Mieux vaut prévenir que guérir. En faisant état de l’entraînement par le Hezbollah, dans des camps de la Békaa, de partisans aounistes et de l’opposition druze dans le but de préparer des actions sur le terrain en vue d’un éventuel torpillage de la présidentielle, le président du conseil exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, a sans doute voulu tirer la sonnette d’alarme afin précisément d’éviter un tel scénario catastrophe. Une façon comme une autre de presser implicitement les autorités concernées à prendre les mesures qui s’imposent pour étouffer dans l’œuf de telles initiatives. Car les sources de la majorité affirment être en possession d’informations détaillées et précises sur ces camps d’entraînement et les responsables qui y seraient impliqués.
Que ces informations soient amplifiées ou non, il reste tout à fait plausible que les alliés de l’axe syro-iranien pourraient tenter dans les prochaines semaines des actions ponctuelles afin d’empêcher l’élection d’un président à la majorité simple au cas où aucun accord n’est dégagé sur un candidat consensuel. Les expériences passées, notamment sous le mandat du président Amine Gemayel au début des années 80 – lorsque Damas avait imposé à ses alliés locaux un boycott total du chef de l’État –, ont montré que le blocage et la paralysie des institutions constituent l’une des méthodes privilégiées de domination à laquelle le régime syrien a recours pour contrôler une situation. Et malheureusement, il se trouve toujours sur la scène libanaise le bon allié fidèle qui accepte de se livrer à un tel jeu diabolique. La longue fermeture pure et simple du Parlement par décision du « chef du Législatif » (les guillemets sont de mise…) ainsi que la démission des ministres du tandem chiite s’inscrivent parfaitement dans le sillage de cette stratégie syrienne de nuisance. Cela correspond d’ailleurs pleinement à la structure et à la nature même d’un régime autocratique jusqu’au bout des ongles pour lequel les institutions ne sont que de simples instruments d’un pouvoir personnel absolu.
Force est de relever que la Syrie joue sans doute son va-tout au Liban à l’occasion de cette présidentielle. Elle a expérimenté ces deux dernières années l’impact de la présence à Beyrouth d’un gouvernement souverainiste, soutenu de surcroît par l’ensemble de la communauté internationale, sous l’ombrelle de l’ONU, et par la Ligue arabe. Ajouter à un tel type d’Exécutif un chef de l’État souverainiste, ce serait trop pour les dirigeants en place sur les bords du Barada. D’où l’empressement de Damas à forcer ses alliés locaux à faire feu de tout bois pour barrer la route à un président qui s’inscrirait dans la lignée de la révolution du Cèdre. L’arme du quorum des deux tiers trouve ainsi toute sa signification, l’objectif recherché étant clair : un nouveau locataire de Baabda docile, ou tout au moins conciliant, à l’égard du pouvoir baassiste, ou pas de locataire du tout.
À cette manœuvre, la majorité rétorque que la Constitution lui donne totalement le droit d’élire un président à la majorité simple durant la période de dix jours précédant la fin du mandat Lahoud (la Loi fondamentale stipulant que le Parlement se réunit alors d’office, et sans convocation, pour désigner un chef de l’État). C’est donc durant cette phase que les alliés de l’axe syro-iranien pourraient tenter des actions sur le terrain afin d’empêcher les députés de se réunir en session électorale. Et pour éviter tout dérapage sunnito-chiite, le Hezbollah se réserverait le beau rôle et confierait la sale besogne de torpillage aux composantes chrétienne et druze de l’opposition (et peut-être aussi sunnite, dans l’Iqlim el-Kharroub, par le biais d’un ancien député, jadis allié au PSP).
Cette « OPA » politique ayant pour cible le palais de Baabda est complétée par une autre, tout aussi pernicieuse, visant l’Exécutif, par le biais du tiers de blocage réclamé avec obstination par le camp du 8 Mars. La boucle serait ainsi… bouclée : un président conciliant, sinon docile ; un gouvernement sous contrôle par le biais du tiers de blocage ; et, cerise sur le gâteau, un Parlement dont la clé est jalousement cachée dans la poche du plus fidèle parmi les fidèles. La bataille du quorum revêt par conséquent dans un tel contexte une dimension en tout point historique, car ce sont les acquis, non moins historiques, du printemps de Beyrouth qui sont aujourd’hui en jeu. Le gigantesque rassemblement du 14 mars 2005 s’est caractérisé par une cruciale adhésion musulmane aux thèses libanistes et souverainistes de Michel Chiha. C’est ce processus historique qu’il s’agit présentement de consolider et de préserver. Que le Hezbollah, dont les allégeances iraniennes ne sont plus à démontrer, tente de faire obstruction à cette marche de l’histoire, cela est dans la logique des choses. Idem pour les suppôts du régime syrien. Mais lorsque ceux qui étaient aux premières lignes de défense du courant souverainiste quittent leurs positions, pour des considérations purement politiciennes, et acceptent de passer dans l’autre camp en faisant le jeu du tandem syro-iranien, cela relève de l’impardonnable.
Indépendamment de l’ampleur qu’il faudrait donner ou non aux indications sur des camps d’entraînement dans la Békaa, il reste indéniable que la vigilance et la fermeté sur les positions de principe sont plus que jamais une démarche impérative. L’enjeu de cette présidentielle est loin d’être politicien. Et plus qu’une entente sur la personne du prochain président, c’est un accord sur une « feuille de route » – fondée sur les résolutions onusiennes, l’armistice de 1949, le tribunal international et le respect de Taëf – qui s’impose dans le contexte présent. Dans une telle conjoncture, les fractions et personnalités libanistes, surtout celles qui ont dévié ces derniers mois de la ligne souverainiste, ont une lourde responsabilité à assumer. Et elles devront répondre devant l’histoire de leur attitude politique lorsque sonnera l’heure de l’élection d’un successeur, tant attendu, à Émile Lahoud.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mieux vaut prévenir que guérir. En faisant état de l’entraînement par le Hezbollah, dans des camps de la Békaa, de partisans aounistes et de l’opposition druze dans le but de préparer des actions sur le terrain en vue d’un éventuel torpillage de la présidentielle, le président du conseil exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, a sans doute voulu tirer la sonnette d’alarme afin précisément d’éviter un tel scénario catastrophe. Une façon comme une autre de presser implicitement les autorités concernées à prendre les mesures qui s’imposent pour étouffer dans l’œuf de telles initiatives. Car les sources de la majorité affirment être en possession d’informations détaillées et précises sur ces camps d’entraînement et les responsables qui y seraient impliqués.
Que ces informations soient...