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Actualités - Opinion

LA situation Une nouvelle tentative de médiation au Metn fait chou blanc Lélia MEZHER

Près de huit mois après l’assassinat par balles de Pierre Gemayel, et près de deux mois après l’autre assassinat, par voiture piégée cette fois, de Walid Eido, nous voici à 48 heures des élections partielles du Metn et de Beyrouth II. Tandis qu’à Beyrouth plusieurs candidats ont annoncé leur participation sans grands heurts, et que Mohammad el-Amine Itani, appuyé par Saad Hariri, est sûr de rafler la mise, la situation au Metn est tout autre. Pour un camp, il s’agit de conserver un siège parlementaire ravi par les assassins de Pierre Gemayel, alors que, pour l’autre, il s’agit – rien de moins – de préserver les prérogatives du président de la République, sous prétexte qu’elles sont jour après jour grignotées par les forces politiques au pouvoir. Ces divergences de fond et d’objectifs rendent cette campagne déséquilibrée d’office. D’un côté, le parti Kataëb veut conserver un droit acquis démocratiquement, par le biais des urnes, alors que de l’autre, le Courant patriotique libre veut se servir de ces élections partielles pour prouver, d’une part, qu’il représente effectivement 70 % de l’électorat chrétien, et d’autre part, surtout, faire basculer un siège parlementaire dans le giron de l’opposition. À partir de là, il devient plus aisé de comprendre l’échec des négociations de la dernière chance entamées tout au long de cette semaine par le patriarcat maronite, en la personne des évêques Samir Mazloum et Boulos Matar. Une ultime tentative d’éviter la bataille a été entreprise hier par Mgr Mazloum qui a invité, au terme d’un entretien à Bickfaya avec le président Amine Gemayel, les Kataëb et le CPL à dépêcher des délégués à Bkerké afin de paver la voie à un accord au dernier quart d’heure. La réunion était prévue à 15h 30. Les représentants du président Gemayel, MM. Sélim Sayegh et Sejaan Azzi, se sont effectivement rendus à Bkerké où ils ont aussitôt été reçus par Mgr Mazloum. Mais les délégués du CPL se sont fait attendre et ne se sont pas rendus au siège du patriarcat. C’est qu’entre-temps le CPL publiait un communiqué démentant que cette réunion était prévue, et qualifiant de « manœuvres médiatiques » de la part des Kataëb les informations relatives à cette rencontre. Il devient ainsi facile, dans un tel contexte, d’admettre que les deux parties ne sont pas dans le même état d’esprit et ne peuvent être en mesure de tomber d’accord. Du côté du parti Kataëb, on indique que le courant aouniste a saboté l’initiative lancée par Bkerké, d’autant que le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a refusé de considérer le décret convoquant le collège électoral comme étant illégal, tout comme il ne partageait pas les critiques formulées contre les décisions du gouvernement. Or le courant aouniste posait comme condition, pour aboutir au consensus sur l’élection, de considérer les décisions du gouvernement comme illégales. Toujours de source Kataëb, le CPL aurait tout fait pour battre en brèche les efforts de conciliation. À l’opposé, du côté du CPL, on fait porter la responsabilité de cet échec au parti Kataëb puisque, selon le courant aouniste, c’est le refus affiché par Amine Gemayel de répondre à la proposition écrite transmise par le CPL à Bkerké qui aurait torpillé l’entente. Dans la mêlée de ces accusations réciproques, il convient de mettre en relief les propos tenus par l’évêque Boulos Matar, qui, dans un entretien à la LBC, a clairement rappelé que le choix du patriarcat penchait en faveur d’une élection d’office du président Amine Gemayel, comme le veulent les coutumes et les traditions. Il convient aussi de noter que l’initiative dont les médias ont fait état, et qui a, un temps, été présentée comme émanant de Bkerké, est en fait un panier d’idées avancées par le CPL, après d’intenses négociations qu’il a eues avec le Tachnag. De plus, il ne fait plus de doute aujourd’hui que l’entente n’est plus totale entre les différents pôles de l’opposition chrétienne. Comprendre par là entre le Tachnag et Michel Murr d’une part, et le CPL d’autre part. L’initiative du CPL cachait donc deux conditions rédhibitoires, à savoir considérer l’appel du collège électoral et les décisions du gouvernement comme illégaux, et d’autre part procéder à l’ajournement des élections. Le CPL proposait que le scrutin soit organisé dans deux mois – en même temps que l’élection présidentielle, déjà sérieusement mise en péril par la paralysie politique actuelle – et le courant aouniste s’engagerait à élire d’office Amine Gemayel à ce moment-là. Puis les cadres du CPL se sont employés dans la journée à assouplir leurs revendications en annulant la demande d’ajournement, mais en précisant que le décret convoquant le collège électoral devait être impérativement signé par le président de la République. Sans vouloir rentrer dans l’absurdité des positions affichées par le CPL, il est nécessaire de souligner que ce parti a décidé de participer à des élections qu’il considère lui-même comme illégales. Cet entêtement serait-il à mettre sur le compte d’une volonté – désormais à peine voilée – de mener le Metn vers une bataille électorale qui risque fort bien de déraper vers une bataille de rue, à l’instar de ce qui s’est produit le 23 janvier dernier ? Comment expliquer cet acharnement à éviter le consensus autour de la personne d’Amine Gemayel, alors que la tension interchrétienne politique mais aussi populaire semble être à son comble ? Il convient aussi de s’interroger sur la place que s’est forgée le candidat CPL, Camille Khoury, dans cette campagne électorale, grand abonné absent de ces débats enflammés... Qui est-il ? À quoi ressemble-t-il ? Quel est son timbre de voix ? Quelles sont ses idées ? En a-t-il sur le plan personnel ? Quel est son programme ? Sur quelle base devra-t-on, s’il est élu, lui demander des comptes ? Où le trouver pour répondre à toutes ces questions ?
Près de huit mois après l’assassinat par balles de Pierre Gemayel, et près de deux mois après l’autre assassinat, par voiture piégée cette fois, de Walid Eido, nous voici à 48 heures des élections partielles du Metn et de Beyrouth II.
Tandis qu’à Beyrouth plusieurs candidats ont annoncé leur participation sans grands heurts, et que Mohammad el-Amine Itani, appuyé par Saad Hariri, est sûr de rafler la mise, la situation au Metn est tout autre.
Pour un camp, il s’agit de conserver un siège parlementaire ravi par les assassins de Pierre Gemayel, alors que, pour l’autre, il s’agit – rien de moins – de préserver les prérogatives du président de la République, sous prétexte qu’elles sont jour après jour grignotées par les forces politiques au pouvoir.
Ces divergences de fond et d’objectifs rendent...