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Actualités - Opinion

LA SITUATION L’assassinat d’Antoine Ghanem place la communauté internationale devant ses responsabilités Fady NOUN

Fallait-il attendre qu’un député de plus soit assassiné pour que deux hommes qui habitent à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, mais séparés par d’insurmontables divergences politiques, se parlent ? Il faut le croire. « Le chef du Bloc du futur, le député Saad Hariri, s’est entretenu au téléphone avec le président de la Chambre, Nabih Berry », a annoncé hier un communiqué diffusé par le bureau de presse de M. Hariri. « Les deux hommes se sont mutuellement présenté les condoléances d’usage, après le décès du député Antoine Ghanem, et se sont entendus sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à l’entente et de renouer le fil du dialogue entre les diverses factions libanaises. » Ainsi en est-il de la vie politique au Liban, où l’actualité se résume à un coup de téléphone. L’absurdité de la situation ne devrait échapper à personne, d’autant que le communiqué ne précise pas qui a appelé l’autre. L’assassinat d’Antoine Ghanem a été condamné à l’unanimité, au Liban comme à l’étranger. Une unanimité aussi ambiguë que suspecte, et qui ressemble fort à un écran de fumée. La majorité a pointé du doigt la Syrie, tandis que cette dernière en accusait les États-Unis, à en croire le quotidien al-Baas. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s’est entretenu hier avec le Premier ministre, Fouad Siniora, à qui il a fait part de sa réprobation pour un tel acte. M. Kouchner, qui se trouve en visite officielle à Washington, « vient de joindre Fouad Siniora pour faire avec lui le point de la situation », a déclaré à l’AFP une source diplomatique de son entourage. Le ministre français devait ensuite joindre le président du Parlement Nabih Berry, Saad Hariri ainsi que l’ancien président Amine Gemayel, selon la même source. M. Kouchner, qui avait accueilli en juillet M. Ghanem à La Celle-Saint-Cloud, près de Paris, dans le cadre de la conférence interlibanaise où il représentait M. Gemayel, avait souligné mercredi que la France poursuivrait ses efforts en faveur de l’unité du Liban. L’émissaire de M. Kouchner, Jean-Claude Cousseran, a également pris contact par téléphone avec M. Hariri. La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, a pour sa part pris contact au téléphone avec le chef du PSP, Walid Joumblatt, qui a également reçu un appel de David Welch et de l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Liban, Abdel-Aziz Khoja. Au-delà des sentiments humains et des convenances sociales, et de leur légitimité, ces appels reflètent l’état de l’équilibre des forces au Liban. Un équilibre que l’assassinat d’Antoine Ghanem a rompu de façon sanglante, à l’heure même où certains croyaient à de réelles chances d’ouverture. C’est ce qui a poussé le PSP ainsi que les forces du 14 Mars à réclamer de la Ligue arabe et de l’ONU une ombrelle internationale à la jeune démocratie libanaise, qui l’empêcherait de tomber dans les griffes de l’axe syro-iranien. Faut-il s’attendre à un durcissement de la crise, ou au contraire à un assouplissement des positions, après l’assassinat d’Antoine Ghanem ? L’entretien téléphonique Berry-Hariri semble indiquer que le scénario d’ouverture qui prévalait avant l’assassinat pourrait reprendre, passé les journées de deuil, encore que l’assassinat d’Antoine Ghanem jette un nouvel éclairage sur le chantage au chaos contenu dans les propos de Nabih Berry. Autres leçons à tirer du nouvel attentat : que les ennemis de la démocratie au Liban ne sont pas impressionnés par les appuis verbaux flamboyants apportés au Liban par la communauté internationale ; leur capacité de nuisance semble intacte ; et il faut donc soit revoir à la baisse la volonté d’indépendance du Liban et sa soif de dignité soit réaliser qu’on ne fait pas de politique avec de bons sentiments et que si un nouvel équilibre mondial se met en place, il faudrait savoir exactement la place qu’on souhaite y occuper et se doter des moyens d’y parvenir.
Fallait-il attendre qu’un député de plus soit assassiné pour que deux hommes qui habitent à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, mais séparés par d’insurmontables divergences politiques, se parlent ? Il faut le croire. « Le chef du Bloc du futur, le député Saad Hariri, s’est entretenu au téléphone avec le président de la Chambre, Nabih Berry », a annoncé hier un communiqué diffusé par le bureau de presse de M. Hariri.
« Les deux hommes se sont mutuellement présenté les condoléances d’usage, après le décès du député Antoine Ghanem, et se sont entendus sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à l’entente et de renouer le fil du dialogue entre les diverses factions libanaises. »
Ainsi en est-il de la vie politique au Liban, où l’actualité se résume à un coup de...