«Nous ne sommes pas des talibans. Nous voulons la justice pour notre peuple », clame Ali al-Sartawi, le ministre de la Justice du gouvernement limogé du Hamas, toujours en place dans la bande de Gaza, où le mouvement islamiste règne en maître. Charmeur et soucieux d’apparaître comme un homme responsable et professionnel, M. Sartawi, le visage rond, commence presque chaque phrase par « selon la loi ». « Je mets au défi quiconque de dire que nous avons modifié la loi. Rien n’a changé, ni la loi, ni les juges, ni la structure (du système judiciaire). Les procédures sont les mêmes, seuls quelques fonctionnaires sont différents », assure l’homme en buvant son thé du matin.
Le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza après un coup de force armé mi-juin, est toutefois face à un défi de taille : rendre la justice sans procureur général, qui refuse de collaborer avec lui, ni tribunaux, paralysés faute de juges. Une des solutions a été de nommer un nouveau procureur général, Ismaïl Jaber, un professeur de droit à l’Université islamique de Gaza, et 28 employés à son bureau où, auparavant, 70 personnes travaillaient.
Si les experts du droit ne voient aucun signe de l’apparition d’un émirat islamique à Gaza, ils mettent en garde contre des modifications dans les procédures, parfois illégales, et des interprétations de la loi qui deviennent de plus en plus religieuses. Les associations de droits de l’homme accusent de leur côté le Hamas de se livrer à des pratiques extrajudiciaires en arrêtant de nombreux opposants, membres du Fateh ou d’autres partis, ou des journalistes, emmenés pour des interrogatoires sans bases légales et parfois frappés.
Le Coran en prison
Les prisonniers peuvent par exemple obtenir des réductions de peines s’ils apprennent des chapitres du Coran, dans le cadre des « libérations pour bonne conduite ». « Il n’est pas nécessaire d’appliquer la charia (la loi islamique). Mais je veux que le peuple sente qu’il existe un gouvernement islamique », explique Mohammad Abed, le conseiller légal du Premier ministre limogé, Ismaïl Haniyeh.
Maher al-Harabi, responsable à la prison de Gaza, précise que 20 détenus prennent des leçons de Coran auprès de quatre enseignants embauchés il y a un mois et demi. « Nous ne faisons pas cela pour mettre en place un État islamique », insiste Harabi en riant. « Nous sommes des musulmans, il est donc bon d’apprendre le Coran. Deuxièmement, nous motivons les prisonniers car si vous apprenez le Coran, vous ne serez plus un criminel mais une personne bonne. »
Adel Rashwan, emprisonné pour consommation de drogue, fait le thé pour les geôliers. Apprendre des versets, dans l’arabe le plus classique qui soit, n’est pas chose aisée pour lui. « Je prends des leçons, mais c’est dur. J’ai quitté l’école très jeune et je n’arrive pas bien à lire », dit-il.
Autre invention du Hamas : un « comité de justice » composé de cinq personnes, qui décide du sort de suspects interpellés, en lieu et place du procureur général. « Nous n’imposons pas une loi islamique dans la bande de Gaza car nous sommes déjà des musulmans. L’islam dit “affronte le mal par le bien” : c’est ce que nous essayons de faire », affirme Amin Amin Nawfal, le chef du comité et conseiller légal de la Force exécutive, la police du Hamas. Le comité – dénoncé par les associations de défense de droits de l’homme – est aussi composé du directeur de la prison, d’un médecin, et de deux autres commandants de la Force exécutive, dont un est diplômé en charia, le droit islamique.
Issam Younes, directeur du centre al-Mizane pour les droits de l’homme, assure que le Hamas est loin d’être le seul à violer les droits mais note que la Force exécutive et la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, ne sont pas adaptées pour se substituer à la justice. « Nous n’avons recensé aucun cas où une femme a été punie pour non-port du voile (...). Mais l’objectif du Hamas est d’établir un État musulman », indique M. Younes, soulignant que les islamistes utilisent la religion et publient des fatwas, des édits religieux, à des fins politiques.
Jennie MATTHEW (AFP)
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Le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza après un coup de force armé mi-juin, est toutefois face à un défi de taille : rendre la justice...