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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE (Pré)vision ; République

Trente-septième semaine de 2007. Je veux entendre la vérité, aussi douloureuse soit-elle / Loubnan awwalan, le Liban d’abord… Ces phrases, ces deux exigences, ce supercourt mais hénaurme programme présidentiel, Béchir Gemayel les a offerts il y a vingt-cinq ans à un peuple usé, défait, boulimique de changements. Un peuple divisé, transversalement, entre ceux qui traitaient le président tout fraîchement élu de fasciste, de barbare, et ceux qui voyaient en lui cet œcuménique messie, le seul et providentiel homme à pouvoir sauver un pays, reconstruire un État et imposer une nation. D’un extrême à l’autre, (re)surgit aujourd’hui une évidence fondamentale, un axiome mathématique qui transcende le pamphlet comme la dithyrambe et révèle un Béchir Gemayel précurseur, et, surtout, terriblement visionnaire. Deux décennies et demie plus tard, l’état des lieux est férocement et singulièrement le même. Les paramètres ont certes évolué, se sont transformés, les (més)alliances et les paysages aussi, et sans aucun doute les caractéristiques du Zorro que les Libanais et le monde attendent pour ressusciter un Liban. Mais pas les exigences. Elles sont, vingt-cinq ans plus tard, d’une acuité, d’une force et d’une urgence folles : vérité et libanisation. Rarement un homme aura su à ce point, d’une façon aussi primitive, terrienne, irréductible, décoder les besoins, reconnaître les symptômes, établir le diagnostic et lire l’avenir de son pays. On ne lui aura pas laissé le temps d’imposer le traitement : comme un sous-Styx, le Barada engloutit tout ce qui s’oppose à son cours ; on ne lui aura pas laissé le temps de prouver si oui ou non il aurait réussi à sanctifier ces 10 452 kilomètres carrés qu’il avait, bien ou mal, dans la peau. Amine Gemayel, René Moawad, Élias Hraoui, Émile Lahoud : le cinquième successeur de Béchir Gemayel et qui devra nécessairement être élu avant le 24 novembre 2007, à minuit, aura deux travaux herculéens à assurer : surlibaniser le Liban et sa gestion (Loubnan awwalan est aux antipodes du plus soft des projets de partition…) et assurer le triomphe des vérités (la vérité sonne mal : trop de consonances totalitaristes, trop d’étroitesse, trop monolithique et unilatérale ; il n’y a jamais une vérité, il y en a plusieurs…). Les vérités : sur l’assassinat de tous ceux, de Kamal Joumblatt à Walid Eido, qui se sont interposés entre les exigences de la famille Assad et la (sur)vie du Liban ; sur l’intensité de la vampirisation de l’État par les étatillons en tout genre, à commencer par celui du Hezbollah ; sur la gangrène et le degré de pénétration du clientélisme, de la corruption, du gaspillage ; sur le kidnapping des institutions et le rapt d’une présidence ; sur l’indépendance de la justice ; sur le respect de la Constitution ; sur l’hyperdémagogie des uns et le banditisme de ceux qui s’arrogent le droit de vie ou de mort, de guerre ou de paix… La surlibanisation : c’est-à-dire la sacralisation de la souveraineté, de l’indépendance, de la démocratie, de l’État de droit et de la loi, des libertés, de la culture ; la primauté de l’application de l’accord de Taëf avant que de penser à son amendement, voire son dynamitage ; l’affranchissement de toute obédience, de tous desiderata, objurgation ou conseil étranger, quand ils vont à l’encontre de ce décidément incontournable Loubnan awwalan (la gifle politique assénée par Béchir Gemayel à Nahariya aux leaders israéliens est une leçon éternelle) ; bref, la définition puis la déification de l’identité, du message et du rôle du Liban. L’identité : c’est sur quoi se déchirent aujourd’hui le 14 et le 8 Mars – sachant que tous ceux qui ont décidé de s’émanciper, de s’excuser de l’un ou de l’autre de ces deux camps, par calcul ou par honte, devront immanquablement se prononcer sur la question. De cette confrontation naîtra ce cinquième successeur de Béchir Gemayel ; s’il pourrait ne pas être de la tribune érigée sur la place de la Liberté un certain 14 Mars, il sera certainement issu de l’espace placentaire qui entourait, à perte d’œil, cette tribune noyée dans le blanc, la vérité, et le rouge, la surlibanisation. Sans blague : Nadim Gemayel pourrait ne pas attendre des décennies avant de serrer la main à un héritier politique de Béchir Gemayel ; lequel héritier, lui, n’aurait jamais eu à toucher une arme de sa vie. Ziyad MAKHOUL
Trente-septième semaine de 2007.
Je veux entendre la vérité, aussi douloureuse soit-elle / Loubnan awwalan, le Liban d’abord…
Ces phrases, ces deux exigences, ce supercourt mais hénaurme programme présidentiel, Béchir Gemayel les a offerts il y a vingt-cinq ans à un peuple usé, défait, boulimique de changements. Un peuple divisé, transversalement, entre ceux qui traitaient le président tout fraîchement élu de fasciste, de barbare, et ceux qui voyaient en lui cet œcuménique messie, le seul et providentiel homme à pouvoir sauver un pays, reconstruire un État et imposer une nation. D’un extrême à l’autre, (re)surgit aujourd’hui une évidence fondamentale, un axiome mathématique qui transcende le pamphlet comme la dithyrambe et révèle un Béchir Gemayel précurseur, et, surtout, terriblement visionnaire....