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Les islamistes au Liban assimilent les leçons de Nahr el-Bared

L’écrasement de Fateh el-Islam contraint les mouvements sunnites radicaux à la discrétion, mais, selon des spécialistes, l’aventure de ce groupe risque d’inspirer des militants tentés par le jihad au Liban même, longtemps considéré comme un sanctuaire, rapporte le correspondant de l’AFP, Sélim Saheb Ettaba. La solidarité instinctive des islamistes envers Fateh el-Islam s’estompe depuis la fin de la bataille de Nahr el-Bared, le 2 septembre. « La rue islamique était divisée en trois courants », explique le cheikh salafiste Mazen Mohammad, ancien responsable du parti islamiste Tawhid à Tripoli. « Le premier pensait que ces gens apportaient le chaos au Liban et qu’il fallait en finir, le deuxième sympathisait avec Fateh el-Islam et le troisième, majoritaire, estimait que nous étions perdants des deux côtés », précise cheikh Mazen, de la mosquée Harba dans le quartier islamiste de Bab el-Tebbaneh. « La preuve en est que les familles de soldats libanais assistaient aux funérailles de combattants de Fateh el-Islam, et réciproquement », ajoute-t-il, assis devant un portail en fer où a été collé un portrait d’Abou Jandal. L’ancien du maquis intégriste sunnite de Denniyé, près de Tripoli, où l’intervention de l’armée avait fait 30 morts en 2000, a été abattu le 23 mai par les forces de sécurité. Selon l’islamiste libanais d’origine syrienne Omar Bakri, ce déchirement a empêché Fateh el-Islam d’avoir le soutien des organisations sunnites, même les plus proches idéologiquement, comme Isbat el-Ansar, basée dans le camp de Aïn el-Héloué. « Je doute que Fateh el-Islam et Isbat el-Ansar aient la moindre relation parce que c’est dans les moments de besoin que vous reconnaissez vos amis, et personne n’a aidé Fateh el-Islam », affirme Omar Bakri, ancien tribun du « Londonistan », chassé de Grande-Bretagne à la suite des attentats de Londres en 2005 et installé à Tripoli. Seul le groupe Jound el-Cham, par solidarité, a affronté l’armée à Aïn el-Héloué quelques heures en juin. « Isbat el-Ansar prend l’argent et accepte de mettre sous le boisseau sa dimension jihadiste au Liban, même si elle peut s’exprimer en Irak », approuve le chercheur français Bernard Rougier, spécialiste du jihadisme dans les camps, car « il ne faut pas mettre en péril l’agence de voyages et l’auberge de jeunesse de Isbat el-Ansar ». Selon Omar Bakri, Fateh el-Islam, soupçonné de vouloir constituer un émirat islamique, s’est retrouvé entraîné malgré lui dans la confrontation. « Ils n’avaient aucun objectif idéologique, ils ont cru qu’ils avaient le droit de réagir à ce qu’ils considéraient comme une agression en attaquant l’armée libanaise », remarque-t-il. D’après un connaisseur des milieux islamistes locaux, « les forces de sécurité ont pris l’initiative après s’être rendu compte qu’il (Fateh el-Islam) devenait dangereux ». « Ils étaient plus de 1 000, sans ces combats, ils seraient maintenant 2 000 ou 3 000 », avance cet expert qui a requis l’anonymat. Selon Omar Bakri, « les leçons de Denniyé et de Fateh el-Islam dissuaderont les mouvements sunnites de se lancer dans des aventures mortelles ». « Le Liban n’est pas le bon endroit pour ce genre de projet, mais plutôt pour écouter des chants religieux, si vous êtes islamiste, ou Nancy Ajram et Haïfa Wehbé, si vous êtes laïc », plaisante-il, en référence aux deux aguichantes chanteuses locales. Mais Bernard Rougier voit dans la trajectoire de Fateh el-Islam un nouvel épisode de « la chronique du jihadisme au Liban, avec sa martyrologie, ses mythes, sa continuité », depuis l’assassinat d’un cheikh d’une secte rivale en 1995, en passant par Denniyé et des attentats contre des fast-foods en 2002-2003. « Ce qui affaiblit les milieux islamistes, c’est le trop-plein d’ennemis au Liban : les chiites, les chrétiens, la Finul... relève-t-il, ce qui les divise, c’est la richesse en termes de cibles. »
L’écrasement de Fateh el-Islam contraint les mouvements sunnites radicaux à la discrétion, mais, selon des spécialistes, l’aventure de ce groupe risque d’inspirer des militants tentés par le jihad au Liban même, longtemps considéré comme un sanctuaire, rapporte le correspondant de l’AFP, Sélim Saheb Ettaba.
La solidarité instinctive des islamistes envers Fateh el-Islam s’estompe depuis la fin de la bataille de Nahr el-Bared, le 2 septembre.
« La rue islamique était divisée en trois courants », explique le cheikh salafiste Mazen Mohammad, ancien responsable du parti islamiste Tawhid à Tripoli. « Le premier pensait que ces gens apportaient le chaos au Liban et qu’il fallait en finir, le deuxième sympathisait avec Fateh el-Islam et le troisième, majoritaire, estimait que nous étions perdants des deux...