de la Tchétchénie, des anciens vassaux de l’Union soviétique. Pour atteindre l’objectif de faire de la présidence du Conseil le véritable centre de décision, les législateurs devront apporter à la fonction quelques retouches d’ordre purement esthétique. Aujourd’hui, l’autorité du chef du gouvernement est plutôt limitée. Le contrôle de la politique étrangère lui échappe, tout comme celui des services de sécurité, du tout-puissant service fédéral (FSB) et du GROU de l’armée. De plus, le président peut à tout moment le limoger, une éventualité qu’il conviendra d’éliminer. En regard, le double avantage appréciable est que son mandat n’est pas limité dans le temps et qu’il remplace le président en cas de décès de celui-ci. Il conviendrait cependant de ne pas envoyer à la trappe les scénarios de la guerre froide et de songer que rien n’empêcherait Poutine de briguer un troisième mandat en 2012, après un éphémère passage à la Maison blanche russe, siège de la présidence du Conseil. Non décidément, les Occidentaux ne sont pas près de remiser leurs chapkas. Christian MERVILLE
Aux échecs, un jeu dans lequel les Russes excellent, cela s’appelle roquer. Et Vladimir Vladimirovitch Poutine, par ailleurs judoka hors pair, s’apprête à assurer sa propre succession en damant le pion à tous ses détracteurs qui en étaient déjà, à deux mois des législatives du 2 décembre et à six mois de la présidentielle de mars, à supputer leurs chances de lui succéder au Kremlin. Calculer les prochains coups stipule une règle élémentaire du meilleur exercice pour l’esprit; désarçonner l’adversaire, recommande le principe de base du sport japonais. Le grand maître et sixième dan a donc tranché : convoqués inopinément en début de semaine dans un centre de conférence de la capitale, les membres de Russie unie l’ont entendu annoncer qu’il acceptait « avec reconnaissance » leur proposition de...